Boeing abandonne son mariage avec Embraer au grand désespoir du groupe brésilien

Les plans d'Embraer s'effondrent : Boeing a décidé le 25 avril de renoncer au rachat de la division aviation commerciale du groupe brésilien. Une décision vivement critiquée par Embraer en pleine crise du Covid-19.

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Boeing abandonne son mariage avec Embraer au grand désespoir du groupe brésilien
Le protocole d'accord prévoyait que Boeing prenne le contrôle à 80 % d'une co-entreprise comprenant la division aviation commerciale d'Embraer. /Photo d'archives/REUTERS/Roosevelt Cassio

Boeing abandonne son mariage avec Embraer en pleine crise du Covid-19. L'avionneur américain a annoncé samedi 25 avril qu'il renonçait à racheter la division aviation commerciale de son rival brésilien. Officialisé en juillet 2018, le projet d'acquisition s'élevait à 4,2 milliards de dollars. Faute de plan "B" évident, l'avenir d'Embraer paraît bien incertain.

Échec des négociations entre Boeing et Embraer

"Au cours des derniers mois, nous avons mené des négociations productives, mais qui se sont à terme révélées infructueuses, à propos de certaines conditions non satisfaites de l’accord-cadre de transaction", explique dans un communiqué Marc Allen, responsable du partenariat chez Boeing. "C’est une grande déception, mais nous avons atteint un point où la poursuite des négociations dans le cadre de l’accord-cadre ne permettait pas de résoudre les problèmes en suspens", poursuit-il.

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Le protocole d'accord prévoyait que Boeing prenne le contrôle à 80 % d'une co-entreprise comprenant la division aviation commerciale d'Embraer. L'objectif était de concurrencer Airbus sur le marché des avions régionaux, en réponse à l'alliance entre le groupe européen et le constructeur canadien Bombardier.

Boeing et Embraer souhaitaient également trouver de nouveaux marchés pour l'avion militaire C-390 Millenium de l'entreprise brésilienne. Un projet également abandonné même si les deux entreprises maintiennent leur accord-cadre d'association sur la commercialisation et la maintenance de cet appareil.

Embraer fustige la décision de Boeing

Embraer a vivement critiqué la décision de Boeing dans un communiqué. L'entreprise brésilienne estime que Boeing prétexte des problèmes techniques pour annuler l'accord alors qu'il le fait en réalité pour des raisons financières. "Nous pensons que Boeing s'est engagé dans un schéma systématique de retard et de violations répétées [du protocole d'accord], en raison de sa réticence à conclure la transaction au vu de sa propre situation financière et du 737 MAX et d'autres problèmes commerciaux et de réputation", fustige Embraer.

Embraer précise qu'il mènera toutes les actions possibles pour obtenir une indemnisation de la part de Boeing. Le groupe américain a répliqué en disant s'être retiré uniquement parce qu'Embraer n'avait pas respecté les conditions fixées lors des négociations.

"Notre histoire est émaillée de moments difficiles, et nous les avons tous surmontés", a déclaré aux 20 000 employés du groupe Francisco Gomes Neto, directeur général d'Embraer depuis moins d'un an et doté d'une faible expérience du secteur. Cette crise est d'autant plus vive qu'Embraer est très isolé depuis la reprise par Airbus du programme A220 (ex-C Series de Bombardier).

"Pour Embraer, cela pourrait être très dommageable"

"Pour Embraer, cela pourrait être très dommageable", observe Richard Aboulafia, consultant du groupe Teal, qui souligne que le brésilien est le seul constructeur important de jets encore indépendant. "Il est difficile de faire pression sur vos fournisseurs lorsque le volume que vous offrez correspond à une fraction seulement de celui de vos concurrents", poursuit-il.

Pour l'heure, Embraer cherche avant tout à rassurer les investisseurs en annonçant une réduction de ses coûts et en déclarant disposer d'une solide trésorerie. L'ancienne entreprise publique n'a pas demandé à ce stade de plan de sauvetage mais s'est simplement dit ouvert à des sources de financement "complémentaires".

Confronté à la crise liée au coronavirus, de nombreuses entreprises brésiliennes, notamment des compagnies aériennes et des constructeurs automobiles, ont ouvert des discussions afin de pouvoir bénéficier de mesures d'urgence. Embraer "va avoir besoin d'un puissant soutien du gouvernement pour faire face au coût [de l'échec du rachat par Boeing] et résister à la crise du coronavirus", observe Aurelio Valporto, à la tête d'un groupe d'actionnaires minoritaires hostiles à cet accord.

Les deux arguments phares utilisés par Embraer pour séduire les investisseurs sont en effet partis en fumée. Premièrement, il devait verser 1,6 milliard de dollars de dividendes dans le cadre de l'opération avec Boeing. Deuxièmement, il devait recevoir assez de liquidités pour rembourser ses dettes et relancer ses activités militaires et d'avions d'affaire. Le rachat par Boeing était par ailleurs censé résoudre tous les problèmes de la division commerciale. Mais désormais, rien ne va plus.

Un besoin de marges de manoeuvre pour Boeing ?

Selon les analystes, cela ne pourrait pas arriver à un pire moment, d'autant que les ventes de son avion de ligne E2 ne décollent pas et que la chute vertigineuse des courts du pétrole n'encourage pas vraiment les propriétaires de jets à investir dans de nouveaux appareils plus économes en kérosène. La décision de Boeing de renoncer à cette opération pourrait également se traduire par de longues et coûteuses batailles juridiques.

Selon des sources industrielles, Boeing a besoin de retrouver des marges de manoeuvre au moment où il demande au gouvernement américain de soutenir l'industrie aéronautique du pays. "Il n'est pas très facile de demander de l'aide au Congrès et en même temps d'investir beaucoup d'argent dans une acquisition", a déclaré l'une de ces sources haut placée.

Un joker chinois politiquement sensible

Compte tenu du caractère potentiellement contentieux entre les deux anciens alliés, il est peu probable que les discussions reprennent entre eux, ce qui laisse peu d'options à Embraer. Le joker potentiel pourrait toutefois être la Chine, qui a failli l'emporter face à Airbus pour reprendre le programme A220 et qui développe à marche forcée son industrie aérospatiale.

"D'un point de vue stratégique, c'est une option mais cela pourrait être politiquement problématique", observe Jerrold Lundquist, directeur général de The Lundquist Group. L'entourage du président brésilien Jair Bolsonaro a en effet mis en cause à plusieurs reprises l'attitude de la Chine face à la pandémie de coronavirus.

Avec Reuters (Marcelo Rochabrun à Sao Paulo, Tim Hepher à Paris et Rodrigo Viga Gaier à Rio de Janeiro, avec la contribution de Tatiana Bautzer à Sao Paulo. Version française Jean-Michel Bélot)

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