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L'Usine Maroc

Blocage de la VoIP au Maroc : les trois opérateurs, en choeur, plaident non coupables, Elalamy aussi

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Publié le

Depuis le début de l’année, les services voix sur IP comme Skype ne sont plus accessibles au Maroc. Maroc Telecom, Inwi et Méditel (Orange), les trois opérateurs nationaux marocains bloquent l’accès. Selon eux une décision du seul fait de l’Agence nationale de régulation. Avec à la clé d'importants enjeux économiques. Interrogé par L'Usine Nouvelle, Moulay Hafid Elalamy, le ministre de l'Industrie et en charge de l'économie numérique botte en touche, plaidant l'indépendance du régulateur.

Blocage de la VoIP au Maroc : les trois opérateurs, en choeur, plaident non coupables, Elalamy aussi
Tous les opérateurs renvoient donc la responsabilité – ou la patate chaude ? – à l’ANRT qui s’en tient à sa première et unique version.
© anrt

"Nous ne faisons que suivre". C'est ce qu'à humblement plaidé Abdesslam Ahizoune, directeur général de Maroc Telecom (photo), lors de la présentation des résultats financiers du groupe pour 2015, le 15 février 2016. Il a été alors le premier opérateur télécom à justifier le blocage des services voix sur IP (Skype, WhatsApp …) depuis janvier au Maroc.

"Je reconnais l’importance que revêt la VoIP au Maroc, notamment pour les communications à l’international, mais elles ne respectent pas le cadre règlementaire marocain établi par l’ANRT [Agence nationale de régulation des télécommunications, ndlr] et celle-ci a jugé opportun de les bloquer, en vertu des lois en vigueur", a-t-il expliqué.

Le 1er mars, Méditel est à son tour contraint de s’exprimer, lors de la deuxième édition du L@b, sorte de présentation publique de ses nouveaux services. "Il y a l’ANRT d’un côté, les clients de l’autre et nous au milieu. Les opérateurs n’y sont pour rien, plaide Jerôme Ferrari Fromager, directeur marketing et communication de Meditel. Nous sommes en train d’appliquer une décision prise par l’ANRT. C’est le régulateur qui définit les lois qui s’appliquent sur le marché (cadre règlementaire), et en tant qu’opérateur, nous sommes régis par ce cadre."

Le lendemain, Inwi, alors sponsor officiel des Morocco Web Award annonce son retrait de l’évènement. Dans les jours précédents, plusieurs nominés s’étaient désisté par opposition au blocage de la VoIP par Inwi.

"Afin de ne pas porter préjudice aux MWA ainsi qu’à la communauté web, nous annonçons notre retrait de cette édition afin que l’événement puisse avoir lieu et récompenser ainsi les talents marocains du web pour l’année 2016", annonce l’opérateur dans un communiqué.

La justification du blocage par Inwi reprend ensuite presque mot pour mot celle de Maroc Telecom et de Méditel. "Nous sommes extrêmement sensibles à la colère exprimée par les internautes et autres usagers de services telecoms, notamment sur les réseaux sociaux", mais "en tant qu’opérateur télécom, nous sommes tenus, d’un point de vue réglementaire, d’appliquer cette décision."

Tous les opérateurs renvoient donc la responsabilité – ou la patate chaude ? – à l’ANRT qui s’en tient à sa première et unique version.

"une tentative (désespérée) de freiner la baisse depuis 2013 du chiffre d'affaires des communications voix sur mobile",

"La suspension [des services gratuits de téléphonie sur IP offerts par certaines applications disponibles sur Internet, ndlr] s’inscrit dans le cadre de la mise en conformité des exploitants avec les obligations qui leur incombent dans le cadre des licences dont ils sont détenteurs", expliquait-elle le 7 janvier dans un communiqué, les dispositions réglementaires régissant la fourniture des services de téléphonie (Voix sur IP ou autres) sont claires et [qu’ils] ne peuvent être fournis que par les exploitants détenteurs de licences de télécommunications." Exit, donc Skype, WhatsApp, Google Hangout …

Qu'en est-il au fond ? "Ce blocage semble être une tentative (désespérée) de freiner la baisse depuis 2013 du chiffre d'affaires des communications voix sur mobile, explique à L'Usine Nouvelle Mohamed Drissi Bakhkhat, professeur d’économie à l'université Abdelmalek Essaâdi, à Tanger et spécialiste de la concurrence.

Leur chiffre d’affaires a diminué environ de 1 milliard de dirhams par an depuis trois ans. Cette diminution est due à la baisse des tarifs de terminaison (fixés par l'ANRT), à la concurrence accrue suite à l'arrivée de Inwi et plus récemment à la tarification agressive de Meditel."

En parallèle, Inwi, Meditel et Maroc Telecom ont tous lancé leurs offres 4G et avec elles de gros investissements en infrastructures. "Les clients mobiles sont équipés de plus en plus en smartphones supportant la 3G et la 4G. Tout ceci favorise beaucoup une utilisation plus généralisée des applications offrant la VoIP", ajoute Mohamed Driss Bakhkhat.

De fait, selon l'"Enquête sur l’accès et l’usage des Technologies de l’Information et de la Communication par les individus et les ménages" rendue publique par l’ANRT en juin 2015 pour l’année 2014, 42,1% des marocains utilisent internet pour les services VoIP.

Les opérateurs nient pourtant tout lien entre cette forte proportion d’utilisateurs, le manque à gagner pour leurs propres services de téléphonie et le blocage de la VoIP. 

