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BRENNILIS, LABORATOIRE DU DÉMANTÈLEMENT

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Enquête Arrêté il y a quatre ans, le démontage du réacteur reprend. Pour EDF, ce chantier doit être exemplaire.

BRENNILIS, LABORATOIRE DU DÉMANTÈLEMENT
Le chantier générera, in fine, 100 000 tonnes de déchets.
© ANTONIN LAINÉ ; JEAN-LUC PADELLEC/LE TÉLÉGRAMME

Les monts d'Arrée, dans le Finistère. À chaque crevasse et rocher du vieux Massif armoricain, le promeneur imprégné de mysticisme celte s'attend à voir surgir des leprechauns et des korrigans. Puis au détour d'un chemin, la magie s'efface... Visible à plusieurs kilomètres, un cylindre de béton de 66 mètres de hauteur mange le paysage. Grisâtre, cette masse incongrue surplombe les forêts alentour et le lac Saint-Michel. C'est le site de la centrale nucléaire de Brennilis, du nom du village qui la jouxte. Exploitée par EDF et le Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies renouvelables (CEA), ce prototype de réacteur à eau lourde de 70 MW a fonctionné entre 1966 et 1985. Aujourd'hui, le site est en cours de démantèlement sous la seule responsabilité d'EDF. Lorsque les opérations ont débuté, en 1996, il a voulu faire de Brennilis le « laboratoire » d'un démantèlement rapide et d'un « retour à l'herbe » du site.

Quinze ans plus tard, l'ambition demeure mais le site résiste. Entouré de barbelés, il compte encore d'imposantes installations, à commencer par le bâtiment réacteur marqué par l'âge. D'innombrables rustines parsèment ses parois de béton. Jean-Christophe Couty, directeur du site de Brennilis en sourit : « Les murs font 66 centimètres d'épaisseur. Ils ne sont ni percés ni lézardés. Il s'agit simplement de quelques réparations de surface. » Plus loin, une tour impose ses 70 mètres de hauteur. Elle sert à filtrer en permanence l'air du bâtiment du réacteur afin d'éviter que des particules de tritium ne s'accumulent dans l'air ambiant. Le travail de démantèlement est pourtant bien avancé. Entre 1996 et 2006, la moitié de la déconstruction a été réalisée. Le bâtiment du combustible usé a disparu. Plus loin, le démontage de la station de traitement des effluents est bien avancé... Seuls les murs sont encore debout.

Le rythme des travaux correspondait à peu près aux prévisions d'EDF selon son scénario de « démantèlement sans attendre », soutenu par l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN). « Notre position est que les opérations de démantèlement ne soient pas retardées. Nous nous reposons sur des retours d'expériences positifs à travers le monde, notamment en matière de robotique et de téléopérations », explique Éric Zelnio, chef de la division de Caen de l'ASN, chargé du suivi de Brennilis. Mais, l'électricien n'a pas pu confirmer la validité de son modèle et a posé pelles et pioches en 2007... quand le Conseil d'État a annulé le décret d'autorisation de démantèlement afin que soit lancée une enquête publique. De cet arrêt forcé, EDF a tiré un enseignement. « L'enquête dit qu'EDF n'a pas répondu à toutes les questions. Et nous sommes d'accord là-dessus. Nous avons insuffisamment expliqué nos opérations et nos choix », raconte Jean-Christophe Couty, tout en parcourant la Maison du lac, installation pédagogique flambant neuve sur l'énergie, le nucléaire et les opérations menées à Brennilis...

Des géants de 37 tonnes

Mais l'heure a sonné pour EDF de se remettre au travail. Le décret autorisant la reprise du chantier a été publié le 28 juillet. La commission d'enquête a validé le démantèlement des échangeurs de vapeurs, du chenal, de la station de traitement des effluents... mais s'oppose à la déconstruction du bloc réacteur. Chantal Cuisnier, du réseau d'associations Sortir du nucléaire, explique : « Le bloc réacteur est un endroit très radioactif en quelques minutes. Après cinquante ans, la radioactivité est divisée par 1 000. En l'absence de fuite, il vaut mieux attendre, d'autant plus qu'il n'y a pas de solution technique pour le stockage. » L'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) doit construire un site de stockage d'ici à 2025. En attendant, EDF propose une solution provisoire, l'Installation de conditionnement et d'entreposage de déchets activés (Iceda), sur le site de la centrale du Bugey (Ain), qui sera prête en 2014.

À Brennilis, une quarantaine de personnes travaillaient à l'entretien du site. EDF et ses sous-traitants y compteront désormais entre 200 et 250 salariés pour un chantier qui devrait durer de dix à quinze ans. Ce n'est d'ailleurs pas sans enthousiasme que Jean-Christophe Couty entraîne le visiteur dans le bâtiment du réacteur. L'enceinte est quasi vide. Câblages, tuyaux et équipements électromécaniques ont disparu. Restent les 16 générateurs de vapeurs. Ces géants de 20 mètres de hauteur, plantés à la verticale, pèsent 37 tonnes chacun. Découpés en cinq tronçons, ils seront conditionnés puis entreposés : dix-huit mois de travail en perspective. Deux grosses machines attirent l'oeil. Le pont polaire rutile. Pourtant d'origine, sa maintenance est minutieuse. Ce sera la dernière machine à être démontée. À côté du bloc réacteur, un imposant engin de chargement du combustible, légèrement irradié, va être adapté par l'électricien afin de participer à la déconstruction du bloc réacteur. Sa réutilisation permet ainsi de limiter le volume de déchets.

Comme lors de la première phase du démantèlement, les opérations sont planifiées par le Centre d'ingénierie de la déconstruction et de l'environnement (Ciden) d'EDF à Lyon, puis adaptées sur le terrain. Le travail réalisé à Brennilis doit servir de référence à l'avenir pour le parc français. Huit autres centrales de première génération sont en cours de démantèlement : trois à Chinon (Indre-et-Loire), deux à Saint-Laurent (Loir-et-Cher), une à Bugey (Ain), une à Chooz (Ardennes) et une à Creys-Malville (Isère). La déconstruction de Brennilis n'est qu'un début...

« EDF et sous-traitants ont repris le travail »

JEAN-CHRISTOPHE COUTY, directeur EDF du réacteur de Brennilis arrêté en 1985

Où en est le démantèlement du réacteur ? Le démantèlement a été arrêté pendant quatre ans pour des questions juridiques. Entre 1996 et 2006, environ la moitié du travail a été réalisée. Le bâtiment nucléaire d'entreposage des combustibles usés a disparu, il ne reste que les murs de la station de traitement des effluents et l'électromécanique du bâtiment du réacteur a été retirée... EDF et ses sous-traitants ont repris le travail dès que le décret d'autorisation a été publié. EDF a fait le choix d'un démantèlement « sans attendre », une stratégie discutée. Pourquoi ? Le démantèlement sans attendre est à opposer à une attente d'un ou deux siècles. Le choix d'opérer maintenant, dans le respect des règles de sécurité et de l'environnement, est une préconisation de l'Autorité de sûreté nucléaire. Cela permet de ne pas laisser cette tâche aux générations futures. Et il est possible d'utiliser la connaissance des salariés encore en activité qui ont travaillé sur ce site. Quel est le coût réel du démantèlement de Brennilis ? Nos estimations ne se font pas par site mais pour l'ensemble des neuf réacteurs de première génération en cours de démantèlement, car certains postes sont mutualisés. La provision globale est d'environ 2 milliards d'euros, contrôlée par la Cour des comptes.

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