Benoît Hamon, le candidat du travail rare, remporte la primaire de la gauche

Benoît Hamon s'est imposé comme le candidat socialiste à la présidentielle dimanche face à Manuel Valls, en remportant 58,71% des suffrages exprimés, selon les derniers résultats publiés lundi matin (sur 99,49% des bureaux de vote).

Le député des Yvelines préconise la mise en place d’un revenu universel d’existence, mais il ne néglige pas les autres sujets sociaux : partage du travail, pouvoirs accrus pour les salariés dans l’entreprise, reconnaissance du burn out en maladie professionnelle...

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Benoît Hamon, le candidat du travail rare, remporte la primaire de la gauche

Benoît Hamon a remporté 58,88% des suffrages dimanche lors du second tour de la primaire de la gauche, selon des résultats encore provisoires. Le député des Yvelines s'est donc imposé comme le candidat socialiste à la présidentielle face à l'ancien Premier ministre, Manuel Valls. Dans cet article initialiement publié le 17 janvier, nous expliquions le programme économique de l'ancien ministre de l'éducation.

"Repenser la place donnée au travail" est l’idée clé du programme de Benoît Hamon. Entre son départ du gouvernement, en août 2014, et son entrée en campagne pour la primaire de la gauche, en août 2016, il a eu le temps de lire, réfléchir, rencontrer, y compris à l’étranger. Son projet économique et social s’est construit autour d’une idée clé : avec la révolution numérique, le travail va se raréfier, il faut donc le partager, et construire une société qui ne tourne plus autour de lui.

"Le chômage de masse existe depuis trente ans, la seule solution proposée est de développer la précarité et d’augmenter la pauvreté, en acceptant des contrats précaires et des journées de travail hachées", argumente-t-il devant l’Association des journalistes de l’information sociale (AJIS). "Ceux qui parlent du travail sont des gens contents d’aller travailler, qui pensent que le monde du travail se résume au fait qu’on puisse s’y épanouir. Oui, tout le monde veut travailler pour vivre, mais la montée des risques psycho-sociaux montre que le travail peut coloniser les vies, les broyer."

Le cadre de sa pensée posé, le candidat de la gauche du PS en fait découler toutes ses propositions. Afin de mieux "partager le travail", il maintient sa durée légale à 35 heures, mais crée un droit au temps partiel pour tous, "avec compensation salariale" - un redéploiement du CICE le permettra. Les entreprises seraient encouragées à diminuer la durée du travail – semaine de 4 jours, congé sabbatique, temps partiel - en conditionnant le bénéfice du CICE à cette réduction (ou à la création de postes ou aux actions en faveur de l’environnement). Le partage du travail permettra de se consacrer à des tâches utiles à la société: il propose donc que du temps et des moyens soient dégagés pour l’engagement associatif (temps pris en compte pour le calcul de la retraite).

Abrogation de la loi El Khomri

S’il est élu, Benoît Hamon abrogera la loi Travail, dont il ne gardera que le droit à la déconnexion. "Je ne crois pas que pour avoir la prospérité économique, il faut faciliter les licenciements et baisser le coût des heures supplémentaires." Une référence à deux dispositions de la loi El Khomri, celle listant les conditions dans lesquelles un licenciement pourra être reconnu comme économique, et celle acceptant que les accords d’entreprise puissent prévoir une majoration des heures supplémentaires inférieure à 25%. D’une manière plus générale, il est opposé à l’inversion de la hiérarchie des normes.

Benoît Hamon, qui avait essayé de faire voter une loi sur la reconnaissance du burn-out en maladie professionnelle, promet de le faire s’il est élu. Il se dit inquiet de la réforme de la médecine du travail : "on baisse la garde, la médecine du travail ne permet pas une bonne mise en œuvre des politiques de prévention. Autour des risques psycho-sociaux, on n’en fait pas assez". Il envisage d’ailleurs de créer un "crédit d’innovation sociale", sur le modèle du crédit d’impôt recherche, qui serait orienté vers la prévention en santé au travail.

Plus de pouvoir aux salariés

Plusieurs de ses propositions vont dans le sens d’un plus grand pouvoir accordé aux salariés. Il veut des conseils d’administration ou conseils de surveillance plus représentatifs, avec une règle des trois tiers (un tiers actionnaires, un tiers représentants des salariés, un tiers parties extérieures) pour le poids de chaque acteur. Les comités d’entreprise des entreprises de plus de 2000 salariés disposeraient d’un droit de véto sur les grands choix stratégiques (délocalisations, numérisation, utilisation de l’argent public…). Enfin, les stock options seraient interdites et la rémunération des dirigeants devraient dépendre de l’amélioration des résultats.

L’ancien ministre de l’Economie sociale et solidaire souhaite faciliter la reprise des entreprises en Scop par les salariés, par la formation professionnelle et une assistance technique des services régionaux du ministère du Travail (Direccte). Soucieux des nouvelles formes d’emploi, il prévoit d’accorder aux indépendants les avantages réservés aux salariés en créant un "statut social unique" leur accordant des droits minimums.

Le revenu universel d’existence qu’il préconise permettrait de rémunérer des personnes qui, de toutes façons selon lui, travailleront moins et enchaîneront les statuts différents. Première étape : l’automatisation du RSA, afin que ceux qui ne pensent pas à le demander puissent y prétendre, sa revalorisation de 10% pour le monter à 600 euros, et son élargissement aux 18-25 ans. Deuxième étape : sa généralisation sous conditions de ressources, avant la troisième étape, la généralisation générale, en quelque sorte… Son financement (coût estimé : 300 milliards d’euros) passera par une nouvelle fiscalité du patrimoine et une taxation de la valeur ajoutée produite par la robotisation.

"Le secteur industriel n’est pas le seul concerné par la disparition d’emplois due au numérique, détaille-t-il, les services le sont aussi, tout comme les professions intellectuelles. Il faut penser cette transformation." Ecoles et universités devront être au cœur du droit universel à la formation tout au long de la vie que Benoît Hamon préconise pour assurer ces transitions.

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