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L'Usine de l'Energie

Bolloré, le secret est dans la batterie

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Après des années d’isolement, Bolloré décroche un partenariat avec Renault. L’industriel breton surfe sur le succès d’Autolib’ pour pousser sa technologie de batterie jusqu’en Bourse.

Bolloré, le secret est dans la batterie
À Ergué-Gabéric (Finistère), le groupe Bolloré a investi 250 millions d’euros pour doubler la production.

Enfin ! L’électrique Bolloré n’est plus isolé. Fini, l’outsider regardé avec méfiance et pris de haut par les grands industriels de

Bolloré met blue solutions en Bourse

  • Créé en 1822, le groupe Bolloré figure parmi les 500 plus grandes entreprises mondiales.
  • 10,2 milliards d’euros, c’est le chiffre d’affaires du groupe en 2012, pour un résultat net de 804 millions d’euros.
  • 55 000 salariés sont répartis dans 152 pays.
  • 2 pôles principaux : le transport et la logistique, la communication.
  • 10% de Blue Solutions (production et la commercialisation des batteries et supercapacités) seront mis en Bourse le 30 octobre. 
  • 36 millions d’euros, c’est le chiffre d’affaires prévu pour 2013 pour une perte de 17 millions.
  • 300 salariés sur deux sites, en France et au Canada
  • 1,5 milliard d’euros c’est le chiffre d’affaires visé en 2022. avec une marge d’Ebitda de 25% à 30%.
l’automobile et de l’énergie. Tout le monde s’allie au groupe breton : Renault, la Compagnie nationale du Rhône, filiale de GDF Suez, Total… Jusqu’à BMW, qui s’intéresse d’un peu trop près aux bornes de recharge des voitures en libre-service dans la métropole parisienne. Vincent Bolloré est en passe de gagner son pari : le succès d’Autolib’ valide sa technologie de batterie et l’impose en partenaire incontournable de l’autopartage. Un timing parfait pour le groupe qui, le 30 octobre, mettra en Bourse 10% de sa filiale Blue Solutions consacrée au stockage d’énergie.

Le partenariat avec Renault est le plus symbolique. "La réunion avec notre grand frère Renault est très importante", a déclaré Vincent Bolloré devant la presse, invitée vendredi 13 septembre à la présentation de l’introduction en Bourse de Blue Solutions. Cela fait des années que Bolloré essaie d’accrocher un grand constructeur. C’est chose faite : les deux groupes devraient créer une coentreprise, qui proposera des systèmes d’autopartage en France et à l’international [lire page 62]. Ils envisagent aussi le transfert de certaines fabrications de la Bluecar de Bolloré dans l’usine Renault de Dieppe (Seine-Maritime). Enfin, le constructeur aiderait son partenaire à concevoir, développer et industrialiser une voiture électrique à trois places utilisant la batterie de Bolloré.

Un joli triplé pour le breton, qui s’affranchit de ses limites en termes de moyens, notamment humains, alors que la demande pour les solutions d’autopartage s’envole. Après Paris, Bordeaux, avec le Bluecub, et Lyon, avec la Bluely – deux projets dans lesquels Renault devrait investir – puis Indianapolis (États-Unis) ont été conquis. Le groupe vise à présent l’Asie et compte décrocher un gros projet par an.

Quatre ans d’avance

Renault, qui avait toujours dédaigné Bolloré, a donc été convaincu par le succès d’Autolib’. Et pour cause. "Nous avons développé une solution complète en moins d’un an, rappelle Didier Marginedes, le vice-président de Blue Solutions. Nous avons montré à Renault notre capacité à délivrer." Les résultats sont au rendez-vous : après deux ans d’opération sans couac, "Autolib’ compte 100 000 abonnés, dont 31 000 à l’année", se réjouit Vincent Bolloré. L’industriel espère atteindre le seuil de rentabilité dès 2014, soit quatre ans plus tôt que prévu !

Le savoir-faire qui attire Renault, c’est l’ingénierie informatique assurant la valeur du service d’autopartage. Dans la Bluecar géolocalisée, au téléphone, sur internet, par visioconférence dans les espaces abonnements, depuis son mobile, l’utilisateur d’Autolib’ est en permanence connecté au système d’information développé par Polyconseil, une autre filiale de Bolloré. Celui-ci suit en temps réel les 1 800 véhicules, leur disponibilité aux 4 500 stations de recharge et l’autonomie de leur batterie. Il gère des dizaines de milliers de réservations par semaine, connecte les clients aux conseillers Autolib’ en moins de 30 secondes et s’immisce jusque dans le carnet d’adresses des mobiles pour suggérer des stations. De quoi rendre Bolloré incontournable dans l’autopartage.

L’éclat d’Autolib’ occulterait presque l’origine de l’aventure. "Notre objectif industriel est de démontrer la capacité de notre technologie de batterie", prévenait Vincent Bolloré lors du lancement d’Autolib’. L’entrepreneur n’a pas perdu son cap. "Ce qui est intéressant dans le succès d’Autolib’, ce sont les 2,5 millions de trajets effectués qui démontrent la robustesse de nos batteries, pointe-t-il. C’est cela qui fait qu’on se présente aujourd’hui." Même si l’accord avec Renault reste timide au niveau des batteries, le breton y voit un premier pas et un gain en crédibilité pour sa technologie. Il est révolu le temps du secret et de la R & D, place aux contrats, à la Bourse et à la production. Bolloré devrait inaugurer l’extension de son usine de batteries d’Ergué-Gabéric (Finistère), le 20 septembre en présence de François Hollande [lire ci-dessus]. Pour Didier Marginedes, qui développe depuis 2001 l’activité stockage d’énergie du groupe, "c’est l’aboutissement d’une longue histoire".

