Bouchons, la suprématie du liège contestée

Le synthétique et la capsule à vis gagnent du terrain. Pour rester dans la course, les fabricants de bouchons traditionnels revoient leurs process de production.

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Bouchons, la suprématie du liège contestée

« Notre secteur, immobile pendant des d'années, est en pleine révolution industrielle ! » avoue Jean-Philippe Allilaire, le directeur commercial en France du leader mondial des bouchons en liège, le groupe portugais Amorim. Il aura fallu attendre la forte percée des bouchons synthétiques, au début des années 2000, pour que les bouchonniers se remettent en cause. Le synthétique est en effet arrivé avec une promesse de poids : l'absence de trichloroanisole (TCA), cette molécule qui occasionne le « goût de bouchon ».

Un phénomène qui enverrait chaque année à l'évier 3 à 5 % de la production mondiale, soit l'équivalent de la production bordelaise ! Mais le synthétique offre aussi une solution économique pour un « boucher juste », adapté à la qualité du vin et à la durée de conservation supposée. « Aujourd'hui, 90 % des vins sont bus dans les six mois ! », affirme François-Xavier Denis, le directeur commercial Europe de Nomacorc, leader du segment.

En tête dans le monde...

> Sur 19,68 milliards de cols (1,75 milliard d'euros) par an, on compte 66,5 % de liège ; 14,5 % de bouchons techniques ; 12,5 % de synthétiques et 6,5 % de capsules.
> Le prix moyen d'un bouchon va de 6 centimes (synthétique) à 10 centimes (liège). Celui d'une capsule est de 5 centimes.

Source : SKALLI and REIN (chiffres 2005)

Selon lui, près d'une bouteille sur quatre dans le monde est aujourd'hui bouchée par du synthétique. Aux Etats-Unis, on atteint des niveaux bien plus élevés, avec une bouteille sur deux pour le synthétique. « Nous offrons une solution industrielle pour un produit qui s'est industrialisé », poursuit le directeur commercial, qui vante la qualité de ces produits élaborés en co-extrusion, de meilleure qualité que l'injection-moulage de ses principaux concurrents.

Profitant du débat ouvert sur les alternatives au liège, les fabricants de capsules à vis n'ont pas tardé à faire valoir leurs arguments : pas de TCA et des performances homogènes et reproductibles d'une bouteille à l'autre. Pour le moment, la part de marché de ce procédé reste marginale. Mais les choses bougent. « Pendant vingt ans, notre marché a plafonné à 300 millions de cols (soit 1 % du marché mondial) », reconnaît Bruno de Saizieu, en charge du marketing chez Alcan Packaging Capsules.

Jusqu'en 2003, seul le marché suisse était converti à la capsule. Aujourd'hui, c'est de la distribution anglaise, et de son fort pouvoir de prescription, que vient le déclic. Les marchés australien et néo-zélandais basculent sous l'impulsion de producteurs comme Foster's et Pernod Ricard, qui suivent les recommandations de la distribution. La capsule y représente respectivement 60 et 90 % du marché. Et les choses avancent vite. D'ici à la fin de l'année, près de deux milliards de cols dans le monde porteront une capsule, contre seulement 600 millions en 2004. Le marché français, encore réticent, fait partie des objectifs stratégiques d'Alcan. « Sous les efforts conjugués du synthétique et de la capsule, la part du liège au niveau mondial devrait tomber en dessous de 50 % dans les cinq prochaines années », pronostique François-Xavier Denis.

Vers des solutions composites

Pour les bouchonniers, il s'agit de sauver les meubles. Au début des années 2000, Amorim s'est lancé dans un vaste programme d'amélioration de ses performances techniques et de lutte contre le TCA. Depuis, le groupe a arrêté le négoce de liège pour mieux maîtriser ses approvisionnements, améliorer le stockage des matières premières sur du béton lisse plutôt que sur la terre afin d'éviter toute contamination. La technique de traitement en autoclave, durant lequel le liège acquiert ses qualités mécaniques, est désormais réalisée avec des quantités moins importantes de matière première. L'eau circule ainsi plus librement entre les planches de liège et facilite la récupération des gaz volatils.




« Nous avons également mis au point un système de décontamination à base de flux de vapeur contrôlée afin d'extraire le TCA » indique Jean-Philippe Allilaire. Afin de garantir des taux de TCA minimes le groupe vérifie chaque bouchon par chromatographie. Son concurrent français Oeneo (ex-Sabaté), a, quant à lui, adopté une stratégie plus radicale encore en arrêtant la production de bouchons 100 % naturels pour basculer sur les bouchons dits « technologiques ». Et cumuler les points forts des deux méthodes : les particules de liège sont associées à des microsphères de polymères thermoplastiques grâce à un liant.

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... et en France

Sur les 3,429 milliards de cols par an, on compte :
> 2,907 milliards de bouchons en liège
> 419 millions de bouchons synthétiques
> 103 millions de capsules à vis

Source : SKALLI and REIN (chiffres 2005)

Le groupe a ainsi investi plus de 15 millions d'euros dans la construction d'une usine de production de 500 millions de bouchons par an près de Badajoz, en Espagne. Cette dernière utilise un procédé d'extraction du TCA qui fait appel au CO2 supercritique. Une technique déjà utilisée pour l'extraction de la caféine des grains de café ou celle des parfums de plantes aromatiques...

Au mieux tous ces efforts permettront de stabiliser la part de marché du liège, d'autant que ses concurrents ne sont pas totalement exempts de défauts. Mais la révolution technique du secteur n'est peut-être pas achevée. Demain l'enjeu sera d'adapter les échanges gazeux avec le vin en fonction de ce que recherchent les « wine-makers». Alcan y travaille avec Dow Chemical, son fournisseur, pour offrir une palette de joints plus large en fonction des échanges gazeux souhaités. « Nous travaillons aussi dans ce sens, notamment sur les composants, la vitesse d'extrusion et la densité de la matière », affirme François-Xavier Denis, chez Nomacorc, qui cherche à améliorer la durée de conservation des vins bouchés au synthétique. Chez Oeneo, on affirme pouvoir modifier les caractéristiques technologiques en faisant évoluer la composition des bouchons. Le bouchage sur-mesure est à portée de main.

Patrick Déniel

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