Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

L'Usine Santé

Bioterrorisme, l’urgence de s’y préparer

, , , ,

Publié le

Les laboratoires du CEA planchent avec quelques industriels français sur des programmes confidentiels pour anticiper les risques nucléaires, radiologiques, biologiques, chimiques et explosifs.

Bioterrorisme, l’urgence de s’y préparer
Sapeurs-pompiers en tenue de protection NBC (nucléaire-biologie-chimie) lors d’un exercice d’alerte sur l’aéroport de Nice.
© Sapeurs-pompiers en tenue de protection NBC (nucléaire-biologie-chimie) lors d’un exercice d’alerte sur l’aéroport de Nice.

Les attentats de Paris, le 13?novembre, n’y ont rien changé. Le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) se montre très discret sur les programmes confidentiels de lutte contre le bioterrorisme auxquels participent depuis plusieurs années ses chercheurs. Comme ces biologistes lourdement équipés pénétrant dans le fameux laboratoire P4, un appartement de l’Inserm à Lyon (Rhône), au confinement maximal. Ils y manipulent des micro-­organismes pouvant se transformer en armes mortelles. Ou ces scientifiques planchant sur des méthodes de détection capables de confirmer en quelques minutes la présence d’un pathogène ou d’une toxine dans un échantillon de sang… Depuis 2005, le CEA dirige un programme interministériel de R & D contre les risques NRBC-E (nucléaires, radiologiques, biologiques, chimiques et explosifs).

Pour les États occidentaux, l’ampleur des attentats du 11?septembre 2001 et l’attaque concomitante au charbon (anthrax) aux États-Unis ont créé un électrochoc. Ils ont compris que ces menaces ne relevaient plus de la science-fiction. Et que des groupes terroristes s’intéressent de très près aux armes non conventionnelles comme la ricine, un agent biologique très toxique, ou le gaz moutarde, soupçonné d’avoir été utilisé par l’État islamique cet été. La France n’a jamais subi de telles attaques. Mais ces risques ne peuvent plus être exclus, a reconnu le Premier ministre, Manuel Valls, devant l’Assemblée nationale le 19?novembre.

Sur le terrain, la préparation est pourtant loin d’être optimale, faute de budget, estime Bruno Vallayer [lire l’entretien ci-contre]. Bruno Vallayer préside le GIE Défense-NBC qui regroupe les principaux acteurs du secteur : des PME aux grands groupes (Thales), en passant par le CEA. Pompiers, militaires, sécurité civile, experts scientifiques… le savoir-faire des équipes françaises est reconnu à l’international.

La prévention, un enjeu majeur

Certains laboratoires du réseau public Biotox-Piratox ont même été appelés à la rescousse en Syrie pour confirmer, en 2013, les suspicions d’utilisation de gaz contre la population. Côté prévention, le tableau est moins idyllique. « Il y a urgence à réagir », assure Bruno Vallayer, qui a alerté les responsables français de la Défense civile, lors de Milipol, le salon mondial de la sécurité intérieure des États qui s’est tenu du 17 au 20?novembre à Paris Nord-Villepinte.

La détection et la prévention sont les enjeux du programme contre les risques NRBC-E mené par le CEA aux côtés de la Direction générale de l’armement et d’une quinzaine d’organismes de recherche (Inserm, CNRS…). Offrir des solutions transférables vers l’industrie afin de fournir des ressources en détection, diagnostic, thérapie et décontamination aux opérateurs publics. C’était la raison d’être initiale de Bertin Pharma, une spin-off du CEA devenue une filiale santé du groupe d’ingénierie Bertin Technologies. Elle a notamment planché sur la détection d’agents pouvant se transformer en menace biologique – bioterroriste ou militaire –, comme l’anthrax. « Nous avons été le bras armé du CEA en terme d’industrialisation », raconte Xavier Morge, qui dirige Bertin Pharma. Aujourd’hui, si le « kit anthrax » figure sur son catalogue, la plupart des systèmes de détection que la société met au point pour la sécurité nationale restent confidentiels.

Des anticorps reconnaissant toxines et bactéries

À Cerisé (Orne), la PME Vedalab collabore elle aussi avec le CEA pour produire des tests de détection d’agents biologiques… similaires, pour un non-expert, à ce qu’elle a l’habitude de fabriquer : des tests de grossesse vendus en pharmacie. « Dépistage de problèmes cardiaques, diagnostic d’une infection… Nous sommes le plus grand producteur européen de tests rapides », explique Raphaël Donati, son PDG. Sur ses 9?millions d’euros de chiffre d’affaires, 95 % sont d’ailleurs réalisés à l’étranger. « Le bioterrorisme demeure un très petit marché pour nous. » Ces innovations peuvent néanmoins être source de valorisation pour l’industriel. L’une des technologies du programme NRBC-E consiste à fabriquer des anticorps capables de reconnaître spécifiquement les toxines et les bactéries. À Saint-Chamond, dans la Loire, NBC Sys, une filiale du groupe de défense terrestre Nexter, a investi pour industrialiser des bandelettes de détection qui se colorent en présence de ces agents pathogènes. Spécialiste des systèmes de protection NRBC des forces et des populations, la société commercialise désormais une mallette comprenant des kits de détecteurs rapides faciles à utiliser. Ses clients ? La police, les pompiers… Et, potentiellement, des acteurs confrontés à des enjeux de pollution ou de sécurité alimentaire, auxquels cette technologie pourrait être élargie.

