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L'Usine de l'Energie

Bouygues met la réfection en vitrine

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Enquête Le constructeur aura bientôt transformé son siège social en bâtiment à énergie positive. Un chantier de quatre ans pour faire de cet édifice l’étendard de son savoir-faire.

En imposer ! Le but saute aux yeux du visiteur qui parcourt la large allée qui mène, entre jardins à la française, bassins et énormes coupoles vitrées, au siège de Bouygues Construction, à Guyancourt (Yvelines). Et il est revendiqué ! Bâti en 1988 au cœur d’un site de 30 hectares proche du parc du château de Versailles, le vaisseau amiral du constructeur, baptisé Challenger, devait être la "vitrine majestueuse" des savoir-faire d’un groupe qui s’est lancé à l’assaut de l’international. Vingt-cinq ans plus tard, sous un soleil printanier, les ouvriers qui pointent leurs casques par-dessus le parapet du toit-terrasse en témoignent : la vitrine est en chantier. Objectif : sa rénovation énergétique.

La transformation de ce site de 65 000 mètres carrés ne fait pas dans la demi-mesure. "Nous ne conservons que l’armature de béton, les faux planchers et l’installation électrique basse tension. Tout le reste est changé", résume Jean-Charles Bertrand, le porte-parole de Challenger. Et pour cause. En 2008, la vitrine fait figure de passoire thermique avec une consommation de 300 kWh/m2/an. Peu flatteur alors que Bouygues place au même moment la construction durable au cœur de sa stratégie. Décision est donc prise de faire de Challenger un démonstrateur des savoir-faire du groupe en matière de rénovation. "Il s’agit de montrer que l’on sait parvenir à de hautes performances énergétiques sur un site occupé en respectant l’architecture d’origine", précise Jean-Charles Bertrand.

Le chantier démarre en 2010. Le premier bâtiment rénové, livré début 2012, a été le premier au monde à recevoir la triple certification de qualité environnementale HQE-Leed-Breeam. Challenger devrait devenir un bâtiment à énergie positive à la fin des travaux au mois d’août. C’est aujourd’hui à l’aile nord-est de faire peau neuve. La tour d’angle où se loge la cage d’escalier laisse voir ses entrailles… et l’absence d’isolation. Elle donne pourtant directement sur les bureaux. En 1988, c’était encore la préhistoire du bâtiment sobre en énergie. La solution est simple : des panneaux de polystyrène sur plaque de plâtre posés à l’intérieur. Solution simple aussi pour les dalles des parkings souterrains et les toits-terrasses, isolés par l’extérieur. Plus radicale, en revanche, pour les façades vitrées, comme en témoigne la brèche ouverte dans l’aile nord-est et les panneaux préfabriqués entassés au pied de l’édifice : le mur-rideau est déposé pour être remplacé par une "double peau". Soit un épais vitrage extérieur plus un double vitrage intérieur. Entre les deux, un store ajuste automatiquement sa position pour réguler l’apport de chaleur solaire, et de l’air circule naturellement pour optimiser l’isolation. Performant, cet aménagement a aussi été déterminé par les contraintes que pose le travail sur un bâtiment préexistant. "Les ancrages doivent être adaptés à la répartition des charges sur la structure, précise Marc Sarniguet, le directeur adjoint du service maintenance et travaux de Challenger. Et il faut enlever et remettre les panneaux rapidement, pour ne pas exposer l’intérieur du bâtiment aux intempéries."

Un bâtiment-test équipé en technologies

Second poste d’économie d’énergie : les équipements, production d’eau chaude en tête. La chaufferie de Challenger, qui alimente la boucle thermique, déploie sa tuyauterie flambant neuve dans les sous-sols du cockpit. Ce nouveau bâtiment hébergera le pilotage du site. Le chauffage électrique de 3 MW a été remplacé par deux pompes à chaleur totalisant 0,8 MW, dont l’une ultraperformante à sustentation magnétique. Deux systèmes de géothermie y ont été raccordés, l’un sur nappe phréatique et l’autre utilisant 75 sondes sèches, plongées à 100 mètres de profondeur. Marc Sarniguet pointe fièrement une vanne à débit variable : elle permet de gagner 20 kWh/m2/an en modulant les débits de la boucle d’eau suivant les besoins du bâtiment. La vanne du suisse Belimo n’a, en soi, rien de particulièrement nouveau, mais pour l’utiliser Bouygues a poussé le coréen LG à développer le premier système de climatisation dit DRV (débit réfrigérant variable) du marché. "Nous avons mis LG et Belimo autour d’une même table et avons ouvert notre site pour les tests", souligne Marc Sarniguet.

Depuis le lancement du projet, le groupe est allé chercher ou a stimulé les meilleures technologies pour sa vitrine. "Nous avons repéré une start-up, DualSun, qui avait développé une technologie fiable de panneau solaire hybride photovoltaïque et thermique. Nous avons travaillé à adapter leur produit à Challenger et à l’industrialiser", raconte Marc Sarniguet. Ainsi, 180 de ces panneaux couvriront les toits-terrasses. "Les 25 premiers arrivent aujourd’hui." Ils s’ajouteront aux quelque 25 000 mètres carrés de panneaux photovoltaïques qui prennent leurs aises dans le parc, protégés des oies par un "effaroucheur", un haut-parleur diffusant des cris d’oiseaux en détresse. Panneaux classiques ou semi-transparents, tracker fixe ou variable… Le groupe a multiplié les technologies pour les systèmes solaires, comme pour l’ensemble du chantier.

"Challenger est un laboratoire où nous testons différentes solutions pour en mesurer les performances réelles et savoir comment en corriger les défauts", pointe Marc Sarniguet. L’écart entre la théorie et la réalité de la consommation d’énergie d’un bâtiment peut rapidement grimper. Sur les premières ailes rénovées du site, le responsable a constaté, au début, une consommation du système de climatisation deux fois plus élevée que celle prévue par les simulations, faute d’une régulation capable de suivre le programme théorique… La maîtrise de ces écarts est un enjeu crucial pour le secteur. En particulier pour les grands acteurs comme Bouygues, Eiffage et Vinci qui s’engagent sur des résultats à travers les contrats de performance énergétique. De quoi mieux comprendre le surcoût lié à l’installation de multiples technologies sur Challenger. Avec un budget de plus de 150 millions d’euros, la rénovation du siège semble défier la forte culture financière du constructeur. Mais pour une vitrine, la rentabilité se mesure à long terme.

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