Budget : Routes et transports prioritaires

Dans l'attente des élections présidentielles, le gouvernement a fait adopter un budget d'attente. Investissements civils et ministère de l'Industrie ont été victimes des arbitrages. Routes et transports échappent à la rigueur.

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Des dépenses en progression de 2,34%. Un déficit en baisse, limité à 275,1milliards de francs. Le budget 1995, adopté par le Parlement à la fin du mois de décembre, a toutes les apparences de la vertu. Les échéances électorales expliquent cette sagesse, mais aussi la volonté de rassurer les milieux financiers, afin d'éviter que les incertitudes politiques n'entraînent une tension sur les taux d'intérêt qui pénaliserait l'économie française. Les dépenses de l'Etat connaissent des fortunes diverses. Les "moyens des services", c'est-à-dire les dépenses courantes des administrations, et les interventions sociales continuent d'augmenter. Les militaires tirent leur épingle du jeu: grâce à un report de crédits non utilisés et à la vente de terrains, leur budget augmente d'un petit 0,4%. Mais leurs investissements stagnent, et les sommes consacrées au nucléaire sont en recul. En définitive, les investissements civils sont les vrais perdants de ce budget 1995. Ils reculent de 3,9%. Une baisse de 4,5milliards de francs qui devrait affecter l'activité des entreprises concernées. Exception notable à ce repli: les travaux routiers, dont les crédits font un bond de plus de 15%, sans compter les sommes qui seront prélevées sur le fonds d'investissement des transports terrestres et des voies navigables (doté de plus de 2milliards en 1995), créé par la loi d'aménagement du territoire. Des crédits supplémentaires qui viennent relayer une demande assez soutenue des communes, départements et régions. "Malgré la proximité des élections municipales, la demande de crédits venant des collectivités locales est forte", souligne un administrateur du Crédit local de France. Le logement, autre poste budgétaire clé pour l'activité économique, bénéficie d'un accroissement de 3,3% de ses crédits (y compris les aides sociales et fiscales). Sans doute pas de quoi dégeler un secteur durement touché par la crise de l'immobilier et la persistance de taux d'intérêt élevés. Côté départements ministériels, le ministère de l'Industrie, des Postes et des Télécommunications, est l'un des plus mal lotis. Ses crédits (hors subventions aux Charbonnages), diminuent de 7,4%. C'est l'occasion pour le gouvernement d'amorcer un rapprochement entre recherches civile et militaire, notamment dans les domaines de l'aéronautique et de l'espace. La participation du ministère de la Défense au programme aéronautique civil passe ainsi de 40 à 650millions de francs. Du coup, les ressources de ce programme grimpent de 10,5%. L'espace dispose de 15milliards de francs, un montant en nette augmentation grâce à la contribution de la défense, dont les dépenses propres (5milliards) progressent de 23%, ses versements au Cnes passant de 400 à 983millions. Avec 2,7milliards de francs, la recherche industrielle voit ses moyens progresser de 3,3%. Principales priorités: les composants, la filière numérique grand public, l'informatique, l'automobile du futur et la biochimie. Pour les crédits concernant plus directement les industriels, on note une progression de 300millions des crédits d'impôt recherche (3 milliards en 1995), tandis que l'Anvar perçoit 1,2 milliard. Mais la précision des chiffres n'empêche pas les incertitudes. L'action des Pouvoirs publics sera conditionnée par les résultats de l'élection présidentielle. Nul doute que le prochain chef de l'Etat n'inaugure son mandat par une série de mesures qui se traduiront dans un collectif budgétaire propre à infléchir le budget primitif dans de nombreux domaines. Pour les entreprises, cela ne signifie pas qu'il faille rêver à une relance des dépenses publiques qui viendrait soutenir l'activité économique intérieure, bien faible par rapport à la vigueur de la demande internationale. D'autant qu'aucune solution n'est en vue pour le règlement des déficits. Les 60milliards de francs tirés des privatisations en 1994 (55milliards prévus pour 1995) ont essentiellement financé des dépenses courantes. Et la Caisse des dépôts vient ainsi d'être invitée à débourser 30milliards de francs pour renflouer temporairement la trésorerie du régime général de la Sécurité sociale.





USINE NOUVELLE N°2484

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