Depuis le blocage, "il n’y a pas eu plus d’appels à l’international, pas plus de roaming, pas plus d’appel au national, pas plus de consommation de data, égrène Jérôme Ferrari pour Meditel. Le blocage n’a généré aucun revenu ou business additionnel pour nous." "L’impact est insignifiant, assure également Abdesslam Ahizoune avant d’ajouter : pour l’instant, nous n’avons pas encore assez de recul pour pouvoir le mesurer". "Cette situation de blocage ne bénéficie en effet pas à Inwi", affirme en écho l’opérateur.

Pour Mohamed Drissi Bakhkhat, "c'est un blocage qui au mieux va faire économiser quelques centimes par client aux opérateurs mais qui coûte des milliards à l'économie marocaine en termes de productivité actuelle et surtout future. Il va à l'encontre de la politique du gouvernement notamment dans les domaines de la croissance, l'économie numérique et l'éducation et l'enseignement supérieur."  Le ministère de l’Industrie et du Commerce doit ainsi présenter la nouvelle version de sa stratégie "Maroc Numeric" dans les semaines qui viennent. Certains espèrent alors une issue venant du gouvernement.

En attendant, "en un mois mes frais de téléphone sont passés de quasiment zéro à environ 500 dirhams par semaine, a constaté Sarah Abjeg, représentante au Maroc de l’ONG Mowgli Foundation qui couple mentors et jeunes start-upers dans le monde arabe. Notre équipe de 11 personnes éclatée sur 5 pays dont la Jordanie et Bahrein travaille avec Skype, on ne peut pas changer tout le système de communication parce que le Maroc bloque Skype, alors je me retrouve à reporter des appels, ma productivité est réduite et mes collègues ou mes interlocuteurs en viennent parfois à se demander si c’est réellement un problème technique ou si je manque de professionnalisme ! "

des milliers d’utilisateurs sont en colère

Comme elle, des milliers d’utilisateurs sont en colère. Certains se sont mobilisés sur la toile à travers une campagne de dislikes sur les comptes Facebook des opérateurs ou le détournement de leurs campagnes publicitaires. La réputation des trois opérateurs est au plus bas. "Si la contestation faiblit, ce blocage est amené à se poursuivre", estime le professeur d’économie.

Quelle alternative, alors, restera-t-il aux anciens utilisateurs de ces services ? "Je ne pense pas que les opérateurs vont changer les usages, puisque beaucoup de ceux qui utilisent ces applications par nécessité vont chercher un moyen de contourner le blocage: réseaux VPN, serveurs proxy... "

Inwi a annoncé, de son côté, réfléchir à une alternative. Il œuvre "actuellement pour trouver une solution, répondant aux besoins des marocains et qui respecte les décisions réglementaires", indique-t-il dans son communiqué du 2 mars.

Selon Maroc Telecom les "puissants" opérateurs de ces applications VoIP auraient pu être attentifs au respect des pays et de leur cadre règlementaire, et "ouvrir un dialogue", mais "jusqu’à présent ce n’est pas le cas", a déclaré son directeur général le 15 février dernier.

"On pourrait songer à des offres ou forfaits incluant la VoIP, fait l’hypothèse Mohamed Drissi Bakhkhat, mais de telles offres existeraient seulement si les opérateurs ont quelque chose à y gagner."

Aujourd’hui Maroc Telecom et Inwi ont déjà une offre WhatsApp mais elle ne s’applique visiblement qu’au chat (discussion par écrit) et à l’échange de fichiers, y compris audio ; pas à la conversation. Meditel est le seul à n’avoir encore qu’une offre Facebook sans internet.

A noter selon certains utilisateurs, des applications VOIP sont accessibles par intermittence via le wifi chez les opérateurs Inwi et Méditel.

"Aux Émirats Arabes Unis, pays de la maison mère [Etisalat] de l'opérateur historique [Maroc Telecom, ndrl], Etisalat a bloqué ces applications VoIP, mais a proposé sa propre solution payante", rappelle Mohamed Drissi Bakhkhat.

Julie Chaudier à Casablanca

Sur le vif
Moulay Hafid Elalamy : "Le blocage des applications VOIP ne relève pas de mes prérogatives"

Interrogé sur le vif par L'Usine Nouvelle à Casablanca, à l'issue de l'accueil de la délégation du Medef le vendredi 11 mars au siège de l'OMPIC à Sidi Mâarouf dans la capitale économique du Maroc, Moulay Hafid Elalamy nous a livré sa version expresse du blocage de la VOIP.

L'Usine Nouvelle : Au Maroc, les entreprises notamment ne peuvent plus utiliser depuis quelques semaines les applications utilisant la voix sur IP.

Moulay Hafid Elalamy : Je le sais.

Quelle est votre réaction ?
Cela ne relève pas de mes prérogatives et vous le savez. Il existe au Maroc une agence de régulation des télécommunications comme en France et qui a été montée au Maroc de la même façon que celle qui existe en France. Elle est indépendante des politiques. Elle relève directement du chef du Gouvernement. Elle maitrise les réseaux, distribue, réprimande quand il le faut, encourage etc. C'est le premier point. Le deuxième élément, j'ai appris ce matin (vendredi 11 mars NDR) que la VOIP marchait sur le réseau Meditel et Inwi. D'après les informations publiques que j'ai reçu. Ils disent même que la VOIP n'a jamais été coupée sur le wifi pour ces deux opérateurs. C'est ce qui est écrit sur les journaux électroniques que j'ai lu ce matin. C'est un sujet que je découvre comme vous. Je ne gère que ce qui est sous ma responsabilité.

Mais quel est votre avis sur ce sujet ?
Tout ce qui est potentiellement outil de développement de mes opérateurs, je milite pour. Voilà ce que je peux vous dire.

Propos recueillis par Nasser Djama à Casablanca

 

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