C'est la rentrée, quelques clés pour "retrouver le goût du travail "

La rentrée est là, comment "Retrouver le goût du travail", titre du livre publié fin août par Wadih Choueiri, coach spécialiste du développement personnel. Cet enseignant du master "coaching" de l’université de Paris II (Assas) conseille à chacun de retrouver de l’autorité sur lui et sur les autres, pour sortir des situations de souffrance ou de découragement.

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C'est la rentrée, quelques clés pour
Wadih Choueiri

L'Usine Nouvelle.- Pour retrouver le goût du travail, pour sortir des situations de souffrance au travail, vous conseillez de redécouvrir sa propre autorité. Que voulez-vous dire ?

Wadih Choueiri.- J’interviens dans les entreprises depuis vingt ans et vois des organisations et des personnes en souffrance, stress, burn out. Comment réinvestir le goût, le plaisir, du travail ? Comment faire notre métier - réaliser - et se réaliser, en même temps ? Trouver l’épanouissement, plutôt que vivre le travail comme une contrainte ? J’emprunte à Hannah Arendt l’idée que trois positions peuvent être adoptées : celle de la marionnette, qui accepte d’être articulée par les autres, soumise ; celle de l’acteur, qui fait le métier sur lequel il est attendu, sans se poser de questions ; et celle de l’auteur, qui écrit l’histoire de sa vie. Pour ne pas subir, il faut retrouver sa juste autorité, auprès des autres et sur soi-même. On a tous un degré de latitude pour parvenir à reprendre sa vie en main.

Mais parfois on a face à soi des organisations, des personnes, qui ne nous permettent pas de faire appel à notre autorité…

Quand on commence à interroger le système et à le remettre en cause, on sort déjà de la passivité. Il y a certes des décisions sur lesquelles je n’ai pas de prise, mais il y en a d’autres sur lesquelles je dispose d’une marge de manœuvre. Personne n’est obligé de se soumettre au malheur. La responsabilité de chacun est d’interroger l’entreprise, son manager et lui-même, d'oser se confronter aux autres. Un manager, par exemple, a souvent au-dessus de lui quelqu’un qui lui impose des contraintes. Cela ne doit pas l’empêcher d’avoir de l’autorité sur lui-même, son équipe, et auprès de ses supérieurs hiérarchiques. On me demande de plus en plus souvent d’intervenir auprès de managers pour leur apprendre à gérer le management de façon ascendante, notamment dans l’industrie pharmaceutique.

Par quoi commencer ? Comment retrouve-t-on son autorité ?

La première étape est d’interroger son lien au monde. Chacun peut analyser ce qu’on lui a fait "manger" comme valeurs, comme injonctions, pour déconstruire cet ensemble et se demander quelles sont ses propres valeurs et comment prendre ses décisions, définir son éthique et la déployer, trancher. La deuxième étape est de "réhabiliter l’autorité", sur soi-même et auprès des autres. Il faut s’interroger sur le degré de liberté dont on dispose dans le système qui est le sien. Suis-je vraiment contraint de me limiter à ce qu’on me donne ? L’autorité que je retrouve sur moi-même me permet d’être autonome. Je peux tester l’organisation, la remettre en cause. Si je me sens détenteur d’une autorité retrouvée, je peux aller débattre avec l’autre. Il ne faut pas avoir peur du conflit. Le contrat de travail est le premier contrat, mais d’autres suivent. Je peux aller voir mon manager et contractualiser avec lui, agir et recommencer à choisir ce qui me va. Pas tout, parce que je ne suis pas seul. C’est un chemin vers soi-même et vers l’autre.

Mais il faut beaucoup d’énergie positive pour mettre en route une telle démarche !

L’apprentissage de la joie est quelque chose de pratique. Si on veut aller mieux, on peut décider de ne plus être tout le temps négatif, accepter d’aller vers l’autre avec ouverture et curiosité. Quand on a vraiment envie de se mettre en route, on peut. Parfois, la situation est trop grave et on n’y arrive pas seul. C’est une lecture, des amis, un lieu de parole, qui nous permettent de basculer vers une démarche positive. Il faut être à l’écoute de son baromètre intérieur pour prendre conscience de ce qui ne nous va pas. Beaucoup de grands dirigeants pratiquent la méditation ! Et ne pas oublier d’être à l’écoute de son corps. Il s’est adapté à ce qui nous pèse, mais il faut arrêter de compenser et adopter une démarche plus libre.

Vous dites qu’il faut aussi arrêter de croire que tout est de la faute des autres, de l’organisation, des managers, des collègues. Nous sommes donc co-responsable de la situation ?

La question est celle de la responsabilité: "Je réponds de quoi, dans notre relation ?" Je ne suis ni victime, ni tout puissant… Un être humain a toujours la possibilité de poser un geste, de répondre de lui-même à une situation.

Vos conseils s’adressent surtout aux cadres. Sont-ils valables pour les ouvriers ou techniciens ?

Absolument. Un technicien à qui on demande de faire quelque chose qu’il désapprouve ou trouve contraire à son éthique, souffre de ne pas savoir s’il peut dire non. Mais plus on avance dans la hiérarchie, plus les situations sont complexes, plus les enjeux, les relations de pouvoir, les attaques, posent problème. Il faut être très aiguisé pour y faire face ! Etre 4e ou 5e dan, non pas dans les arts martiaux, mais dans la relation humaine.

Propos recueillis par Cécile Maillard

Retrouver le goût du travail, Wadih Choueiri, Editions François Bourin, août 2016, 22 €

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