Benoit Hennaut : « Le réemploi devient un enjeu stratégique »

La loi relative à la Lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire est parue au Journal officiel du 11 février. Réaction de Benoit Hennaut, président de la Fédération de la plasturgie et des composites.

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Benoit Hennaut : « Le réemploi devient un enjeu stratégique »

Quelle est votre réaction suite à la publication de la loi relative à la Lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire ?

Nous sommes en accord avec les objectifs de cette loi, même si les solutions apportées ne sont à nos yeux pas toujours les bonnes. Il s’agit cependant d’une étape importante. Je rappelle que la Fédération de la plasturgie et des composites, qui représente les transformateurs dans tous les territoires, participe depuis plus de deux ans aux travaux menés par les pouvoirs publics : établissement de la feuille de route économie circulaire, engagements volontaires… En tant que président de la Fédération, je tire néanmoins le signal d’alarme. J’ai d’ailleurs récemment échangé avec le président de la République à ce sujet : on a tendance à faire du plastique un ennemi un peu trop rapidement. Un des objectifs de cette loi est la baisse des émissions de gaz à effet de serre. Or, si on remplace le plastique par des alternatives plus polluantes ou plus nocive pour la santé, la démarche devient absurde. Hygiène, robustesse, étanchéité, légèreté, ce n’est pas par hasard que le plastique est choisi dans de nombreuses applications d’emballage. Le mouvement antiplastique n’est pas rationnel.

Peut-on chiffrer les conséquences de cette loi pour la filière ?

Rappelons d’abord que l’emballage est, de très loin, le secteur le plus affecté. De nombreuses PME ou TPE sont dans la tourmente. Quelques 30 000 emplois sont menacés. Dès aujourd’hui, pas en 2040, date visée pour la fin des emballages plastique à usage unique. De nombreux donneurs d’ordres (minéraliers, grande distribution, etc.) ont déjà pris ou vont prendre des dispositions dans les mois qui viennent. L’impact sur la filière pourrait être très rapide.

Demandez vous à l’État un accompagnement spécifique ?

Oui. Quand la loi impose le calendrier, il est important que l’État s’engage à apporter un soutien concret ou procède à des ajustements de date par décret. J’ai d’ailleurs pu évoquer ce sujet avec la ministre de la Transition écologique et solidaire, Élisabeth Borne. Nous avons un vrai besoin d’échange avec les ministères chargés de l’Écologie et de l’Économie. Si on additionne toutes les mesures de la loi Économie circulaire, la « facture » pour accompagner la transformation de l’ensemble de la plasturgie vers un modèle sans usage unique avec des matériaux ré-employables, recyclables et recyclés sera comprise entre 300 et 500 millions d’euros.

Le réemploi devient donc un enjeu stratégique…

En effet, c’est pour nous un axe majeur de développement, en parallèle du recyclage. Notre objectif n’est absolument pas de cautionner le tout-jetable, mais bien de développer des solutions ré-employables permettant de maintenir la qualité, l’hygiène et la sécurité alimentaire des produits. C’est notre vrai combat, mais laissons le temps aux industriels de s’organiser pour se transformer. Nous avons un atout dans notre manche pour avancer sur ces sujets directement liés au réemploi ou au recyclage avec le Centre technique industriel de la plasturgie et des composites IPC. Celui-ci a mis en place un grand nombre de dispositifs pédagogiques sur l’économie circulaire depuis 18 mois. En parallèle le recyclage est donc l’autre priorité. La filière poursuit ses efforts avec l’arrivée du label More (Mobilisés pour recycler) qui se développe de façon remarquable en France. Nous sommes sur la bonne voie pour atteindre le million de tonnes de recyclé intégrées dans l’hexagone à l’horizon 2025. On pourra même aller au-delà si la matière première recyclée (MPR) est disponible à un prix raisonnable. Quand un industriel s’engage dans le recyclage, il va jusqu’au bout de la démarche car il a consenti d’importants investissements. Certaines dispositions européennes peuvent cependant freiner le mouvement. En raison de la présence de plomb, le législateur voudrait ainsi nous empêcher d’utiliser les sources existantes de PVC , alors que les plasturgistes encapsulent le PVC recyclé via des technologies multicouches ou autres.

En matière d’intégration de recyclé la limite reste donc la disponibilité de matière. Déplorez-vous l’absence de mise en place immédiate de la consigne ?

Oui, cela est regrettable. Le jeu politique a été fatal à la consigne pour recyclage. Le système a cela de positif qu’il permet d’atteindre des taux élevés de récupération, de laisser très peu de bouteilles dans la nature et d’enclencher une révolution culturelle en entrant dans une logique de récupération après l’usage d’un objet pendant quelques minutes. En outre, cette décision de ne statuer sur la consigne qu’après 2023 entre en contradiction avec l’objectif de fin des emballages à usage unique en 2040. Quel est le recycleur qui va investir dans un système de consigne si on lui dit que le gisement aura disparu en 2040 ?

Demandez-vous toujours la modulation des taux d’incorporation obligatoire en fonction des applications et des secteurs ?

Bien-sûr. La direction générale des entreprises (DGE) et dans les ministères, tout le monde comprend qu’on ne peut pas comparer un pourcentage d’intégration de MPR dans le tableau de bord d’un véhicule ou dans une canalisation qui doit supporter de fortes pressions.

Quelles sont les conséquences à noter en dehors du secteur de l’emballage ?

Je salue l’esprit de la REP Bâtiment. En revanche, je ne cautionne pas le principe de mettre en place un même système de responsabilité élargie du producteur pour toute la filière. Les plastiques ne représentent qu’environ 2 % des déchets du bâtiment. Or, sera vraisemblablement créée une équation économique et financière générale. Je crains que les plastiques soient alors noyés dans la masse. Je tire là aussi le signal d’alarme : il faut absolument un traitement spécifique des déchets plastique afin qu’ils ne finissent pas en centre de stockage ou à l’incinération. En outre, pour des secteurs comme les jouets ou autres, nous devrons aussi avoir un regard très attentif que ce soit en matière d’accompagnement des entreprises ou de contenu des décrets d’application.

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