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Bruno Le Maire a-t-il rejeté une demande d'aide de LVMH pour renégocier le rachat de Tiffany ?

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Publié le , mis à jour le 18/09/2020 À 08H53

LVMH aurait demandé de l'aide au ministre français de l'Économie pour renégocier son projet de rachat de Tiffany, selon des informations du Wall Street Journal rapportées le 17 septembre.

Bruno Le Maire a-t-il rejeté une demande d'aide de LVMH pour renégocier le rachat de Tiffany ?
Bruno Le Maire, ministre de l'Économie, des Finances et de la Relance. /Photo prise le 7 juillet 2020/REUTERS/Gonzalo Fuentes
© Gonzalo Fuentes

LVMH aurait demandé en vain au ministre français de l'Économie de l'aider à trouver une porte de sortie à son projet de rapprochement avec le joaillier américain Tiffany, rapporte jeudi 17 septembre le Wall Street Journal, citant de hauts responsables français. Le géant du luxe français a annoncé le 9 septembre l'abandon de cette opération estimée à 13,7 milliards d'euros. Il déclare n'avoir jamais contacté Bruno Le Maire, parlant d'accusations malveillantes et totalement infondées.

La France en pleine négociation avec les États-Unis

LVMH a dit avoir pris connaissance d'une lettre du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, lui demandant de reporter l'opération au-delà du 6 janvier "en réaction à la menace de taxes sur les produits français formulée par les États-Unis". Le directeur financier de LVMH, Jean-Jacques Guiony a déclaré que ce courrier, non sollicité, avait été une surprise pour son groupe.

Les responsables français cités par le Wall Street Journal déclarent que LVMH a contacté Bruno Le Maire à propos du projet Tiffany avant que Jean-Yves Le Drian envoie sa lettre. LVMH aurait demandé au ministre de l'Économie de rédiger une lettre à même de jeter les bases d'une renégociation ou d'un retrait pour LVMH, et Bruno Le Maire aurait refusé, ajoutent les sources citées par le quotidien américain. Le patron de Bercy pilote actuellement les négociations avec les États-Unis sur l'instauration d'une taxe numérique en France, que le gouvernement américain rejette en menaçant de sanctionner un certain nombre de produits français.

LVMH reproche une "mauvaise gestion" à Tiffany

Le mariage entre LVMH et Tiffany aurait permis au groupe français de se renforcer sur le marché de la joaillerie dans le cadre de la plus importante acquisition dans le secteur du luxe. LVMH reproche désormais au groupe américain sa "mauvaise gestion" de la crise du coronavirus et le versement de dividendes.

Tiffany a accusé une perte nette de 33 millions de dollars au premier semestre 2020, alors que la perte de la division joaillerie et horlogerie de LVMH était de 17 millions d'euros. Le groupe américain a néanmoins donné son aval au versement de dividendes trimestriels de 0,58 dollar par action en mai et en août, comme le permet l'accord de fusion. Selon LVMH, Tiffany aurait dû s'abstenir, dans la mesure où il perdait de l'argent et subissait une diminution des ventes due à la crise sanitaire. LVMH a réduit de 30% son propre dividende au titre de l'exercice 2019.

Pour LVMH, l'examen de la situation économique de Tiffany relève d'un cas de force majeure (material adverse effect), une clause jointe à l'accord de fusion qui permet d'annuler l'opération. Le joaillier américain reproche pour sa part à LVMH d'avoir cherché à plusieurs reprises un prétexte pour invoquer cette clause. Il accuse également le géant français de retarder sciemment l’obtention des autorisations administratives relatives aux règles anti-trust à travers le monde, ce que dément LVMH.

Bras de fer en justice

Aux États-Unis, le bras de fer judiciaire a débuté entre LVMH et Tiffany. Le groupe français a annoncé le 17 septembre avoir déposé ses conclusions devant le tribunal du Delaware auquel il demande de rejeter la requête en urgence de Tiffany. Le joaillier américain a porté plainte dans cet État de la côte Est américaine, où la société est enregistrée, afin de contraindre LVMH à finaliser l'opération de rachat. Il réclame un verdict avant le 24 novembre, soit la date limite de finalisation de l'accord.

Dans son communiqué, LVMH dit avoir demandé au tribunal de rejeter la demande de Tiffany "de statuer dans un délai si court qu'il serait incompatible avec une administration de la justice dans la sérénité". "En demandant à la justice de statuer en urgence - et en communiquant de manière aussi fébrile que précipitée -, les dirigeants de Tiffany n'ont pour objectif que d'éviter d'avoir à répondre, notamment devant leurs actionnaires, de leur mauvaise gestion et de voir leurs arguments contre LVMH tomber les uns après les autres", ajoute le géant français du luxe.

Pour LVMH, non seulement il n'y a "aucune raison objective" à accélérer la procédure, mais le fait d'avoir un procès dans un délai de six à sept mois permettrait aux deux groupes de mieux se préparer. "Tiffany ne donne aucune raison pour laquelle ce tribunal devrait déplacer des montagnes", écrit le groupe dirigé par Bernard Arnault dans son dossier judiciaire.

Avec Reuters (Rédaction de Bangalore, édité par Jean-Stéphane Brosse)

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