Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

Brandt a un avenir... sans Fagor

, ,

Publié le

Enquête Le scénario d’une reprise du groupe impliquerait des fermetures d’usines. Si Orléans et Vendôme possèdent des savoir-faire dans le haut de gamme, La Roche-sur-Yon et Aizenay sont menacées. 

Brandt a un avenir... sans Fagor
FagorBrandt sous-traite la production de lave-linge à Lyon depuis 2011.

Le temps passe et les chances de survie du cinquième fabricant européen de gros électroménager apparaissent de plus en plus minces. La mise en cessation de paiement le 6 novembre de FagorBrandt, en France, puis de sa maison mère Fagor Electrodomésticos, en Espagne, confirme l’impossibilité de l’espagnol à trouver les 170 millions d’euros qui lui manquent pour se relancer. Un coup décisif a été porté à Fagor Electrodomésticos, le 30 octobre, par la corporation Mondragón qui le détient et lui a refusé son aide. Qui peut s’intéresser à un fabricant d’électroménager en pertes chroniques sur des marchés matures décroissants, avec une dette abyssale de 859 millions d’euros ? Les candidats ne se bousculent pas au portillon.

"Fagor est une coopérative. Si elle veut faire entrer un partenaire en son sein, elle devra se transformer en société anonyme et la décision devra être ratifiée à l’unanimité par les 2 000 sociétaires", explique un spécialiste du dossier, qui veut rester anonyme. Difficilement réalisable. Les chances pour que Fagor apporte une solution viable au redressement de FagorBrandt semblent nulles. Le tribunal de commerce de Nanterre (Hauts-de-Seine) a fixé au 13 décembre le dépôt des offres de reprise du fabricant. Une issue qui aurait la faveur des syndicats. "La cessation de paiement est pour nous un espoir que FagorBrandt puisse enfin sortir du groupe Fagor, qui a asséché nos usines et pompé notre savoir-faire", explique Philippe Breger, le délégué syndical CGT de FagorBrandt à La-Roche-sur-Yon (Vendée). 

Trois pistes possibles

Le cinquième groupe européen de gros électroménager

  • Chiffre d’affaires 1,2 milliard d’euros en 2012 (1,8 milliard en 2007)
  • Implantations en France 4 usines en propre et 1 en partie externalisée (Lyon)
  • Effectif 1 900 salariés directs en France et 410 chez SITL à Lyon
Trois scénarios se dessinent. Seuls des financiers peuvent s’intéresser à la filiale française dans son entier. "FagorBrandt est la pépite de Fagor. Elle dispose de 14% du marché français et de marques à forte renommée comme Brandt, Vedette, Sauter et De Dietrich, qui sont dans tous les foyers français depuis des générations", analyse un distributeur. Des atouts séduisants pour des repreneurs. "Sur le marché français, FagorBrandt peut très bien fonctionner seul, avec un pool bancaire à son bord", estime un concurrent. Cette option préserve les usines et les salariés. Politiquement acceptable, elle est peu viable à long terme. Trop petit en Europe et dépourvu de moyens pour investir, Brandt verrait peu à peu ses appareils dépassés techniquement. Il souffrirait de nombreux trous dans sa gamme. Il ne fabrique déjà plus de réfrigérateurs et de congélateurs depuis la cession de l’usine italienne de Verolanuova, en 2012, et la production de ses lave-linge, lave-vaisselle et cuisinières d’entrée de gamme a été progressivement délocalisée en Pologne. Il devrait alors sourcer de nombreux appareils en Asie pour compléter sa gamme.

Deuxième scénario : FagorBrandt intéresse des concurrents étrangers. À moins d’être défensive, une candidature de groupes occidentaux (Whirlpool, Electrolux, Bosch-Siemens) est peu probable. L’italien Indesit, numéro trois européen et détenu par la famille Merloni, est lui aussi à vendre.

Dernière hypothèse : des candidatures chinoise (Haier) ou turques (Arcelik-Beko, Vestel), peu présents en France. Cette issue apparaît la plus probable, mais elle impliquerait la fermeture de plusieurs usines, en particulier celles fabriquant des appareils très exposés à la concurrence low cost : La Roche-sur-Yon (Vendée) avec les sèche-linge et lave-vaisselle, et Aizenay (Vendée) avec les micro-ondes. Les sites de Saint-Jean-de-la-Ruelle, près d’Orléans (Loiret), et de Vendôme (Loir-et-Cher), compte tenu de leur savoir-faire dans les appareils de cuisson encastrables, à plus forte valeur ajoutée, seraient épargnés.

Haier était jusqu’ici un candidat presque naturel à une union avec Brandt. Sous la houlette du Français René Aubertin, un ancien de Darty et président de la filiale européenne, le chinois avait annoncé, en septembre, la construction d’une usine de réfrigérateurs avec Fagor en Pologne. Mais son retrait du projet, le 4 novembre, ne plaide plus en faveur d’un rapprochement. "Des groupes comme Haier ou les coréens LG et Samsung ont une stratégie de développement globale, avec une seule marque dans plusieurs pays. Ce serait étonnant de les voir s’intéresser à Brandt et à ses marques locales", tranche un analyste. FagorBrandt pourrait, en revanche, attirer des groupes chinois inconnus en Europe, comme Midea ou Hisense. Idem pour le turc Vestel, connu en France pour ses produits à marque de distributeurs et pour la signature, en 2012, d’un important contrat d’achat de moteurs de lave-linge avec la PME nivernaise Selni.

Une facture alourdie

Une dernière difficulté se posera aux candidats : les précieuses marques Brandt, Vedette, Sauter et De Dietrich n’appartiennent plus à FagorBrandt, mais à une société irlandaise, contrôlée par le holding de Fagor. De quoi prolonger les négociations et alourdir un peu la facture d’une reprise. La période d’observation de FagorBrandt sera décisive pour montrer que le groupe est viable et qu’il a toujours un avenir en France. 

Six usines sur dix menacées dans le gros électroménager

La mère Denis, qui vantait les qualités des lave-linge Vedette dans les années 1970-1980, risque de se retourner dans sa tombe. Les machines à laver made in France semblent bel et bien condamnées. Le mouvement de délocalisation vers l’Europe de l’Est a commencé en 2010 avec Whirlpool, à Amiens (Somme), puis FagorBrandt en 2011 à Lyon (Rhône), et enfin Electrolux qui a cédé son usine de Revin (Ardennes) à la PME nivernaise Selni.

Aujourd’hui, c’est toute la fabrication des appareils blancs (lave-vaisselle, sèche-linge…) qui est menacée de délocalisation, en particulier celle de FagorBrandt. Seuls les appareils de cuisson encastrables (fours, tables à induction, hottes aspirantes…) ont un avenir industriel dans l’Hexagone : des produits haut de gamme, à plus grande technologie, nécessitant un grand savoir-faire. En témoigne le succès des appareils Gaggenau fabriqués en Alsace, dans une usine où la maison mère, l’Allemand Bosch-Siemens (BSH), a investi pour redéployer le site.

 

Réagir à cet article

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle