Belvédère embourbé dans les problèmes

A la veille de la tenue de l’assemblée générale du groupe à Talloires, usinenouvelle.com revient sur la situation des plus chaotique de l’entreprise spécialisée dans les vins et spiritueux Belvédère.
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Belvédère embourbé dans les problèmes

L’assemblée générale du 25 juin risque d’être agitée chez le groupe Belvédère, plongé dans une kyrielle de batailles judiciaires et financières depuis plusieurs mois. Et la dernière information en date ne devrait pas arranger les choses. En effet, les fonds d’investissements londoniens Maple Leaf et Astin Capital, avec lesquels les dirigeants du groupe, Jacques Rouvroy et Krysztof Trylinski avaient passé un contrat de financement, ont saisi les principaux actifs détenus par les dirigeants en France. Pour un total de près de 15,5% du capital de la société (directement et indirectement).

Bataille judiciaire

Le point d’achoppement entre les fonds et les dirigeants tient en effet à un accord passé en 2007, permettant aux actionnaires de référence d’acquérir les titres détenus à l’époque par CL Financial Holdings, actionnaire majoritaire de l’entreprise. Dans le détail, Maple Leaf a acheté des bons de souscriptions d’actions à CL Financial pour près de 30 millions d’euros. Ainsi, les deux actionnaires de référence ont pu conserver le contrôle du groupe. Mais ils ont refusé par la suite de rembourser le prêt accordé par les deux fonds d’investissement, selon leur avocat du cabinet Cotty Vivant Marchisio&Lauzeral, Fabrice Marchisio. Les deux fonds ont alors fait valoir leurs droits en justice, la Haute Cour de justice d’Angleterre et de Wales obligeant les dirigeants du groupe à payer plus de 15 millions d’euros aux fonds.

C’est donc face à la non-exécution du jugement, les deux fonds ont procédé à la saisie d’une vingtaine d’actifs dans cinq départements, selon l’avocat. « Mes clients souhaitent que les deux dirigeants exécutent le jugement du 4 mars 2009. Le maintien d’une attitude dilatoire pourrait in fine leur faire perdre le contrôle du groupe », a commenté Me Fabrice Marchisio. Pour l’heure, le groupe reste injoignable pour revenir sur ces évènements.

Quel futur pour Marie Brizard ?

Surtout que les problèmes du groupe Belvédère ne se limitent pas à cette dernière affaire. Le groupe de boissons alcoolisées a enregistré une perte record de 178 millions d’euros en 2009, avec un chiffre d’affaires en recul de 26% à 619 millions d’euros. Selon Colette Neuville, à la tête de l’association de défense des actionnaires minoritaires (ADAM), les capitaux propres de l’entreprise sont de – 131 millions d’euros, du fait de la dépréciation des actifs Marie Brizard.

En effet, depuis que le groupe a été placé sous procédure de sauvegarde en novembre 2009, il tente de se séparer, comme le prévoit le plan de sauvegarde, d’une dizaine d’autres sociétés de distribution et de sa marque Marie Brizard. Concernant cette dernière, que le groupe doit céder avant le 30 juin, deux candidats seraient encore en lice, selon des sources citées par Les Echos : le groupe La Martiniquaise et le groupe thaïlandais Thai Beverage. Le groupe espère tirer de cette cession près de 235 millions d’euros net. « Mais la dépréciation des actifs de cette marque laisse penser que le prix va être un réel problème », assure Colette Neuville.

Le cas Bruce Willis

Hormis cette vente, le groupe compte sur l’aide de l’acteur américain Bruce Willis, à qui il avait fait appel en octobre 2009 et dont la nomination au sein du conseil d’administration pourrait intervenir le 25 juin. Selon le dernier rapport annuel du groupe, l’accord conclu pour quatre ans entre la société et l’acteur porterait sur un échange simple : Bruce Willis vante l’image de la vodka Sobieski aux Etats-Unis et dans le monde, en contrepartie de quoi le groupe lui verse une partie de cash et des actions Belvédère à un taux profitable. L’acteur a déjà perçu 83 000 actions en janvier, soit 3,3% du capital.

Selon Colette Neuville, il serait assuré de revendre ses actions un prix de 60 euros à la fin de l’année 2013, soit le double du cours actuel de l’action. Le groupe aurait en effet déjà provisionné cinq millions d’euros pour lui racheter ses actions en 2013. « Cela le transforme en créancier et non pas en actionnaire », assure-t-elle. « L’annonce de l’entrée de Bruce Willis au capital et de son investissement à long terme ne sont pas prouvés dans les faits. Il n’a perçu qu’une rémunération en échange de son activité de promotion et non pas des actions au titre d’actionnaire. Son nom n’est pas inscrit sur la liste des administrateurs annoncés à l’assemblée générale. Je vais demander une nouvelle enquête sur ce dossier, car les actionnaires ont été trompés par cet effet d’annonce qui n’a fait que faire bondir le cours de l’action en octobre dernier », précise-t-elle.

Hormis cette question, l’ADAM a adressé à l’assemblée générale du groupe une série de questions, auxquelles elle est obligée de répondre. Entre autres, l’ADAM souhaite savoir comment le groupe entend verser le premier paiement du plan prévu pour octobre et estimé à 40 millions d’euros.

Pour finir, l’assemblée générale aura aussi à veiller à l’avertissement de l’autorité des marchés financiers (AMF), qi déplore le non respect des obligations légales en termes de rachat d’actions. Rien de surprenant à cela, selon Colette Neuville. « C’est une habitude chez ce groupe de s’affranchir des obligations légales ».

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