Economie

C’est l’histoire d’un mec… qui a pris l’ascenseur social !

Christophe Bys , ,

Publié le

Parti de rien, Franck est arrivé à la tête de la filiale française d’un groupe pétrolier nord américain. Aujourd’hui membre de l’Afep et de l’automobile club de France, le fils d’ouvrier a, comme on dit, réussi. Mais au prix de quels sacrifices ? A quels blocages a-t-il dû se confronter ? Le sociologue Jules Naudet s’est penché sur la biographie de ce patron atypique. Il en ressort un court récit passionnant, tant par la personnalité qu’il déconstruit que par les questions qu’il pose.   

C’est l’histoire d’un mec… qui a pris l’ascenseur social ! © Audrey Minart

Nouveauté dans la collection initiée par Pierre Rosanvallon dont LUsine Nouvelle vous a déjà parlé. Avec "Grand patron, fils d’ouvrier", le sociologue Jules Naudet s’est penché sur la figure de Franck, le patron d’une filiale française d’un groupe pétrolier américain. Les plus curieux retrouveront sans grande difficulté de qui il s’agit (*), les autres se contenteront du pseudonyme rendu nécessaire, notamment pour les éléments donnés sur la vie privée dudit Franck, notamment sur sa famille, qui n’a pas forcément souhaitée être mise en lumière.

Si l’anonymat est le prix à payer, tant mieux, car les éléments biographiques sont peut-être les plus passionnants de ce livre qui se demande comment on devient un grand patron quand on est issu d’une famille très modeste. Sans apporter de réponse définitive, puisqu’elle reste circonscrite à la personne considérée, l’ouvrage montre très bien comment Franck emprunte à la fois à son père et à sa mère. Deux personnages si opposés qu’ils ont fini par divorcer au terme d’années de déchirement. Côté paternel, un véritable ethos du travail, une conviction chevillée au corps que le labeur dur est essentiel pour réussir. Côté maternel, une aptitude à accueillir et rassembler dans la maison familiale.

De là à devenir DG, il en faut davantage. Franck pense qu’il a eu des anges gardiens. Et à lire le récit officiel de sa vie il y a eu effectivement quelques hasards heureux qui ont stimulé sa progression, et ce très tôt. A commencer par ce copain qui lui passe un dossier pour s’inscrire en master… ou par cette jeune fille qu’il rencontre en auto stop et qui deviendra son épouse.

Entreprise anglo-saxonne sans préjugés sociaux

La suite de l’ascension se fera parce que Franck rejoindra une entreprise anglo-saxonne, où la méritocratie est en action. Etonnant Franck, qui, après le refus d’un de ses projets, une équipe nord-américaine ayant été préférée, ira voir la direction pour récupérer les brevets et monter une entreprise pour développer son idée. Il obtiendra un budget pour le faire en interne et remportera un succès qui boostera sa carrière. Dans cette entreprise nord-américaine, où les compétences comptent davantage que la naissance, Franck saura trouver les voies qui mènent vers le sommet.  

Car Franck n’a jamais eu de complexe de classe, ni de honte sociale de venir d’où il vient. Au contraire, il en a fait sa force, trouvant une valeur d’exemplarité dans son parcours. 

D’où des discours des plus orthodoxes sur la réussite. Franck considère un peu facilement que l’ascension sociale est accessible à tous, pourvu qu’on se retrousse les manches. Selon lui, ceux qui échouent sont des fainéants qui profitent des largesses du système social. Gare à ceux qui le contrediront, sa vie prouve son discours et inversement. Imparable. De façon générale, il ressort de l’ouvrage que Franck a un pouvoir de persuasion hors du commun. C’est un leader charismatique qui sait mener ses équipes (à ses débuts, ce sont plutôt ses collègues venus de la bourgeoisie qui cherche à l’empêcher de progresser plus que les syndicats).   

Reste un mystère biographique : pourquoi dans une fratrie qui comptait trois garçons Franck a eu le parcours que l’on sait quand ces deux frères semblent avoir plutôt déchu ? Et dans quelle mesure le parcours de Franck est-il emblématique de la méritocratie ? Est-il l’exception qui justifie la règle ? Ou bien derrière nos représentations d’une société bloquée, les Franck sont-ils légion en dépit de leur discrétion ?

Christophe Bys

 (*) tout indique qu’il s’agit du patron de Shell France, Patrick Roméo.

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