Berlin inflexible sur le mécanisme de résolution bancaire

par Robin Emmott et John O'Donnell

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LUXEMBOURG (Reuters) - Les ministres des Finances de l'Union européenne se sont accordés mardi sur l'organisation de la supervision des banques dans la zone euro mais l'Allemagne est restée intraitable sur le mécanisme de résolution des crises, deuxième pilier de l'union bancaire.

Après plus d'un an et demi de tractations, les ministres de l'UE ont donné leur feu vert définitif au nouveau rôle de superviseur dévolu à la Banque centrale européenne (BCE), le Royaume-Uni ayant levé son opposition après y avoir vu longtemps une menace pour son contrôle du centre financier de Londres.

"Nous avons écrit une page d'histoire dans la réglementation", s'est félicité Michel Barnier, le commissaire européen à l'origine du projet. "C'est une étape importante : le début d'une nouvelle ère pour la supervision des banques de la zone euro."

Cinq ans après le début de la crise financière, de nombreuses banques européennes restent fragilisées et cette situation, peu propice à la distribution de crédit, freine la reprise dans la zone euro. L'UE cherche en conséquence à renforcer son intégration en créant un cadre permettant à la fois de contrôler les banques et de régler leurs problèmes.

Mais la décision d'octroyer à la BCE des pouvoirs de supervision sur les 6.000 banques de la zone euro, déjà votée par le Parlement européen, restera sans grand effet tant que l'Europe ne sera pas dotée d'un mécanisme de résolution des crises.

L'Allemagne, première économie de la zone, freine des quatre fers les discussions sur les moyens de sauver ou de liquider des banques en difficulté.

Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a écarté mardi l'idée que le Mécanisme européen de stabilité (MES), le fonds d'urgence permanent de la zone euro, puisse venir directement en aide aux banques en difficulté sans que les gouvernements concernés ne soient mis à contribution.

"La recapitalisation rétroactive des banques est improbable pour l'instant", a-t-il dit à Luxembourg où se tient l'EcoFin.

Entre 2008 et 2011, l'UE a dépensé l'équivalent du tiers de son produit intérieur brut pour sauver ses banques, mais en faisant payer les contribuables.

STRESS TESTS

La question des éventuelles futures interventions devient cruciale alors que l'Irlande et l'Espagne, deux pays parmi les plus touchés par la crise financière, s'apprêtent à sortir de leurs programmes d'aide.

Wolfgang Schaüble a sorti un argument de poids en affirmant que le mécanisme de résolution ne pourrait être transféré au MES sans modification législative en Allemagne - un obstacle à peu près insurmontable compte tenu du rapport de forces politique.

Les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE, qui se réunissent à leur tour la semaine prochaine à Bruxelles, ont demandé aux ministres des Finances de s'entendre d'ici la fin de l'année sur un organisme de résolution. Mais à dix semaines de la fin décembre, cette échéance semble désormais difficile à tenir compte tenu des réticences allemandes.

La France, l'Italie et l'Espagne réclament que les 17 membres de la zone euro s'engagent à soutenir les banques en difficulté d'où qu'elles viennent.

Un accord apparaît d'autant plus urgent que les tests que prévoit de mener la Banque centrale européenne (BCE) dans la deuxième partie de 2014 risquent fort de mettre à jour de nouveaux problèmes au sein de certaines banques.

Selon une enquête menée par Morgan Stanley auprès d'investisseurs, les banques pourraient devoir renforcer considérablement leur fonds propres à la suite de cette série de tests de résistance, la troisième depuis la crise.

Sur 146 investisseurs interrogés, 41% s'attendent à une facture comprise entre 20 et 50 milliards d'euros et un cinquième l'attendent entre 50 et 100 milliards. Une majorité pense que, au final, cinq à dix banques devront procéder à des augmentations de capital.

Mais les investisseurs interrogés par Morgan Stanley sont également 41% à penser que les "stress tests" auront pour effet de renforcer la confiance dans le secteur bancaire, seuls 24% étant d'un avis contraire tandis que 35% les considèrent comme un "non-événement".

Véronique Tison pour le service français, édité par Benoît Van Overstraeten

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