British Aerospace voit plus grand que l'Europe

AERONAUTIQUE

British Aerospace voit plus grand que l'Europe

Non content d'être le numéro 1 européen de l'aéronautique et de la défense, British Aerospace veut aussi se renforcer par un pont transatlantique.

Partager



Pompeusement baptisé le " Village du partenariat " par British Aerospace, un bâtiment futuriste en verre vert inspiré du " Dôme " que Londres construit pour le nouveau millénaire, dominait, la semaine dernière, de toute sa hauteur, le salon aéronautique de Farnborough. A l'intérieur, le numéro 1 européen de l'aéronautique et de la défense faisait l'éloge de sa " supériorité sur la terre, sur la mer et dans l'air ", film-spectacle et maquettes d'avions noyées dans les fumigènes à l'appui. Drôle d'hymne à la coopération, se dira-t-on ! La modestie n'étouffe certes pas le groupe britannique, qui n'hésite pas à s'autodéfinir comme un " leader mondial ". Avec raison, puisqu'il se classe au hit-parade du secteur, juste derrière les " big three " américains, Boeing, Lockheed Martin et Raytheon-Hughes. Il participe d'autre part à vingt-neuf programmes internationaux et réalise 89 % de ses ventes à l'exportation. Mais aujourd'hui plus que jamais, semble-t-il, le célèbre fabricant du Tornado et du Harrier se sent pousser des ailes. Cette industrie deviendra " globale dans les dix à quinze prochaines années ", insistait il y a quelques jours son directeur général, John Weston. " Elle sera alors constituée de deux ou trois acteurs majeurs, comme c'est déjà le cas aux Etats-Unis, et nous visons à faire partie de l'alliance globale la plus porteuse. " Décryptage de cet aveu d'opportunisme ? BAe ambitionne de devenir un acteur national sur chacun des marchés nationaux pour amortir ses programmes sur la base commerciale le plus large possible et améliorer ses marges. Et, pour y parvenir, il n'a pas l'intention de mettre tous ses oeufs dans le même panier, à savoir l'Europe. Il est en train de s'y renforcer, à l'évidence. Mais il se rapproche en même temps des Etats-Unis. Actuellement, sur le Vieux Continent, Airbus constitue certes sa combinaison commerciale gagnante. Le consortium doit construire quelque 1 200 appareils dans les quatre prochaines années. De quoi faire le plein dans l'usine de Chester, où le groupe, qui détient 20 % des parts, fabrique les ailes des appareils européens. Les missiles avec Matra, ou l'avion de combat Eurofighter, construit avec l'allemand Dasa, l'italien Alenia et l'espagnol Casa, assurent d'autres importants débouchés en Europe. Au titre des 232 appareils qui entreront en service dans l'armée britannique au début du siècle (à environ 400 millions de francs pièce), BAe est assuré d'une part de 37 % dans le programme.

L'anglais ne néglige aucune piste pour se développer

Mais British Aerospace joue aussi gros de l'autre côté de l'Atantique. Depuis juin 1997, il fait officiellement équipe avec Lockheed Martin pour le Joint Strike Fighter, l'avion de combat à tout faire que préparent les Etats-Unis pour le début du siècle prochain. A la clé, un contrat faramineux de 3 000 appareils pour les seules armées américaine et britannique. Ce chiffre est sans doute optimiste, mais il se double de belles perspectives à l'exportation. British Aerospace assurera 20 % de la production. Si bien que, dans dix ans, l'avion multirôle pourrait faire jeu égal, voire dépasser l'activité liée à Airbus dans son chiffre d'affaires. Si la proposition avec Lockheed Martin n'était pas retenue fin 2000 par le Pentagone, le britannique est pratiquement assuré d'une place dans le projet adverse de Boeing. Les commandes de JSF promises par la marine royale le rendent en effet incontournable, et BAe tient là l'occasion de relayer la fructueuse coopération transatlantique établie par le passé avec feu McDonnell Douglas pour vendre le Harrier et le Hawk. Ces enjeux simultanés expliquent que British Aerospace ne néglige aucune piste pour se développer. " Nous sommes dans un processus de négociations avec des acteurs significatifs des deux côtés de l'Atlantique, et aucune n'est plus avancée que l'autre ", commentait laconiquement John Weston la semaine dernière. Côté Europe, British Aerospace met un pied dans le plus grand nombre de pays possible. En mars, il prenait une participation de 30 % (qui pourrait passer à 50 %) dans l'avionneur suédois Saab, avec lequel il commercialisait déjà à l'export l'avion de combat Gripen. Depuis des mois, il négocie une entrée de la même ampleur dans les avions de combat de l'italien Alenia. Et il participera sans doute, l'année prochaine, à la privatisation de l'espagnol Casa. La France, chasse gardée de Dassault Aviation, est la dernière à jouer l'isolationnisme. Un accord de recherche-développement transmanche a cependant été formalisé début septembre par la création d'un joint-venture entre Dassault Aviation et BAe. Un rapprochement avec l'allemand Daimler-Benz Aerospace compléterait donc parfaitement ce réseau européen. La rumeur d'un tel accord n'est pas nouvelle. La fusion de Daimler-Benz et de Chrysler l'a relancée, ainsi que les récentes déclarations d'intention des patrons de BAe et de Dasa.

