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Bien implanter son premier robot

Marion Garreau

Publié le

Potentiel levier de compétitivité, un robot bouleverse l’organisation, surtout pour une PME. Quatre conseils pour réussir sa robolution.

Bien implanter son premier robot
Chez CFT Industrie, l’arrivée du robot de soudure s’est accompagnée d’une montée en compétences des salariés.

Un écosystème favorable

Les PME qui veulent adopter leur primo-robot peuvent trouver de l’aide derrière plusieurs portes. Lancé en 2013, le programme Robot Start PME leur est dédié. Déployé par le Syndicat des machines et technologies de production (Symop), il prévoit le financement de 10 % de l’investissement de la première cellule robotique et propose l’accompagnement d’un expert. Des spécialistes peuvent également être consultés auprès du Centre technique des industries mécaniques (Cetim) et des agences de développement et d’attractivité des régions.

Concurrent pour un grand nombre de salariés, investissement financier important pour les dirigeants, le robot tarde à trouver sa place dans les petites et moyennes entreprises. Pourtant, les premiers bilans sont positifs, en matière d’activité comme d’embauches. Encore faut-il réussir son implantation. Retour sur les expériences de trois PME, qui montrent que le défi est davantage stratégique et humain que technologique.

1. Cibler un besoin et se lancer

« Il ne faut pas penser solution, mais besoin. » Voilà le premier conseil que donne Philippe Levesque, expert en robotique associé au programme Robot Start PME [lire l’encadré ci-dessous], à une société qui se lance dans sa première implantation. Le but : éviter une approche trop centrée sur la technologie et trop dispersée. « Il ne faut pas se tromper de cible, développe l’expert. L’objectif est-il de réduire les TMS [troubles musculo-squelettiques, ndlr], de dégager de forts gains de production ? Il faut choisir un objectif à la fois, sinon l’approche devient confuse et le risque est réel de perdre l’implication de ses équipes. » Se concentrer sur un seul objectif permet aussi de se lancer plus facilement. Posson Packaging, une usine de fabrication d’emballages en carton de 130 salariés à Louailles (Sarthe), l’a appris d’expérience. « Notre objectif était de réduire les TMS en robotisant le plus de postes possible, explique Sylvie Casenave-Péré, sa présidente. Pendant près d’un an, nous avons réalisé des études autour de nombreux postes, pour constater que cette ambition trop large ne trouverait pas de solution auprès des intégrateurs. Même si une partie de ce travail nous sert aujourd’hui, mieux prioriser les postes nous aurait permis de comprendre plus rapidement quels process étaient robotisables ou pas. » Ne pas tarder à se lancer est d’autant plus pertinent que le premier robot est rarement le dernier. Alors autant penser la robotisation des autres postes après avoir appris de cette première expérience.

2. Penser l’implantation dans une stratégie globale

L’implantation d’un robot doit s’inscrire dans une vision stratégique à long terme de l’entreprise. C’est essentiel pour penser l’évolution de son besoin dans le temps et ne pas se tromper de projet. « Notre objectif initial était de robotiser un centre de charge, détaille Landry Maillet, le directeur de la société d’usinage ABCM située à Coëx (Vendée). Mais en nous interrogeant sur ce que nous voulions pour notre société dans cinq ans, nous avons compris que nous robotiserions d’autres postes et qu’il était plus simple que notre premier robot soit implanté en début de chaîne de production. » Résultat : la société a d’abord robotisé la mise en palette de ses pièces, puis s’est équipée d’un véhicule à guidage automatique (AGV). Le robot de chargement d’un centre d’usinage sera le troisième robot implanté par la PME, courant 2018. Anticiper ses besoins permet aussi de bien choisir sa technologie. « C’est la différence entre automatisation et robotique, rappelle ­Philippe Levesque. Un robot doit être flexible, reprogrammable et reconfigurable. » Une stratégie globale facilite aussi la communication avec les salariés. Elle permet de les rassurer et d’obtenir leur adhésion au projet. « Nous avons réalisé un film montrant le futur de l’entreprise tel que nous ­l’imaginions et l’avons projeté en interne, souligne Landry Maillet. Chaque collaborateur a pu voir comment il serait impliqué dans l’entreprise de demain. »

3. Bien s’entourer et s’inspirer

Si ABCM a réussi son travail de projection dans le futur, c’est notamment grâce à l’accompagnement de Philippe ­Levesque. « Les experts sont là pour faire un audit à 360 degrés de l’entreprise, résume ce dernier. Nous observons ses produits, son marché, son excellence opérationnelle pour bien comprendre son positionnement et l’aider à définir sa vision stratégique. » « Toutes les aides sont bonnes à prendre, témoigne de son côté Landry Maillet. Celle des experts, mais aussi celle de l’intégrateur ou de pairs. Visiter d’autres usines nous a aidés à nous lancer, même si aucune n’avait un robot qui correspondait à nos besoins. Il ne s’agit pas de faire du copier-coller, mais de s’enrichir d’autres expériences et de visualiser à quoi ressemble une PME robotisée. » Voir ce que d’autres ont pu faire rassure. « Beaucoup de petites PME se disent qu’un robot n’est pas fait pour elles, qu’elles n’ont pas les compétences en interne, que c’est compliqué à installer, observe Philippe Levesque. Aller voir d’autres entreprises permet de lever cette autocensure. » Et même de déboucher sur des liens fructueux. « C’est en ­visitant un confrère danois que nous avons réalisé notre besoin de recruter un spécialiste en robotique. Aujourd’hui, notre jeune roboticien continue de s’inspirer des expériences de nos collègues pour développer des solutions adaptées à notre environnement industriel », confie Sylvie Casenave-Péré.

4. Mettre l’humain au cœur du projet

À cela s’ajoute une préoccupation inconditionnelle, l’humain. Tous les retours d’expérience le prouvent. « Ce sont les équipes concernées qui doivent mener le projet, définir le cahier des charges et choisir le robot, considère Landry Maillet. Sans leur adhésion et leur implication, l’implantation ne peut pas réussir. » Chez CFT Industrie, une entreprise de 13 salariés spécialiste de l’assemblage soudé et des cintrages de tubes métalliques, on a littéralement mis les collaborateurs au cœur du projet. « Tout en gardant à l’esprit les aspects productivité et rentabilité, nous avons considéré l’arrivée du robot comme un élément global de progrès de l’entreprise », explique Élisabeth Klein, la directrice administrative et financière de cette société implantée à Saint-Lubin-de-la-Haye (Eure-et-Loir). CFT Industrie n’a pas choisi le robot proposé le plus performant, car toute sa programmation et sa maintenance devaient être sous-traitées, mais un robot qui permette aussi aux salariés de monter en compétences. L’entreprise a également organisé plusieurs séminaires de réflexion autour de son fonctionnement. « Préparer l’arrivée du robot a été un booster pour notre entreprise, notamment en termes RH, estime Élisabeth Klein. Aujourd’hui, nous avons complètement revu le management en nous inspirant de l’entreprise libérée. » Plutôt que d’en avoir peur, CFT Industrie a fait de son premier robot un atout pour son développement. 

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