Big data dans l’industrie : harmoniser pour mieux régner

Les approches du numérique en silo ont vécu, soulignent Nicolas Ressouches, Business unit manager, et Jean-François Crepeau, Digital consultant & program manager, chez SQLI. Harmoniser les données et leurs traitements s'avère crucial pour libérer le potentiel de l'entreprise et favoriser les collaborations entre industriels.

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Big data dans l’industrie : harmoniser pour mieux régner

Que « 75 % des entreprises de l'UE utilisent le cloud, l'intelligence artificielle et les big data» d’ici 2030, voici l’objectif ambitieux présenté le 9 mars dernier par la Commission Européenne. Cette dernière enfonce d’ailleurs le clou en rappelant que certains de nos « écosystèmes industriels et de services (...) sont à la traîne ». C’est particulièrement vrai dans l’industrie où on commence à se poser les bonnes questions et à faire de la transformation numérique un projet d’entreprise.

D’après PwC, en 2018, seules 10% des entreprises industrielles pouvaient être considérées comme des championnes du numérique3. Longtemps, elles ont déployé des solutions numériques dans les différentes branches d’activité sans se soucier de la cohérence générale de ces solutions. À mesure que la place du digital dans l’ensemble des activités augmente, ces approches en silo perdent en pertinence et en performance. Pour accélérer le virage numérique et renouer avec la croissance, elles doivent avant tout harmoniser les services numériques proposés et les usages des données industrielles.

Harmoniser plutôt que multiplier

Impossible de se passer du numérique aujourd’hui, de votre système RH à l’internet embarqué dans les objets en passant par la robotisation ; il apporte une valeur ajoutée sur l’ensemble des activités industrielles. L’accélération de la transformation ne permet plus d’envisager ces solutions de manière indépendante. Pire, le faire serait foncièrement inefficient face aux nouveaux enjeux : expérience client, utilisation de l’IA, virage de la 5G et de l’internet des objets.

Si une récente étude de McKinsey a montré que 75% des entreprises « prévoient une accélération des investissements dans les nouvelles technologies entre 2020 et 2024 » 4, ces investissements doivent aller de pair avec la volonté d'harmoniser les services numériques proposés. Cette harmonisation doit même être priorisée par rapport au déploiement de nouvelles technologies qui ne seraient pas bien intégrées à l’environnement existant : c’est en proposant un univers numérique cohérent où les différents services interagissent, sont interconnectés et sont faciles d’utilisation que l’entreprise industrielle se démarque et s’assure de fidéliser ses clients.

Considérer le produit dans sa relation avec l'environnement digital

Plus encore, elle doit s’assurer d’harmoniser les données relatives à la gestion de l'information produits (PIM, Product Information Management). En effet, c’est en considérant le produit non pas en tant que tel mais aussi dans sa relation avec l’environnement digital (référencement, exploitation des données produits, traitement de ces dernières) que l’industrie va réellement entrer dans l’ère numérique. En effet, la création de la valeur à partir de la donnée suppose, avant toute chose, que l’entreprise se dote des moyens adéquats pour capter et digérer cette dernière.

Cette harmonisation est fastidieuse et peut sembler éloigner l’industriel des innovations de rupture qui seront moteurs de sa croissance future. C’est en réalité l’inverse : en s’astreignant à ce travail, on libère le potentiel de l’entreprise et on la prépare pour l’utilisation de solutions d’IA, de robotisation, technologies intrinsèquement gourmandes en données.

Au-delà d’harmoniser, ouvrir les services via la standardisation

Cette harmonisation des services et de l’information produit accroît le potentiel de croissance dans la mesure où elle rend l’entreprise industrielle agile et en capacité de collaborer avec d’autres entités au sein du groupe ou même à l’externe, avec des partenaires de confiance ou dans des groupements d’intérêts économiques (GIE).

Cette logique de partage des données industrielles est d’ailleurs une des pierres angulaires des orientations proposées par la Commission européenne dans sa stratégie pour les données. Néanmoins, il apparaît dès lors évident que pour créer des « espaces de données communs et interopérables », l’harmonisation est une condition sine qua non. D’aucuns pourraient arguer qu’on peut placer sa confiance dans l’économie de marché pour que cette harmonisation se fasse d'elle-même.

Le marché unique des données en vue

En matière de partage de données, notamment industrielles, les expériences passées montrent qu’il est souvent difficile d’avoir cette logique au sein même des groupes. À l’image du travail mené dans le cadre de la Directive sur les services de paiements (DSP2), il est plus vraisemblable que l’intervention du législateur soit nécessaire pour accélérer l’harmonisation des pratiques et la mise en place du marché unique des données. Ces dispositions contraignantes préfigurent finalement une formidable accélération de l’innovation, comme on l’a vu dans le domaine des fintechs suite à la DSP2.

Les entreprises industrielles qui anticipent ces évolutions, déploient des stratégies de transformations dimensionnées pour leur groupe et relevant d’une vision d’entreprise plutôt que d’innovations incrémentales seront tout à fait armées pour la décennie à venir. En prenant le chemin de l’harmonisation des services numériques et de la gestion de l’information produits (PIM), ces entreprises se préparent de facto à la transition vers une industrie 4.0 et se positionnent comme acteurs et moteurs de « l'ère du renouveau du progrès économique » envisagé par le McKinsey Global Institute.


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