Boues rouges : Alteo mise sur le tourisme industriel pour s’expliquer

Le 15 octobre, à l'initiative de l'Office de tourisme de Gardanne (Bouches-du-Rhône), Alteo accueillait une cinquantaine de particuliers de tous horizons pour un parcours guidé de ses installations. Une démarche conduite avec pédagogie et sans langue de bois.

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Boues rouges : Alteo mise sur le tourisme industriel pour s’expliquer
Extraction de l'alumine sur le site Alteo de Gardanne.

"J'espère me coucher un peu moins bête ce soir", confie une Gardannaise dont l'habitation dispose d'une vue plongeante sur l'usine Alteo, à Gardanne (Bouches-du-Rhône). Désireuse de la découvrir de l'intérieur, son attente aura été comblée au bout d'un parcours en bus dans l'unité de production et à pied dans les laboratoires le 15 octobre. Tout au long de l'année, l'office de tourisme de la ville propose des visites d'installations industrielles. Le point d'orgue se situe lors des "Indus'3 Days", dont la 1ère édition tenue en mars 2016, qui avait permis, outre Alteo, de pénétrer dans la centrale thermique d'Uniper, le Centre Microélectronique de Provence G.Charpak ou l'ancien puits minier Morandat.

Le 24 septembre 2016, quelques jours après la diffusion de l'émission "Thalassa" qui pointait les conséquences des rejets de "boues rouges" (résidus de bauxite) en Méditerranée, la visite avait fait le plein. Rebelote samedi 14 octobre. Un groupe de l'ANORAA (association nationale des officiers de réserve de l'armée de l'air) côtoyait des particuliers aux motivations variées, de la simple curiosité, à l'exemple d'un père venu avec ses deux adolescents, à l'envie de juger par soi-même les raisons de la polémique. Deux cadres d'Alteo ont éclairé les participants, l'un responsable de la planification et de la supply chain, l'autre relevant du service R&D.

Questions en cascade

La visite débute par un exposé sur l'histoire, le métier et les chiffres-clés de l'usine, puis sur la fabrication d'alumine et ses contraintes : l'obligation de tourner 24 heures sur 24 pour extraire l'alumine d'une bauxite acheminée depuis l'Afrique. A sa création, voici 120 ans par Péchiney, le minerai provenait des Baux-de-Provence (d'où son nom). Longtemps, l'alumine a servi à la production d'aluminium, les "spécialités" (hydrate d'alumine, alumine calcinée...) ont été développées plus récemment pour répondre à la demande de clients et accroître la valeur ajoutée des produits. Des échantillons passent de mains en mains.

Pour expliquer le procédé "Bayer", exploité par Alteo à Gardanne, le guide ose une comparaison : "Imaginons un mélange de sable et de sucre. Pour récupérer le sable, on mettrait de l'eau qui dissoudrait le sucre. Pour extraire l'alumine de la bauxite, on utilise de la soude au lieu de l'eau. Ensuite, on le broie".

Devant le site d'entreposage de la bauxite, les premières questions émergent :
- Pourquoi arrosez-vous les tas ?
- On encroûte le dessus pour limiter l'envolement des poussières.
- Toute la bauxite est-elle stockée à Gardanne ?
- Non, elle est stockée à Fos-sur-Mer et acheminée ici par train au rythme des besoins. Il faut 2,2 tonnes de bauxite pour obtenir 1 tonne d'alumine.
- Un rendement intéressant ?.
- Quand la bauxite venait de la région, il avoisinait les 70 à 80%.

Plus de "boues rouges" mais un liquide à traiter

Après un passage devant les bacs de lavage qui débarrassent les résidus de bauxite de la soude, le bus s'arrête devant le premier des trois filtres-presses construits dans la perspective de l'arrêt des rejets de "boues rouges" du 31 décembre 2015. Sous les yeux des visiteurs, la bauxaline, coproduit issu du traitement de la bauxite, prend consistance. Alteo recherche des pistes de valorisation pour le BTP, en dépollution de sols, en dopage de tuiles... "Environ 100 000 tonnes ont été cédées ou vendues en 2015 sur les 200 000 tonnes produites", admet le cadre d'Alteo. Le reste est entreposé sur une colline voisine, le site de Mange Garri à Gardanne. Une dame s'inquiète du trafic routier généré pour la transférer.

Dans la foulée, le groupe découvre les installations expérimentales destinées à optimiser la qualité des résidus liquides encore évacués par canalisation au large de Cassis. "Il nous reste cinq ans pour réussir à ne rejeter que de l'eau neutre", rappelle le guide, en faisant allusion à la dérogation préfectorale obtenue jusqu'en 2021 qui a tant exaspéré la ministre de l’Environnement Ségolène Royal. La collaboration de R&D pour y parvenir nouée avec Air Liquide mais aussi des start-up est présentée comme prometteuse, de même que les résultats des essais en laboratoire. "Nous y sommes presque techniquement, mais il faut trouver le moyen d'industrialiser les solutions", souligne l'un des interlocuteurs des participants.

Un souci environnemental partagé

En longeant des sacs de produits finis, l'échange se noue autour des prix moyens à la tonne. L'occasion pour les deux salariés d'insister sur les efforts d'Alteo pour concevoir des alumines de plus en plus technologiques. Un petit topo suit sur l'amélioration des résultats "sécurité" de l'usine, sur les certifications détenues, puis direction les laboratoires à l'extérieur des installations de production. On aborde les applications multiples de ces "alumines de spécialités" dans les briques réfractaires, les fours de centrales thermiques, l'automobile (filtres à particules), le blindage, la résistance au feu (tenues de pompiers, câbles...) ou les écrans de smartphones. "Une quarantaine de spécialités sont nées dans ces laboratoires", affirme le guide.

Lors du parcours dans les couloirs, une voix évoque le reportage de Thalassa et les inquiétudes soulevées. Les deux guides reconnaissent la difficulté de corriger les pratiques d'un passé où les préoccupations environnementales des citoyens et la technologie n'avaient rien de comparables à celles d'aujourd'hui. "Nous aussi, nous nous efforçons d'améliorer la planète que nous voulons laisser à nos propres enfants", lâche l'un des représentants d’Alteo. Ils rappellent que plus de 700 salariés et familles dépendent de l’entreprise. Une ultime touche d'humanité à une visite de 2h30 moins "formatée" qu'attendu et qui, de fait, a réjoui la majorité de ses participants.

Jean-Christophe Barla

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