Bruxelles met Microsoft sous pression

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La Commission européenne est prête à s'engager dans une bataille juridique de longue haleine afin d'infléchir les pratiques commerciales de l'éditeur.

Mario Monti est décidé à aller jusqu'au bout. A l'issue de cinq ans d'enquête, le commissaire européen à la concurrence devait infliger, ce mercredi, une condamnation pour abus de position dominante à Microsoft. Une décision historique, qui vise à empêcher l'éditeur d'intégrer systématiquement son logiciel de lecture de fichiers audio et vidéo, Media Player, à son système d'exploitation et entend imposer une plus grande interopérabilité de Windows avec les produits de la concurrence.

Pas d'accord à l'amiable

Cette condamnation sera-t-elle efficace ? On peut en douter. Quel que soit le montant de l'amende, Microsoft dispose en effet d'une trésorerie suffisante (53 milliards de dollars) pour faire face aux sanctions de Bruxelles. Qui plus est, l'édi-teur a prévu de faire appel devant la Cour européenne de justice de Luxembourg. Une longue et difficile bataille judiciaire s'annonce, qui pourrait bien vider l'ensemble de la démarche de la Commission de sa substance, compte tenu de la rapidité des évolutions du secteur. « Aujourd'hui n'est qu'une étape dans un processus qui pourrait être long », a indiqué la semaine dernière Brad Smith, vice-président en charge des affaires juridiques de Microsoft, après l'annonce de l'échec des négociations entre la Commission et l'éditeur de Windows. Dans ce contexte, pourquoi Bruxelles n'a pas tenté à tout prix, de parvenir à un accord à l'amiable ? Sans doute parce que l'enjeu de ce débat dépasse de loin Media Player et l'interopérabilité de Windows. En sanctionnant Microsoft, Mario Monti n'entend pas seulement résoudre des problèmes de concurrence ponctuels, mais définir des règles de conduite pour les années à venir. Il s'agit de « créer un précédent solide ».

Dans le cas de Microsoft, cela signifie infléchir une stratégie basée, depuis des années, sur l'ajout à Windows de fonctionnalités, comme Media Player ou Internet Explorer. Dans ce contexte, la condamnation de la Commission européenne peut certes, nécessiter du temps pour être appliquée, mais elle n'en est pas pour autant dénuée d'effets. Elle pourrait ainsi peser sur la conception de Longhorn, la prochaine version majeure de Windows, censée sortir en 2006. Et amener Microsoft à y réfléchir à deux fois avant d'intégrer dans son système d'exploitation, des fonctionnalités, comme un anti-virus ou un moteur de recherche.

Le patron de Microsoft, Steve Ballmer, n'a pas hésité ces derniers jours à multiplier les propositions aux services de Mario Monti, afin de parvenir à un accord à l'amiable. Mais l'éditeur a toujours refusé de s'engager sur les produits à venir. « Nous avons fait des progrès vers une résolution des problèmes... mais nous n'avons pas été capables d'obtenir des engagements sur la conduite future de Microsoft », a souligné Mario Monti. Un différent de fond, au coeur de la bataille engagée.

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