Une stratégie qui tranche avec celle des français

Comme pour préparer les esprits, l'Allemand Manfred Bischoff indiquait il y a quelques jours au " Financial Times " que, " s'il apparaît évident que c'est le premier pas vers la création de la compagnie européenne de l'aéronautique et de la défense EADC, pourquoi le considérer comme une menace ? ". L'accord serait prêt, n'attendant plus que le feu vert du conseil d'administration de Daimler Benz. " Acheter toute crue une société ne nous intéresse pas, car sa base nationale constitue sa valeur, commente Bill Giles, président de BAe en France. Une fusion quand cela est possible, il faut voir, car une telle opération suppose de renoncer à un actionnariat diffus. " Il est vrai que, jusqu'à présent, BAe s'est tenu à cette règle d'or : pas d'actionnaire de référence. Le plus gros détenteur d'actions possède 6 % environ de son capital. " En tant qu'actionnaire, je verrais d'un bon oeil une fusion Dasa-British Aerospace ", commente cependant un cadre dirigeant de BAe Defense Systems. " Cette fusion ne se fera jamais, car cela voudrait dire que Daimler prend le pouvoir chez BAe ", estime au contraire Serge Dassault. Faire entrer un second action- naire de référence serait une façon habile de contourner le problème. Dès lors, certains estiment que l'" ami américain ", Lockheed Martin en l'occurrence, pourrait jouer ce rôle. Pure spéculation, pour l'heure. Mais c'est en tout cas à ce genre d'" alliance globale " que le britannique pense désormais. Là où la méthode surprend, c'est qu'elle tranche avec celle des français. British Aerospace joue toutes les cartes à la fois. A la différence d'Aérospatiale, qui se dépêche de fusionner avec Matra avant d'intégrer Airbus, puis de réfléchir à une société européenne civile et militaire. BAe semble prêt à bouleverser cet ordre politiquement correct, quitte à semer la zizanie en Europe. De notre envoyée spéciale, à Farnborough,





BAE en chiffres *

Chiffre d'affaires 8,5 milliards de livres (89 % à l'export)

Répartition de l'activité 74,5 % pour la défense et 25,5 % pour le civil

Bénéfice brut 553 millions de livres

Carnet de commandes 22 milliards de livres

Effectif 43 000 salariés



Dans dix ans, l'avion de combat avec les américains sera pour BAe aussi capital que les avions civils avec les européens

Aujourd'hui, l'enjeu Airbus

20 % des parts du groupement d'intérêt économique européen aux côtés d'Aérospatiale (37,9 %), Daimler-Benz Aerospace (37,9 %) et Casa (4 %).

2,32 milliards de dollars de chiffre d'affaires, soit 16,5 % de ses ventes totales en 1997.

182 appareils livrés en 1997.

Environ 50 % d'un marché potentiel de 12 621 appareils et 873 milliards de dollars entre 1997 et 2016.

Demain, l'enjeu joint Strike Fighter

10 % environ du contrat de 719 millions de dollars pour le développement et la production de deux prototypes avec Lockheed Martin, Northrop Grumman, Pratt & Withney, Rolls-Royce et Allison.

20 % de l'ingénierie et de la production à partir de 2001 si l'équipe est sélectionnée par le Pentagone. 3 000 livraisons à partir de 2008 pour les armées américaines et la marine britannique (pour un chiffre d'affaires encore indéterminé) et un potentiel de vente de 2 000 appareils à l'export sur une vingtaine d'années.


Partager

SUJETS ASSOCIÉS
NEWSLETTER Aéro et Défense
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.

Votre demande d’inscription a bien été prise en compte.

Votre email est traité par notre titre de presse qui selon le titre appartient, à une des sociétés suivantes... Lire la suite

Votre email est traité par notre titre de presse qui selon le titre appartient, à une des sociétés suivantes du : Groupe Moniteur Nanterre B 403 080 823, IPD Nanterre 490 727 633, Groupe Industrie Service Info (GISI) Nanterre 442 233 417. Cette société ou toutes sociétés du Groupe Infopro Digital pourront l'utiliser afin de vous proposer pour leur compte ou celui de leurs clients, des produits et/ou services utiles à vos activités professionnelles. Pour exercer vos droits, vous y opposer ou pour en savoir plus : Charte des données personnelles.

Fermer
LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

ARTICLES LES PLUS LUS