BHP Billiton a les moyens de relever son offre sur Potash

par Michael Erman

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BHP Billiton a les moyens de relever son offre sur Potash

NEW YORK (Reuters) - BHP Billiton dispose sans doute des ressources financières nécessaires pour augmenter son offre d'achat hostile sur le canadien Potash et il est probable qu'il s'y résoudra.

De l'issue de ce projet, qui marque la première tentative importante de croissance externe du groupe minier australien depuis l'échec de sa tentative de rapprochement avec Rio Tinto en 2008, dépendent de nombreux enjeux, notamment la possibilité de lui assurer de nouvelles sources de revenus et celle d'atténuer la volatilité de ses résultats, ainsi que le sort de son directeur général.

Potash, un spécialiste des engrais agricoles, affiche depuis longtemps son scepticisme sur l'intérêt des fusions-acquisitions. La prime de 16% offerte par BHP ne devrait donc pas suffire à convaincre ses dirigeants.

Le groupe a d'ailleurs jugé mardi "extrêmement insuffisante" la proposition du géant minier, d'un montant global de près de 39 milliards de dollars (30 milliards d'euros) qui représente pourtant la plus importante offre de l'année, tous secteurs confondus.

Analystes et banquiers d'affaires s'attendent déjà à voir BHP améliorer son offre.

"Ils ne vont certainement pas se contenter de faire une offre et de renoncer parce qu'elle est rejetée", a déclaré Damien Hackett, analyste de Canaccord Genuity. "Il y aura sans doute une nouvelle offre mais il faut s'attendre à ce que BHP se montre très prudent dans l'emploi de son argent. C'est un groupe très discipliné. Ils ne vont pas jeter l'argent par les fenêtres."

LE FINANCEMENT NE SEMBLE PAS POSER DE PROBLÈME

Dans sa lettre aux dirigeants de Potash, BHP dit avoir déjà négocié la totalité du financement de son projet.

Deux banquiers seniors spécialisés estiment que le groupe n'aurait guère de difficulté à assurer le financement d'une offre un peu plus généreuse.

"En novembre 2008, la société disposait de 55 milliards de financements pour appuyer son offre hostile sur Rio Tinto", a rappelé l'un d'eux. "Maintenant que le marché s'est stabilisé, il ne serait pas surprenant que le groupe lève ce genre de montant."

Si le projet se concrétisait, BHP deviendrait le premier producteur mondial d'engrais, un segment dont la croissance et les ventes évoluent selon un cycle différent de celui des métaux, sa spécialité actuelle.

"Cela accroîtra la stabilité parce qu'il s'agira d'un cycle de prix différent de ceux de la plupart des matières premières industrielles" déjà produites par BHP, a expliqué Damien Hackett, de Canaccord Genuity.

"On a là toutes les caractéristiques d'un projet BHP: les actifs opérationnels sont exposés à un risque politique faible, c'est du long terme, à grand échelle et cela ferait d'eux immédiatement un acteur important de ce marché", a-t-il ajouté.

Jusqu'à présent, la stratégie de BHP dans les engrais reposait principalement sur le projet Jansen, censé produire environ huit millions de tonnes de potasse par an, soit 12% de la production mondiale.

"Nous supposons que les études de faisabilité (de Jansen) réalisées par BHP devraient être achevées actuellement", a expliqué Tony Robson, analyste de BMO Capital Markets. "Il serait intéressant de consulter leurs chiffres: s'ils concluaient à une explosion des coûts d'investissement dans le projet, cela signifierait peut-être que Jansen n'était pas si intéressant et que Potash s'est révélé plus intéressant."

Plusieurs observateurs du secteur estime qu'un échec du projet de rachat de Potash pourrait compromettre l'avenir de Marius Kloppers, le directeur général de BHP, qui a déjà dû assumer l'échec de la tentative de rachat de Rio Tinto pour 66 milliards de dollars fin 2008.

"Un mois après sa prise de fonctions, Marius Kloppers est parti à l'assaut de Rio Tinto et il a échoué. Et l'échec a été coûteux. Il ne peut pas se permettre d'échouer une nouvelle fois", souligne un banquier d'investissement.

Avec la contribution de Jacqueline Poh, Marc Angrand pour le service français

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