Bourse: l'incertitude est seule assurance possible

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Nous avons assisté à un début de semaine bizarre en Bourse. Les mauvaises nouvelles dans la zone euro s’accumulaient, crainte de défaillance de l’Espagne, difficulté sur la Grèce, plan d’austérité sans précédent en Angleterre ; les indicateurs industriels et emplois avancés aux Etats-Unis n’étaient pas bons, et pourtant, les places boursières maintenaient un mouvement haussier sans faillir. A la décharge des opérateurs l’annonce le week-end dernier d’un relâchement graduel du yuan par la Chine en amont du G20 a suscité un enthousiasme sans borne. Sauf que, comme nous l’avons écrit, la ligne de flottaison du yuan est sévèrement surveillée par la banque centrale de Chine et la variation du yuan face au dollar ne peut excéder les 0,5%. Autre variante, le découplage du yuan au dollar se fait d’une part graduellement, d’autre part en contrepartie d’un jeu sur un panier de devises, non précisé par la banque centrale.

Dans ce panier, quelles que soient les devises choisies, il est fort probable que l’euro en fasse partie. La Chine a tout intérêt à soutenir un minimum la monnaie européenne dans son jeu de billard à six bandes. En soutenant l’euro, elle peut ajuster d’une part sa balance commerciale avec l’Europe et de l’autre, ajuster le cours du dollar et ainsi contrôler de la même façon les fluctuations des cours à son avantage. Ce que la Chine se prive pas de faire, créant ainsi de facto une décote sur le prix de ses exportations et une surenchère en faisant gonfler les prix des importations. Mais dans tous les cas, la politique monétaire chinoise perturbe l'économie mondiale à un moment où la sortie de crise devient des plus lointaines.Ainis,après avoir évoqué le dernier trimestre 2010, les économistes et institutions diverses évoquent plutôt 2011 pour voir le bout du tunnel. Au mieux. Même la banque fédérale américaine s’est montrée réservée sur la reprise…c’est dire.

Il faut bien préciser qu’à ces enjeux monétaires, s’ajoutent ceux des finances publiques des pays d’Europe (et américain). Entre plans d’austérité drastiques et dettes souveraines, les marchés sont pris entre le marteau de la solvabilité des Etats et l’enclume du ralentissement de la consommation, l’alpha et l’oméga de l'économie du monde réel, conduite par la demande.

Sur ce plan, après l’allant du second trimestre, les indicateurs marquent le pas : l’immobilier aux Etats-Unis est en recul de 19% au mois d’avril comparativement au même mois de 2009, pourtant une année assez difficile. Un creux accentué par l’arrêt de la prime de 8 000 $ aux primo-accédant. La lecture sur les chiffres de l’emploi peut aussi être double : pour la première fois, les prestations d'assurance emploi ont reculé de 19 000 la semaine dernière, sa chute la plus marquée en deux mois et le nombre de demandes est de 457 000 mille. Soit on considère que c’est mieux, soit on réalise que nous sommes au même niveau qu’en début d’année, ce qui n’est pas glorieux. D’ailleurs, pour les économistes, le signal de la reprise ne se fera jour que lorsque le nombre de demandes chutera de 425 000. Un indicateur comme un autre. Dernier indicateur, les commandes de biens durables aux USA ont reculé pour la première fois en six mois en mai à 1,1% et 192 milliards de dollars, plombés en partie par l’aéronautique. En France, les chiffres de conjoncture publiés par l’Insee font état d’une croissance de 1,4% en 2010, une « reprise lente » selon les termes de l’institut prévoyant un rythme d'évolution du PIB en léger ralentissement au troisième et quatrième trimestre (+ 0,4% chaque trimestre.) Et le gouvernement spécule sur une hausse de la consommation intérieure pour prendre le relais des exportations. Une hypothèse haute après le fiasco de la Coupe du Monde et la mise en place d’un plan d’austérité probablement renforcé à la rentrée pour satisfaire à la conservation de la note AAA par les agences de notation et éviter une hausse des taux d’intérêts sur les obligations.

En résumé : le cavalier seul de la Chine, qui fait la pluie et le beau temps sur les marchés a finalement fini par être compris par les opérateurs qui après plusieurs séances de hausses se défaussent sur les principales places boursières entraînant une baisse prononcée sur les marchés : Wall Street et Paris accusent ainsi en cette fin de semaine un effacement des gains réalisés durant les neufs séances consécutives de hausse, emporté par les valeurs bancaires en proie aux doutes sur les obligations, les mesures de taxations éventuelles et l’activité globale.

L'industrie n'est pas épargnée

Les secteurs industriels ne sont pas épargnés, à l’image de l’automobile à – 2,44% et Faurecia qui perd le plus de terrain, effaçant sa superbe percée de la semaine dernière en perdant 4,85% jeudi. A l’inverse de Plastic Omnium, toujours soutenu grâce à la reprise d’Inergy en cours. Idem dans l’aviation et défense, tous les acteurs recensés dans l’indicateur plongent à l’exception de Dassault Aviations en petite progression de 3,95%. L’ingénierie industrielle s’affiche aussi en net repli à – 4,85%, emportée par Vallourec, Alstom et Europlasma, signant les plus fortes dépréciations de ce compartiment. Enfin, le secteur Pétrole et Gaz s’affiche lui aussi en baisse, - 2,22%, suite à l’annonce de stocks plus importants que prévus de pétrole aux USA et une incertitude sur le marché du pétrole et gaz relevée par l’agence internationale de l'énergie mercredi. Une incertitude liée à une baisse de la demande en Europe et aux Etats-Unis, à l’inverse des pays émergents dont la demande est liée à leur croissance. Mais dans la balance finale, les risques géopolitiques et autres accidents de type BP dans le Golfe du Mexique accroissent l’incertitude. Tout comme celle que connaissent les marchés…

Fabrice Frossard

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