Le business du bioterrorisme est très fluctuant, car tributaire du budget des États. Il représente jusqu’à 30 % des revenus de Bertin Systèmes et Instrumentation, que dirige Bruno Vallayer. Le numéro un français des solutions de détection pour l’ensemble des menaces NRBC s’est donc ouvert à l’international. Il équipe les pompiers polonais de protections pour l’Euro 2016, la police de Los Angeles de caméras de télédétection de gaz par infrarouge, mais aussi des clients civils pour la surveillance des sites pétroliers ou encore des acteurs du marché du nucléaire. Comment rendre le marché du NRBC suffisamment viable pour rentabiliser les investissements et pérenniser le savoir-faire français ? Le GIE Défense-NBC milite pour une norme hexagonale prenant en compte ces menaces, notamment lors de l’organisation de grands événements.

Mais un autre défi émerge dans la lutte contre le bioterrorisme. Grâce aux avancées de la biologie de synthèse, de la génétique et de la manipulation de l’ADN, on sait désormais augmenter la virulence de certains pathogènes… voire reconstituer des virus disparus. Comment s’assurer que ces progrès scientifiques ne sont pas détournés pour générer de nouvelles menaces biologiques ou chimiques ? La question préoccupe l’Académie des sciences depuis plusieurs années, car de telles manipulations ne nécessitent pas forcément de laboratoires sophistiqués. Le 30?novembre, elle a enfin obtenu du ministère de la Défense l’installation d’un Conseil national pour la biosécurité. Il sera notamment chargé de sensibiliser les chercheurs à cette question ultrasensible. Aux États-Unis, son homologue, née en 2004, avait ainsi demandé en 2011 aux revues « Science » et « Nature » de ne pas publier l’intégralité des travaux sur un virus H5N1 muté, capable de se transmettre très rapidement… Avant de revenir partiellement sur sa décision qui avait déclenché un véritable tollé. 

« L’équipement joue un rôle critique »

Bruno Vallayer,président du GIE Défense-NBC, et directeur de Bertin Systèmes et Instrumentation

 

Qu’est-ce qui coince dans la lutte contre le bioterrorisme en France ?

La décision politique. Il y a globalement un manque de matériel, en particulier au ministère de l’Intérieur. L’équipement joue un rôle critique dans ce domaine, mais c’est la première chose que l’on sacrifie lorsque l’argent manque. Les faibles budgets sont concentrés sur les équipements de protection pour permettre aux forces d’intervenir en toute sécurité dans des zones contaminées.

 

Et la prévention ?

Il n’y a aucun investissement dans ce domaine, en particulier dans des capacités à détecter les agents NRBC avant l’accident, voire dans les premiers moments après un éventuel attentat. Or les technologies existent.
 

Quel est le risque ?

En cas d’attaque chimique, il faut réagir instantanément, car on ne dispose que de quelques minutes pour secourir des personnes ayant inhalé des gaz de combat. Si la menace est biologique, il faut compter quelques heures, mais être capable d’identifier rapidement l’agent pathogène pour fournir le traitement adapté. Quant au risque radiologique, il peut être limité en amont en installant des portiques de détection à l’entrée des zones qui accueillent beaucoup de public. 

Les risques en ligne de mire
 

  • Menaces nucléaire et radiologique L’arme nucléaire n’a pas été utilisée depuis les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki, au Japon, en 1945. Mais la dissémination de produits radioactifs (bombe radiologique ou « sale ») intéresse certains terroristes.
     
  • Risque biologique Des agents pathogènes peuvent être produits pour diffuser des maladies (variole, peste, tularémie) en contaminant l’air, l’eau, l’alimentation… En 2001, cinq Américains ont été tués par des enveloppes piégées contenant de l’anthrax (bacille du charbon).
     
  • Risque chimique Des toxiques industriels ou de guerre peuvent entraîner une pollution atmosphérique ou la contamination des eaux, provoquant l’intoxication. Du gaz sarin a été utilisé en 1995 dans le métro de Tokyo, au Japon, et contre la population syrienne en 2013.

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle