Biofertilisants : comment le Suisse Éléphant vert veut booster sa croissance au Maroc

Le prêt de financement de 24 millions d'euros que vient d'accorder la BERD à la filiale marocaine du groupe Suisse Éléphant Vert, producteur de biofertilisants a décidé les banques marocaines de financer ce dernier pour environ le même montant. Des investissements qui permettent selon Sebastien Couasnet, directeur général d'Éléphant Vert Maroc de prévoir un doublement de l'activité par an ces deux prochaines années.

Partager

TESTEZ GRATUITEMENT L'ABONNEMENT À L'USINE NOUVELLE

15 jours gratuits et sans engagement

Biofertilisants : comment le Suisse Éléphant vert veut booster sa croissance au Maroc

Ça roule pour Éléphant vert au Maroc. La filiale marocaine du groupe Suisse, producteur de biofertilisants, prévoit un doublement de son activité deux années consécutives au moins et ce suite au quasi doublement du prêt de 24 millions d'euros obtenu auprès de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd) et suivi par les banques marocaines. L'Usine Nouvelle a rencontré à Paris Sébastien Couasnet, directeur général du groupe Eléphant Vert qui détaille la stratégie de son groupe au Maroc.

Producteur au Maroc de biofertilisants, de biopesticides et de biostimulants, Éléphant Vert est la première entreprise dans la partie orientale et méridionale du bassin méditerranéen (région Semed) qui se consacre exclusivement au développement et à la production d’une gamme complète d’intrants biologiques innovants.

VOS INDICES

source

logo indice & contations

Le contenu des indices est réservé aux abonnés à L’Usine Nouvelle

Je me connecte Je m'abonne

L'Usine Nouvelle : Pourquoi avoir choisi de vous implanter au Maroc ?
Sebastien Couasnet : Pour plusieurs raisons. Le Mali nous a appris à privilégier des pays stables. Le Maroc est un pays exportateur de denrées agricoles. Les marchés importateurs sont de plus en plus bio. Cela va impacter forcément une demande de production bio au Maroc. C'est aussi un cadre institutionnel unique du fait du volontarisme de l'État. Nous avons été accueillis au Maroc à bras ouverts. L'Etat nous a donné des terrains, solutionné les problèmes administratifs, fait accéder au fonds Hassan II et au fond de promotion des investissements. Et le Plan Maroc Vert crée aussi un cadre favorable à nos investissements.

À quoi va servir le prêt de 24 millions d'euros que vous venez d'obtenir auprès de la Berd ?
À financer notre croissance. Avec le suivi des banques marocaines pour une vingtaine de millions d'euros, nous envisageons de doubler cette année les 3 millions de chiffre d'affaires réalisés en 2015 et d'espérer 15 millions d'euros en 2017. Nous avons revu à la hausse notre programme d'implantations industrielles et aujourd'hui nous envisageons deux unités de production supplémentaires à Casablanca et Agadir après celle de Meknès.

Justement, où en est votre dispositif industriel ?
Aujourd'hui, nous avons au Maroc une usine de fabrication de biopesticides à Meknès qui fabrique même des produits pour des sociétés étrangères. La compétence de notre usine est reconnue au niveau international. Nous y assurons la production de biofertilisants d'une capacité de 50 000 tonnes par an. Sur ce site, nous avons développé le concept de bio blending.

Qui consiste en quoi ?
À fabriquer des engrais sur mesure à partir de différentes sources de matières premières organiques d'azote, de phosphore ou de potassium. Cette production s'appuie sur un réseau d'approvisionnement basé sur du sourcing local au niveau des élevages, de l'arboriculture, de l'agroalimentaire et de l'industrie énergétique pour faire à la fois des composts sous la gamme Organova et des engrais et des fertilisants sous la gamme Fertinova. Sur ce site, on occupe environ 120 personnes.

