Bilan carbone : une première marche vers la neutralité

S’il n’est pas obligatoire en deçà de 500 salariés, le bilan de gaz à effet de serre est une étape indispensable pour toute société entreprenant sa transition énergétique. Enjeux et marche à suivre.

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Bilan carbone : une première marche vers la neutralité

Conformément aux Accords de Paris, il est urgent de s’aligner sur une trajectoire de réchauffement de 1,5°C. « Pour atteindre ce scénario, il nous appartient de réduire, d’ici à 2030, 50 % de nos émissions de gaz à effet de serre à l’échelle planétaire et de parvenir à la neutralité d’ici à 2050 », rappelait François Danic, chef de projet ACV et écoconception, spécialiste climat et biodiversité au sein d’Evea, à l’occasion du webinaire « Le bilan des émissions de gaz à effet de serre (GES) » organisé par le Centre technique industriel de la plasturgie et des composites IPC. L’Europe s’est fixé comme objectif de diminuer de 55% les émissions de GES pour 2030 et d’atteindre la neutralité en 2050. En France, « cela revient à faire graviter l’empreinte carbone moyenne d’un habitant autour de 2t de CO2, contre 10,8t actuellement », souligne également François Danic.

En pratique, cela occasionne, pour les trois quarts des entreprises, la participation à des actions collectives et le lancement d’initiatives individuelles pour les autres. Ainsi, des sociétés anticipent les réglementations, revoyant leur politique environnementale et déterminant des objectifs de neutralité. Cela peut les conduire à privilégier l’électricité renouvelable, les fournisseurs locaux, une flotte automobile électrique, etc. Dans tous les cas, le préambule est la réalisation d’un bilan carbone qui comptabilise l’ensemble des GES émis ou captés au cours d’une année par les activités d’une organisation (dioxyde de carbone, protoxyde d’azote, méthane...).

« C’est finalement être sachant et responsable que de connaître son empreinte carbone et de s’évertuer à minimiser l’impact de ses activités sur l’environnement », synthétise François Danic. Il se distingue de l’ACV, décortiquant l’ensemble du cycle de vie d’un produit ou d’une gamme de produits d’après la norme Iso14040 et 44. « Le bilan GES adopte une approche résolument plus macro sur une année, sous l’égide des normes Iso14064 et 69. Il tient compte d’un périmètre élargi, comme le déplacement domicile-travail des salariés ou le parc informatique, répondant à une stratégie RSE et à un plan d’actions en cascade », détaille le spécialiste.

Des intérêts stratégiques

L’intérêt de réaliser un bilan GES pour une entreprise de plasturgie est multiple : outre d’identifier les principaux postes d’émission de son activité et d’engager des actions de réduction en les priorisant, il participe à la mise en place d’outils de reporting extrafinancier, notamment de comptabilité carbone, et d’une stratégie climat. Il permet également de s’inscrire en adéquation avec la Stratégie nationale bas carbone et les attentes des clients. « De plus en plus de plasturgistes sont encouragés par leurs donneurs d’ordres au montage de leur bilan GES », constate Yves Schmitt, directeur des relations clients chez IPC.

Le bilan GES participe aussi à une meilleure anticipation de la hausse des coûts environnementaux en limitant sa dépendance vis-à-vis de postes fortement impactés par l’évolution des prix du carbone. En plasturgie, il peut évidemment apporter des progrès plus que notables, « d’autant que les achats de matières premières peuvent représenter 70 à 80% des émissions de GES », met en avant François Danic. Pour rappel, le bilan GES a été rendu obligatoire depuis le décret n°2011-829 du 11juillet 2011 pour les entreprises de plus de 500 salariés (250 pour les collectivités). Dans ce cadre réglementaire, le périmètre d’évaluation minimum inclut les scopes1 (émissions directes produites par les sources fixes et mobiles) et 2 (émissions indirectes associées à la consommation d’électricité, de chaleur ou de vapeur).

Une méthodologie rigoureuse

Toutefois, « il est recommandé d’aller au-delà en se penchant sur le scope 3 (autres émissions indirectes produites par les activités de la personne morale) afin d’être en mesure d’intégrer tous les éléments significatifs sur l’impact climatique de l’activité et ainsi dégager des pistes d’actions pertinentes », conseille François Danic.

Pour réaliser le bilan GES, la collecte de données est une étape clé, impliquant les différentes entités de la structure ou du site concerné. Il est possible de s’appuyer sur le Bilan carbone, une C méthode française développée par l’Ademe et gérée par l’Association bilan carbone, ou sur le Green House Gas Protocol, un protocole international élaboré conjointement par le World Resources Institute(WRI, Institut des ressources mondiales) et le World Business Council for Substainable Developement (WBCSD, Conseil mondial pour le développement durable).

À défaut de maîtrise en interne, il peut être opportun de se faire accompagner par un consultant externe spécialisé. Ou de se former à la réalisation d’un bilan en contactant l’Institut de formation carbone (IFC). Autre solution : rejoindre l’action collective Bilan GES lancée par IPC. Cet accompagnement ambitionne de généraliser une base de données métier commune et spécifique à la plasturgie, tout en prodiguant un accompagnement individuel. « Nous épaulerons chaque entreprise depuis la collecte de ses données, à la modélisation, l’analyse et l’interprétation du bilan carbone jusqu’au montage du plan d’action », explique Yves Schmitt. La mutualisation des données permettra entre autres de déterminer des indicateurs métier, de valoriser ou non d’un point de vue climatique des technologies et/ou des alternatives matières par exemple. Accessible aux membres d’IPC, cet accompagnement nécessite un temps de participation de 5 jours pour le collectif et de 3,5 jours pour l’action individuelle. À noter : le comité de pilotage sera amorcé courant janvier 2022. À bon entendeur...

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