Bouygues Telecom veut du bien à vos enfants

Jeudi 6 septembre, le Tribunal pour les générations futures s'est demandé si le téléphone était une menace pour la jeunesse. Une conférence riche en débats à laquelle la presse avait été conviée par... Bouygues Telecom. Récit.

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Bouygues Telecom veut du bien à vos enfants
Pour Bouygues Telecom, une meilleure utilisation du smartphone est la nouvelle priorité

Le portable menace-t-il nos enfants ? Cette question, chaque parent se l’est déjà forcément posée, inquiet de les voir passer un temps souvent jugé considérable devant ce petit écran si attirant. Pour tenter d’y répondre, le "Tribunal pour les générations futures" avait convié, jeudi 6 septembre, la presse au MK2 Grand-Palais de Paris.

Pour ceux qui ne connaitraient pas, le TGF, loin d’être une institution juridique, est "une conférence-spectacle sous forme de procès pour tenter de comprendre les grandes révolutions en cours et le monde qu’elles préparent aux générations futures". Au moins une fois par an, il se réunit afin de débattre de sujets plutôt variés, comme "Faut-il ressusciter le clivage gauche-droite ?" ou encore "Faut-il démanteler Google ?", le tout à l’initiative d’acteurs du public ou du privé.

Même si les thèmes abordés sont sérieux, le ton l’est généralement bien moins. Les blagues sont régulières, le public rit, et est même convié à participer, les jurés étant sélectionnés en son sein. Le déroulement reste similaire à celui d’un tribunal classique : un président donne la parole, un (faux) procureur et une (fausse) avocate sont présents afin de faire parler des témoins. Ces derniers sont en fait les participants de la conférence, invités à partager leurs connaissances et donner leurs avis sur le sujet.

Pour revenir à notre séance, à la question "Le portable menace-t-il nos enfants ?", nous avions donc un "procureur" répondant plutôt par oui, une "avocate" totalement par non, et quatre témoins. Une professeure des écoles chargée des questions numériques au syndicat des enseignants de l’UNSA, le président de l’Observatoire de la Parentalité et de l’Education Numérique (OPEN), Serge Tisseron, chercheur, psychiatre et membre de l’Académie des technologies, et Didier Casas, directeur général adjoint de Bouygues Telecom, en charge des affaires publiques. Le patron de la communication de Bouygues Telecom est venu nous dire si, selon lui, le téléphone est mauvais ou pas... Car, autre précision, la conférence est à l’initiative de l’opérateur de télécommunication français. Le ton est donné.

L’audience est ouverte !

Les deux premiers à répondre sont la professeure et le président de l’OPEN. Pour eux, le smartphone est un outil bénéfique pour la socialisation et le développement de la jeunesse. Plutôt que de l’interdire, il est nécessaire d’en réguler l’utilisation, et les parents ont un grand rôle à jouer, en écoutant et en accompagnant leurs enfants. Le psychiatre Serge Tisseron aura peu ou prou le même avis.

Les propos les plus intéressants sont forcément ceux de Didier Casas, de Bouygues Telecom. Bien entendu, pour lui, le smartphone est bénéfique. Il faudrait également que les familles soient aidées et accompagnées pour gérer leur utilisation des smartphones. Cela tombe bien, à l’occasion de la rentrée, sa société a lancé une toute nouvelle gamme de forfaits à destination des adolescents : sms et appels illimités, un peu d’internet, mais surtout, un contrôle parental intégré. En effet, Bouygues Telecom pense que "sa mission n’est pas que de vendre mais aussi de dialoguer avec ses clients" et "d’ouvrir le débat au sein des familles" pour une utilisation raisonnée et raisonnable. Des intentions tout à fait louables.

Viennent après les plaidoyers. Pour le "procureur" le téléphone est donc une menace, et pour "l’avocate", il ne l’est pas. Les cinq jurés partent ensuite 5 minutes pour délibérer, puis reviennent. Le verdict tombe et, surprise : non, le portable ne menace pas nos enfants. Le résultat étant quand même serré: trois ont voté non et deux oui. D’un autre côté, avec des témoins dont les avis convergent tous, l’inverse aurait été sacrément surprenant.

Le "Digital Wellbeing", honnêtes intentions ou coup de communication ?

Quand il s’agit de savoir si le téléphone est une menace ou non, chacun peut avoir un avis différent. Cependant, il est certain que celui-ci a désormais pris une place extrêmement importante dans nos vies. Encourager une utilisation réfléchie et raisonnée est donc une cause noble, même si on est un des leaders des télécommunications. La question qui se pose ici est plutôt de savoir s’il s’agit d’une intention franche, ou simplement la volonté d’améliorer son image en surfant sur la tendance actuelle du retour à l’essentiel, à la "vrai vie", sans l’omniprésence des écrans.

Sarah Bastien, directrice du planning stratégique de l'agence digitale 5e Gauche s'est penchée sur la question et a bien voulu apporter à L'Usine Nouvelle quelques éléments de réponse. Selon elle, plusieurs types de motivation sont à envisager.

En premier lieu, "une conviction profonde ou une conscience en rédemption". De plus en plus de marques du numérique arrivent sur le marché avec cette approche "Wellbeing", très liée aux volontés des clients de mieux consommer.

Il est également possible que ce soit pour "anticiper les prochaines obligations légales pour en faire un argument de préférence". De plus en plus de législations entrent en vigueur, en faveur d’utilisations plus raisonnées des écrans. On pourrait citer en exemple la caractérisation en "maladie" de l’addiction aux jeux vidéo par l’OMS. Certaines entreprises choisissent donc d’"anticiper et de prendre les devants", à la fois pour "marquer positivement l’esprit de leurs clients » mais aussi pour « éviter de se retrouver au pied du mur".

Enfin, cela peut-être pour "améliorer leur image auprès des nouvelles générations", estime Sarah Bastien. En quête de mieux consommer, les plus jeunes générations font aussi de moins en moins attention aux marques. Porter des messages originaux et positifs est donc un nouveau moyen pour les entreprises de marquer les esprits de la bonne manière, afin de s’assurer la fidélité de la clientèle.

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