Et votre deuxième usine ?
Elle se trouve près de Rabat au niveau de la plateforme où on fait le compostage des déchets verts et où nous avons un partenariat avec Pizzorno, le délégataire de cette décharge qui gère les déchets. Nous avons accès sur ce site à 30 000 tonnes de biomasse par an. Le démarrage a eu lieu il y a deux mois. Une petite équipe d'une vingtaine de personnes s'en charge. Le site de Rabat est important pour nous dans la mesure où c'est le siège opérationnel de tout le groupe avec environ 70 personnes.

Comment comptez-vous vous déployer ?
Les financements de la Berd nous permettent de développer des stratégies au plus près des matières premières. Nous nous sommes pour l'instant focalisés sur Casablanca et Agadir parce que c'est sur ces deux villes que nous avons identifiés les plus gros gisements. Nous avons mis notre projet Berkane en sommeil pour l'instant car nous avons auparavant une équation à résoudre entre la capacité du marché en aval et la matière première nécessaire en amont.

Qu'allez-vous faire sur Casablanca et Agadir ?
L'idée est de reproduire notre concept de Meknès et être capable de produire 50 000 tonnes de biofertilisants. Il faut pour cela un site industriel central, une capacité de stockage d'assemblage blending et une capacité de granulation. En amont, il s'agit de mettre en place tout un réseau d'approvisionnement en matière première. Il faut faire du sourcing végétal, animal et celui issu de l'agriculture, de l'élevage et de l'agroalimentaire. Grâce aux financements obtenus, on peut développer deux usines de blending sur le même modèle que celui de Meknès avec tout le réseau d'approvisionnement satellite nécessaire. Nous nous y attèlerons début 2017 à Agadir où il n y a pas d'usine pour le moment mais juste une approche commerciale.

D'où viennent vos matières premières ?
Du Maroc. Nous y récupérons toute une gamme de déchets d'origine animale et parfois végétale riches en azote. Ces déchets sont ensuite sourcés, traités et concentrés sous forme d'azote, de potassium et de phosphate car on achète à l'OCP aussi de la roche de phosphate.

Comment se répartit votre chiffre d'affaires ?
Il est quasiment réalisé sur le sol marocain. L'export dont la part est d'environ 10% concerne l'exploitation de biopesticides et de biostimulants qui eux sont soumis à homologation dans les pays ciblés. Ces homologations effectives fin 2017 sont en cours d'obtention en Europe et en Afrique de l'Ouest où nous sommes présents au Mali et on effectue des tests en Côte-d'Ivoire et au Sénégal.

Quel est votre plan produit pour 2017?
Notre catalogue comprend aujourd'hui une vingtaine de produits. Notre objectif est d'arriver à 35 produits d'ici l'an prochain avec un catalogue plus fourni et plus diversifié.

Que représente pour vous l'organisation d'une manifestation comme la COP22 ?
Il faut que les décideurs politiques et économiques comprennent que des solutions alternatives industrielles financières, commerciales et bancables existent et qu'elles sont plus compétitives, plus efficaces et plus saines que les solutions chimiques. Pour cela, il faut être plus exigeant sur les bonnes pratiques agricoles, encourager l'introduction de nouveaux produits respectueux de l'environnement et de la santé. Beaucoup de déchets peuvent être recyclés pour faire des fertilisants. Il faut aussi un cadre pour mieux former les agriculteurs pour qu'ils aient accès aux connaissances en ayant accès aux produits car aujourd'hui, ils ne sont pas assez formés et pas n'ont pas suffisamment accès aux produits. Il faut aussi que l'État oriente ses subventions vers les produits qui respectent l'environnement.

Avez-vous des exemples plus concrets ?
Nous fabriquons des biostimulants qui permettent d'économiser de l'eau. D'autres produits permettent de diminuer la dose d'azote à l'hectare. On sait faire des amendements organiques à base de compost enrichi qui augmentent la qualité du sol au lieu de l'épuiser. Il y a sur le marché des pesticides naturels qui sont aussi efficaces que les produits chimiques.

Propos recueillis par Nasser Djama

Partager

SUJETS ASSOCIÉS
LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

ARTICLES LES PLUS LUS