BIENS D'ÉQUIPEMENTLA MACHINE-OUTIL REDÉMARRE EN ALLEMAGNENouvelles gammes de produits, réduction des prix, concentrations... Frappée par la crise, l'industrie allemande de la machine-outil s'est remise en cause. Résultat: une progression de 22% de ses commandes en 1994.

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BIENS D'ÉQUIPEMENT

LA MACHINE-OUTIL REDÉMARRE EN ALLEMAGNE

Nouvelles gammes de produits, réduction des prix, concentrations... Frappée par la crise, l'industrie allemande de la machine-outil s'est remise en cause. Résultat: une progression de 22% de ses commandes en 1994.



Après la pluie, le beau temps. En ce début d'année 1995, les constructeurs allemands de machines-outils retrouvent le sourire. L'augmentation de 22% de leurs commandes en 1994 laisse en effet présager un accroissement équivalent de la production. Il était temps. Depuis 1991, le chiffre d'affaires de la profession est tombé de 17 à 10 milliards de deutsche Mark, et les allemands ont dû laisser leur place de leader mondial à la concurrence japonaise (respectivement 18% et 25% des parts de marché). La reprise, qui devrait se poursuivre d'ici à 1998 à un rythme annuel de +10%, est tout autant imputable à l'amélioration de la conjoncture allemande (+29% de commandes) qu'à la bonne demande internationale (Etats-Unis, +46 %; Europe, +15%; Asie, +12%). La machine-outil allemande a aussi tiré un enseignement de la récession. Par la force des choses, les industriels sont, comparativement, plus compétitifs. Les entreprises ont de plus commencé à se regrouper pour faire front. Au début de la crise, l'Union des constructeurs de machines-outils allemands (VDW) affirmait que, pour compenser les désavantages du change et assurer la survie de la branche, une réduction de 25% des coûts de production était nécessaire. Au banc des accusés, les coûts salariaux, bien sûr, à l'époque 30% plus élevés que ceux des japonais et doubles par rapport à ceux des Etats-Unis. Résultat, en quatre ans, les effectifs du secteur sont passés de 100000 à moins de 70000personnes, l'augmentation des salaires a été bloquée, les temps de travail aménagés. Chez Pittler (tours), par exemple, les effectifs ont fondu de 450personnes en 1993, et un nouveau système de crédit d'heures permet de travailler jusqu'à 56heures hebdomadaires, rémunérées normalement. Montant des économies réalisées: 10%. Auxquels s'ajoutent 20% gagnés grâce à l'externalisation de la production des composants de base en République tchèque, en Pologne ou en Bulgarie. En matière de produits, la machine-outil allemande s'est attachée à améliorer l'adéquation entre ses coût et les besoins de ses clients (les industries automobile et mécanique pour 80%). Aujourd'hui, si les machines hyperspécialisées représentent toujours 30% du chiffre d'affaires global, les gammes se sont concentrées autour de produits conçus suivant le principe des jeux de construction. C'est-à-dire des fonctions standards optimisées, plus flexibles et pouvant accueillir beaucoup d'options. Pour concurrencer les asiatiques, loin de donner dans la machine universelle, les allemands ont poussé plus loin l'automatisation et les technologies (commandes linéaires pour l'usinage très rapide, broches verticales pour les tours, utilisation du titane pour le travail à sec), mais dans le sens de la rationalisation. Dans la Trumatic500Rotation de Trumpf, par exemple, la technique de l'estampage a été développée de manière à atteindre une fréquence de mille levées par minute, l'augmentation du rendement pouvant atteindre 20%. Des possibilités d'extension permettent d'élargir

la production au formage, à la gravure et à la signature. Sans compter le possible couplage avec une plieuse de l'entreprise Rheinhard Maschinenbau expressément développée à cet effet. Autre exemple, les tours. Aujourd'hui, 35% des nouvelles commandes de Traub proviennent de sa série TNC (30/42/65), conçue pour l'usinage complet de pièces complexes de 3 à 65mm et sur le marché depuis deux ans seulement. Chaque machine est composée de deux broches et de plusieurs portants qui permettent de monter deux à huit autres axes au choix (ainsi qu'un laser) et de travailler les pièces verticalement ou horizontalement, soit sous toutes leurs faces. Dans le même temps, les prix ont chuté de 15 à 25% en moyenne, sous le double effet de la récession et des rationalisations qui ont suivi. Les exportations représentant 65% du chiffre d'affaires de la branche. Les Allemands n'ont rien abandonné de leur pugnacité commerciale. Aujourd'hui, profitant du vague à l'âme japonais, c'est l'Asie qui accapare leur attention. Cette région représente 26% des ventes, contre 18,6% en 1992, devant les Etats-Unis (12,5% des ventes, contre 10% en 1992). En décembre dernier, Trumpf a ainsi annoncé son intention d'ouvrir un site de production d'ici à trois ans à Singapour ou en Malaisie, tandis que Schuler créait un joint-venture à Shangai. Malgré ces perspectives encourageantes, un problème demeure cependant. Celui de l'atomisation de la branche (350PMI). Certes, la récession a obligé aux alliances nationales et internationales (Körper avec Jones&Shipmann, Gildemeister avec Cincinnati Milacron...), puis à la concentration. Il n'est que de citer, en 1993, l'absorption de Schiess par Dörries Scharmann, celle d'Heckert par Traub, de Niles et d'Elb-Schiff par Autania (qui a également pris 51% du capital de F. Werner) et, en 1994, celle de Deckel/Maho par Gildemeister, ancien partenaire dans la distribution. Reste que, aujourd'hui, la situation financière des entreprises reste fragile et que les banques rechignent à s'engager. Année de reprise, 1995 verra probablement naître d'autres rapprochements. Dans le registre des rumeurs, Pittler et Autania (Frères Rothenberger) pourraient très bientôt ne plus former qu'une seule société.





USINE NOUVELLE N°2485

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