Bombardier dévoile le futur train Intercités de Normandie

Le président de la région Normandie, Hervé Morin, et sa délégation, ont eu la primeur de découvrir une rame d’essai fraîchement sortie d’usine. L’Omneo Premium roulera à partir de 2020 vers le Havre et Cherbourg.

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Bombardier dévoile le futur train Intercités de Normandie
La Normandie a commandé 40 trains à Bombardier pour renouveler ses Intercités.

Sur le site de Crespin, non loin de Valenciennes (Nord), le plus grand site ferroviaire de France avec ses 2000 salariés comme aime à le répéter Bombardier, par un plein soleil et une chaleur estivale, sur une voie d’essai, trône la rame d’essai du futur Omneo Premium, dont la Normandie a commandé 40 rames pour circuler à partir de janvier 2020 sur les lignes Paris-Caen-Cherbourg et Paris-Rouen-Le Havre.

En ce mardi 16 octobre 2018, le président Morin (Les Centristes) est fier de son nouveau train et fustige l’opposition au Conseil régional qui lui reproche d’investir dans le ferroviaire devant une délégation d’une centaine de personnes. Il en profite, en fin de cérémonie, pour mettre un petit coup de pression sur le constructeur Bombardier. "Tout le monde est à l’heure ; il faut que l’on reste à l’heure. La Normandie était au fond du tiroir quand on parlait de trains. Nous sommes la première région à prendre notre destin en main."

La Normandie à la manœuvre

Tout a démarré le 25 avril 2016 quand il a signé avec le Premier ministre Manuel Valls une convention de transfert des cinq lignes Intercités de la région à partir du 1er janvier 2020. Du coup, il n’est pas question de ne pas être livré à la date prévue. Le renouveau du ferroviaire en Normandie présente une ardoise de 1,4 milliard d’euros dont la moitié pour les trains financés en partie par l’Etat, 500 millions d’euros pour rénover les voies les plus vétustes, 130 millions pour construire un nouveau centre de maintenance à Sotteville-lès-Rouen et réaménager trois autres existants. Une cinquantaine de gares normandes seront rénovées entre 2016 et 2020.

Hervé Morin coupe le ruban devant une nuée de photographes et la foule des invités se précipite pour découvrir ces nouvelles rames capables rouler à 200 km/h, grâce à quatre bogies moteurs. Un train offrant confort avec les sièges de l’équipementier Compin, silence, équipements, larges baies vitrées, accessibilité, espace vélos … Par contre, l’espace pour les bagages à main situé au-dessus des siège est particulièrement étroit.

(Photo Bombardier - S. Dhote)

Production made in Crespin

Le Président de la région Normandie conduit lui-même le train sur la voie d’essai à petite vitesse. Les rames longues de 135 mètres pourront offrir 427 places assises et 78 strapontins (le double avec deux rames). Mais les vrais tests vont débuter dans les prochains jours sur l’anneau d’essai de Velim en République Tchèque pour s’achever en février 2019.

L’usine de Crespin assure la fabrication et l’assemblage de ce train qui reprend la plate-forme Omneo des trains à deux étages Regio 2N (Transilien et TER), à l’exception des chaudrons qui arrivent – malheureusement - par camions d’un site de production en République Tchèque.


Toutes les pièces sont réceptionnées dans le magasin où les chariots élévateurs assurent un ballet pour transporter les éléments dans l’usine. La première consiste à mettre le chaudron en conformité, avant de subir "un cordon de soudures pour le rigidifier", explique Jean-François Deneuville, chef de projet Omneo, et d’y ajouter différents éléments fournis par les sous-traitants (toiture, châssis,…). La structure de la future rame passe ensuite en cabine de dressage pour obtenir des parois absolument lisses.

D’autres soudures plus fines sont réalisées par les spécialistes en chaudronnerie, des compétences qu’il est parfois difficile à attirer. "Nous formons des soudeurs, explique Laurent Bouyer, le patron de Bombardier Transport. Mais il faut en trouver une centaine d'ici au premier trimestre 2019."

Les rames encore totalement nues passent dans un atelier peinture, puis dans celui de l’habillage avec un transbordeur. Là, sont installées, les baies électriques "135 km pour une rame de 135 mètres", dixit Jean-François Deneuville. Un conteneur livre dans l’ordre d’installation les sièges depuis un magasin avancé. Certains équipementiers sont installés sur le site. Le convertisseur de traction placé dans un coffre rejoint le toit. L’étanchéité est testée tout comme le fonctionnement électrique…

Un site leader

Bombardier a également enregistré la commande de 32 rames de la région Centre-Val-de-Loire et attend celle de 19 trains des Hauts-de-France. L’usine française est à pleine charge pour quelques années avec la super commande du RER NG, des nouvelles demandes de Francilien et Regio2N. Ensuite, il faudra engranger d’autres commandes pour éviter des creux de production à partir de 2023.

Laurent Boyer compte sur deux appels d’offre d’une valeur d’environ 2 milliards d’euros chacun : la commande de 410 rames MF 19 pour le métro sur rail à Paris, et le renouvellement du RER B. Si le site de Crespin est totalement sécurisé quant à son avenir avec la nouvelle organisation du groupe qui l’a désigné comme l’un des trois sites leaders en Europe, avec toutes les compétences - au contraire des sites satellites qui sont amputés d’une partie de leurs prérogatives et qui pourraient à terme pour certains ne pas survivre – il faudra chercher des marchés hors de France.

Les mauvaises années sont passées avec les pénalités importantes payées pour les retards et les couacs du début sur le Francilien – devenu depuis le train le plus fiable de la SNCF – et depuis 2016, Bombardier France réalise des bénéfices. Il atteindra cette année un chiffre d’affaires d’environ 1 milliard d’euros sur les huit réalisés par Bombardier Transport dans le monde. De quoi poursuivre l’activité sur de bons rails…

Olivier Cognasse, à Crespin (Nord)

Olivier Cognasse Grand reporter Environnement – Utilities – Mobilités – Industries ferroviaire et navale

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