Une histoire qui remonte aux origines du groupe, presque bicentenaire. Sa première activité, le papier, l’amène au papier à cigarettes puis aux films de polymères. Bolloré a développé un savoir-faire technologique et industriel qui en fait l’un des leaders des films propylène pour condensateurs, avec 30% du marché mondial. À partir de cette expertise, le groupe se lance en 2001 dans le développement de supercondensateurs et d’une technologie de batterie, dite lithium métal polymère (LMP), dont il est le seul détenteur. Elle affiche son héritage et un cœur solide : l’électrolyte qui sépare la cathode de l’anode est une membrane en polymère. Le film reste mince mais l’avantage ne l’est pas. Dans la technologie lithium ion, l’électrolyte est un liquide organique. C’est lui qui a cette fâcheuse tendance à l’emballement thermique… ce qui transforme les portables Sony en lance-flammes et cloue les Boeing au sol.

Lent démarrage du véhicule électrique

  • 5 764 voitures électriques vendues en France de janvier à août (+ 48% sur un an)
  • 72% du marché capté par la Renault Zoé
  • 7 600 bornes de recharge installées
  • 1 800 Bluecar destinées à Autolib’
Bolloré se targue d’avoir une batterie plus sûre, mais aussi capable de maintenir sa capacité de stockage plus longtemps que le lithium ion. C’est sur ces deux avantages que le groupe fonde une stratégie de conquête tous azimuts. Quand l’industriel breton énumère les Blue applications de sa batterie, c’est un inventaire à la Prévert. Côté mobilité, l’autopartage, bien sûr, mais aussi l’automobile tout simplement avec la Bluecar, le bus (Bluebus), le bateau (Blueboat), le tramway sans caténaire et… sans rail (Bluetram). Le bouillonnant homme d’affaires s’intéresse aussi aux applications stationnaires (Bluestorage). Avec une affection toute particulière pour la Bluehouse, un bâtiment autonome en électricité grâce à des panneaux solaires couplés à une batterie. Farfelu ? Pas tant que ça. Le groupe dispose de pilotes et a de grandes ambitions en Afrique, continent où il est très présent dans d’autres activités comme les ports ou la logistique, entre autres.

Quatre ans d’avance

Stocker l’énergie produite par des éoliennes et des panneaux solaires afin de la restituer quand le réseau en a besoin représenterait un marché de 35 milliards d’euros, estime le groupe. Les applications stationnaires pourraient bien démarrer plus vite que les mobiles. Bolloré dispose déjà de partenaires. Le groupe teste depuis quelques mois un système de stockage de 1 mégawatt adossé à une centrale solaire de la Compagnie nationale du Rhône (CNR). Il peut aussi s’appuyer depuis peu sur Énergie Développement, sa coentreprise avec Total, pour proposer des offres combinées de panneaux solaires et de batteries. Tous marchés confondus, Blue Solutions vise un chiffre d’affaires de 1,5 milliard d’euros d’ici à 2022. Surtout, Bolloré a une vision claire de son positionnement. "Nous ne voulons être le sous-traitant de personne, tranche Vincent Bolloré. Nous proposons des solutions." Sa batterie ayant été ignorée pendant longtemps, l’industriel a dû faire des efforts considérables pour la sortir des laboratoires. Son groupe a été mobilisé pour concevoir et fabriquer l’électronique de gestion de la batterie, une voiture, des bornes de recharge, un système d’information, des bus… De ces années d’isolement, le breton a tiré des savoir-faire et une expertise qui lui permettent, maintenant que les partenaires affluent, d’être en position de force. Un de ces retournements de situation dont Vincent Bolloré a l’habitude.

Blue Solutions livrera 5 000 batteries par an

Rares sont les investissements de ce montant en Bretagne. Le groupe Bolloré a achevé la construction de la seconde tranche de son usine Blue Solutions (ex-Batscap) de fabrication de batteries au lithium métal polymère, à Ergué-Gabéric (Finistère), dont la première tranche date de 2010. Montant de la facture : 250 millions d’euros pour doubler la capacité du site, qui passe de 2 500 à 5 000 batteries par an. Blue Solutions prévoit d’augmenter progressivement son effectif de 160 à 250 salariés. Une partie des batteries est évidemment destinée à la voiture électrique Bluecar, qui équipe le réseau Autolib’ parisien et prochainement les Bluely de Lyon et les Bluecub de Bordeaux.

Elles sont aussi montées sur les véhicules de transport collectif Bluebus, créés par Bolloré et fabriqués par le carrossier Gruau près de Laval (Mayenne). Un exemplaire de Bluebus est utilisé depuis quelques mois par Veolia Transdev au Mont-Saint-Michel (Manche). Bolloré vise aussi le marché des bateaux et surtout du stockage de l’énergie domestique. Le tout nouveau service Bluehouse concerne des batteries installées dans des écoles, des dispensaires médicaux, situés dans des lieux éloignés des métropoles, principalement en Afrique, pour le stockage de l’énergie éolienne ou photovoltaïque. 

Stanislas du Guerny

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1 commentaire

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21/09/2013 - 08h59 -

Aucun "grand média" n'a souhaité évoquer la mise au point cinglante imposée aux grands constructeurs de voitures électriques (Renault, Citroen, Opel, Nissan, et BOLLORE) par l'Observatoire du nucléaire. Ces constructeurs ont été obligés de reconnaître que la voiture électrique n'est ni "propre", ni "verte", ni "écolo", et ont été contraints à rectifier leurs publicités. Mais, au moment où la "sarkozie" et la "hollandie" s'unissent pour prétendre que la voiture électriques est "écolo", avec la caution injustifiable des notables d'EELV, cette information pourtant cruciale est littéralement censurée. Cf. http://www.observatoire-du-nucleaire.org et http://www.jdp-pub.org
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