Quotidien des Usines

Blum, le fabricant de charnières aux 1 000 brevets

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L'autrichien Blum est devenu en quelques années une figure des charnières et coulisses pour meubles de cuisine. Un succès dû à une politique d'innovation forte.

Un portrait immense attire instantanément le regard dans le hall d'entrée. Julius Blum, disparu l'an passé, semble inviter le visiteur à pénétrer dans le QG autrichien de son discret empire. Installée dans la province du Vorarlberg, située entre la Suisse et l'Allemagne, la société Blum, fondée par cet ancien forgeron, compte parmi les leaders mondiaux des charnières et coulisses pour meubles de cuisine.

En cinquante-cinq ans, l'entreprise familiale indépendante s'est bâti un portefeuille de 8 000 références dans trois familles de produits : les charnières, les coulisses, et les portes relevantes. Et un solide outil industriel constitué de huit usines dans le monde. Bien que la société pratique des prix supérieurs à ceux de ses concurrents, les résultats sont là. En six ans, elle a doublé ses effectifs et son chiffre d'affaires. Depuis cette année, celui-ci dépasse le milliard d'euros, dopé par un marché du meuble de cuisine en croissance.

des tiroirs silencieux

Si ses principaux compétiteurs, les allemands Hettich et Würth (détenteurs des marques Grass et Mepla-Alfit) ont tout autant profité de cette tendance lourde, Blum doit aussi son succès à sa forte capacité à innover, à industrialiser rapidement, et à le faire savoir à ses clients cuisinistes. Trois atouts maîtres dans ce secteur très concurrentiel. « Pour maintenir la production en Autriche, nous devons nous renouveler et garder ainsi un temps d'avance sur nos concurrents », résume Günther Beer, responsable du marché français. Avec plus de 1 000 brevets déposés dans le monde, la société détenue par Gerhard et Herbert Blum - deux des fils du fondateur - et la fondation privée qui porte leur nom, enchaîne les développements de dispositifs d'ouverture et de fermeture de portes et tiroirs de meubles.

Le plus connu, un système d'amortissement baptisé Blumotion, lancé il y a quatre ans, permet aux tiroirs de terminer seuls et en silence leurs derniers centimètres de course. Une petite révolution dans le monde de la cuisine, même si l'italien Salice avait déjà mis au point un concept analogue pour les portes battantes. Egalement au tableau de chasse de Blum, des tiroirs à sortie totale et des systèmes de charnières invisibles et clipsables. « Notre innovation vient de l'observation du marché et de la proximité avec les utilisateurs finaux », expose Yves Stoltz, gérant de la filiale française de Blum. Outre les fabricants de meubles (Arthur Bonnet, Legrand ou Schmidt en France) et les distributeurs, Blum travaille en étroite collaboration avec les consommateurs de tous les pays pour concevoir ses produits.

Il a ainsi installé des cuisines laboratoires un peu partout dans le monde : des usagers y testent les prototypes ou viennent cuisiner une journée entière sous l'oeil d'une caméra. Les chercheurs de Blum décortiquent ensuite l'ensemble de leurs déplacements dans l'espace afin de traduire des besoins non exprimés en fonctions. Le processus est alors lancé : recherche et évaluation de solutions techniques existantes ou nouvelles, réalisation d'un concept produit et développement des outils de production nécessaires. C'est ainsi que l'autrichien a mis au point ces dernières innovations. A commencer par le « Servo drive », un système qui permet d'ouvrir un tiroir sans poignée, grâce à un simple contact. Un petit levier donne l'impulsion et déclenche le mouvement d'ouverture.

un désir d'indépendance

Premier à commercialiser ce type de produits dès la fin de 2006, Blum a travaillé durant trois ans sur ce système électronique. Autre « trouvaille » : une gamme de quatre modèles de ferrures pour des armoires suspendues permettant aux portes de se plier, de basculer ou de pivoter... « Même si ce type de système existait déjà, nous sommes partis d'une feuille blanche. Et nous nous sommes créé un nouveau marché », sourit Yves Stoltz.

La société autrichienne emploie près de 300 personnes dans la recherche et le développement et y investit 4 % de son chiffre d'affaires. Mais seulement un tiers des équipes se consacre aux produits eux-mêmes. Le gros des effectifs de R et D s'affaire en effet à la mise au point de moyens de production, à l'installation, et à la logistique. La société fabrique elle-même tous les composants de ses ferrures (150 pièces, rien que pour une coulisse). Pour cela, elle développe des machines sur mesure. Une usine entière de son site autrichien est d'ailleurs dédiée à cette activité ! L'automatisation est extrême : pour chaque pièce usinée, la part de la main-d'oeuvre du travail est inférieure à 3 % du coût de revient total.

Blum travaille à adapter ses produits à de nouveaux matériaux (cuir, verre, bois, pierre...) pour suivre la tendance décoration que connaît actuellement l'ameublement. Elle réfléchit aussi à des systèmes d'interrupteurs à la place des poignées.

Mais le fabricant qui a fait de la cuisine son domaine réservé, a pour principal chantier d'explorer toutes les pièces de la maison, comme la salle de bains, le salon ou la chambre à coucher. « Nous avons lancé beaucoup de nouveaux produits ces dernières années. Nous allons désormais nous attacher à les adapter à d'autres types de meubles. Mais je vous rassure, beaucoup de nouvelles choses sont encore à inventer », affirme Yves Stoltz. A elle seule, la domotique ouvrira bientôt un champ d'investigation immense à l'entreprise. .

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