L'Usine Santé

Boehringer Ingelheim sacrifie la France et ferme son usine de Blanquefort

Gaëlle Fleitour , ,

Publié le

Malgré plusieurs lancements de nouveaux médicaments et un chiffre d’affaires en croissance, le laboratoire allemand restructure son réseau d’usines chimiques, abandonnant son site français. Et s’apprête à revoir ses activités opérationnelles en Europe.

Boehringer Ingelheim sacrifie la France et ferme son usine de Blanquefort © Boehringer Ingelheim

6,3?% de croissance en 2012, alors que le marché pharmaceutique mondial n’a cru que de 1,6?%. À l’occasion de la présentation de ses résultats annuels, le laboratoire pharmaceutique allemand Boehringer Ingelheim avait de quoi se réjouir. Avec ses 14,7 milliards d’euros (dont 19?% consacrés à la R&D), il se dit 13e laboratoire pharmaceutique mondial. Un des rares à être encore contrôlé par les descendants du fondateur et non côté en Bourse.

Fermeture de la dernière usine hexagonale

Malgré de futurs lancements de médicaments prometteurs - dont son premier traitement dans l’oncologie cette année, après s’être lancé dans le diabète en 2011 - ce spécialiste des traitements en pneumologie et cardio-vasculaire s’apprête pourtant à se restructurer. Car dans un marché pharmaceutique qui souffre, ses bénéfices chutent : ils sont passés de 1,476 milliard d’euros en 2011 à 1,237 milliard l’année suivante.

Troisième filiale étrangère du groupe - après les États-Unis et le Japon -, la France n’est pas épargnée. Dans le cadre de la réorganisation de ses usines chimiques, le site de Blanquefort, en Gironde, va ainsi fermer ses portes cet été. À cause de surcapacités et faute de diversification à temps, 53 emplois disparaîtront, aucun repreneur n’ayant été trouvé. Il s’agissait de la dernière usine de Boehringer Ingelheim en France.

Et restructuration en Europe

Et il n’est pas certain que les équipes commerciales françaises ne soient pas touchées à leur tour. “La situation du marché reste difficile en Europe, en particulier en France et dans le Sud, et il n’est pas prévu que cela change dans les années à venir, s’inquiète Andreas Barner, président du directoire. Nous allons adapter nos structures dans le sud de l’Europe?: les changements doivent refléter le fait que nos possibilités sont clairement limitées dans ces pays pour générer des ventes, à cause de réductions des prix drastiques.” Or le laboratoire va également perdre cette année dans l’Hexagone deux brevets de médicaments importants. Et n’est pas encore parvenu à se mettre d’accord avec les autorités sanitaires sur le niveau de remboursement du Trajenta, un nouveau traitement du diabète de type 2 sur lequel il mise beaucoup. Mais il faudra attendre encore pour connaître les choix stratégiques du laboratoire.

Un investissement dans une start-up française

En attendant, il vient néanmoins d’investir, via son propre fonds d’investissement mais pour un montant inconnu, dans une pépite française : la start-up Eyevensys, dont il siégera au conseil d’administration. Fondée en 2009 à Paris, elle développe un nouveau procédé (la thérapie génique non-virale par électrotransfert), afin de traiter les maladies oculaires. Il s’agit du deuxième investissement en France pour ce fonds créé en 2010, qui avait déjà pris une participation dans Inserm Transfert Initiative. Signe que l’Hexagone suscite toujours de l’intérêt pour Boehringer Ingelheim.

Gaëlle Fleitour

En Allemagne comme en France, l’État incriminé

Qu’ils soient implantés en France ou en Allemagne, les laboratoires pharmaceutiques reprochent finalement à leurs gouvernements respectifs les mêmes maux. Faute d’avoir obtenu le remboursement du Trajenta en Allemagne, Boehringer Ingelheim a décidé de ne pas le mettre sur le marché Outre-Rhin, alors que ce traitement est déjà commercialisé dans 40 pays. “Nous ne pouvons pas conduire de la recherche en Allemagne à des niveaux de coûts allemands, et vendre à des prix grecs?'', s’insurge Andreas Barner.'' Et finalement, cette décision menace des emplois hautement qualifiés dans la recherche en Allemagne.?'' Un discours similaire à celui tenu par ses homologues dans l’Hexagone. L’herbe serait-elle plus verte hors d’Europe??

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