« Beaucoup d’industriels ignorent qu’ils peuvent valoriser leurs économies d’énergie »

Interview de Frédéric Utzmann, co-fondateur de Certinergy, jeune société parisienne spécialisée dans les certificats d'économies d'énergie.
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« Beaucoup d’industriels ignorent qu’ils peuvent valoriser leurs économies d’énergie »

L'Usine Nouvelle.com : - Quel est votre rôle ?

Frédéric Utzmann : - Nous gérons les démarches et déchargeons nos clients de tout le processus d’obtention de certificats d’efficacité énergétique (CEE) : nous en récupérons le maximum pour leur compte, puis les aidons à les valoriser. Beaucoup de PME ne savent pas qu’elles peuvent être financées via ce système. Beaucoup sont déçues également parce qu’elles n’arrivent pas à vendre leurs CEE aux grands fournisseurs d’énergie. Les certificats peuvent se vendre en effet, mais il s’agit d’un marché de gré à gré et non d’une bourse. Or nous connaissons les acheteurs, et pouvons aider au mieux les entreprises à défendre leurs prix de vente.

UN : - A quelle hauteur les industriels peuvent-ils financer leurs investissements par ce biais ?

FU : - Nos clients ont pu récupérer entre 5% et 50% de l’investissement initial suivant le type de travaux engagés.

UN : -Y a-t-il un minimum, un ticket d’entrée ?

FU : - Le minimum de dépôt du dossier est d’économiser 1 GWh. C’est possible dans pratiquement toutes les usines.

UN : - Avez-vous des exemples de ces projets éligibles aux CEE ?

FU : -Des travaux d’isolation de bâtiment, de changement de chaudière… Nous avons ainsi accompagné la Régie Immobilière de la Ville de Paris et le Conseil Régional Aquitaine.

UN : - Et côté industriel ?

FU : - Nous comptons parmi nos clients un équipementier automobile, une laiterie, et une tannerie. Il peut s’agir d’installer des variateurs de vitesse ou de débit : sur n’importe quel moteur dans l’industrie (ventilation, compression…), plutôt que d’avoir un interrupteur binaire (allumé/éteint), il peut être judicieux de mettre en place un module faisant tourner la machine à la moitié de sa pleine puissance si besoin. Attention, les industriels soumis aux quotas européens de CO2 n’ont pas droit aux CEE sur leur outil de production, cela semble logique.

Classiquement dans l’industrie, il s’agit d’installer des récupérateurs de chaleur, de fumées, ou des échangeurs thermiques, pour réinjecter des fluides dans le process et limiter des coûts énergétiques. Certains de nos clients peuvent par ce biais récupérer plus de 100 000 euros.

Autre possibilité : valoriser un potentiel d’économie d’énergie dans les usines, grâce à des changements significatifs apportés aux lignes de production. Si des usines entendent notre appel, d’ailleurs, nous sommes à la recherche de projets innovants ou qui vont très loin dans les economies d'energie, à valoriser. Dans un des cas que nous traitons actuellement, nous pouvons même intervenir en amont : évaluer la somme que l’industriel pourra récupérer grâce aux CEE, et inclure ce calcul à l’heure de convaincre des actionnaires ou des banques de financer le projet.

La «quatrième voie» des CEE

Quatre recours existent dans la boîte à outils de l’Etat pour faire baisser la consommation énergétique et réduire les gaz à effet de serre sur le territoire. La réglementation : un niveau de performance obligatoire de KWh par mètre carré dans le bâtiment, un taux d’émission de particules pour le Diésel par exemple. La taxation : la taxe carbone vise ainsi à inclure le prix carbone dans le coût de l'énergie. «Or la TIPP correspond à une taxe de 260 euros par tonne de CO2. Donc le débat entre 14 et 32 euros la tonne de carbone revient ici à… 274 ou 292 euros la tonne de CO2 ! Cela n’aura pas un impact dramatique pour provoquer des baisses de consommation d'énergie. Certes, la TIPP n’existe que pour le carburant : la taxe carbone est donc une véritable révolution pour l’industrie. Mais aujourd’hui, elle ne suffit pas», estime Frédéric Utzmann. La subvention : crédit d’impôt aux particuliers, prêts à taux zéro, appels à projet tel que le fond chaleur de l’Ademe… Et enfin, les certificats d’énergie, la quatrième voie. «Je la trouve intéressante parce qu’elle mêle plusieurs aspects. La contrainte que l’on fait peser sur les acteurs est de remplir l’objectif au moindre coût. Conséquence : cet effort se retrouve dans le prix de l’énergie, qui va monter, mais garde une certaine souplesse qui permet aux entreprises et collectivités d’innover pour trouver la solution la moins chère possible» poursuit le cofondateur de Certinergy. Ce système a pour objet les économies d’énergie : pour remplir leurs obligations de réduction de consommation énergétique, les obligés doivent avoir engagé des actions. Ils sont redevables de pénalités s’ils ne le font pas. «Cela revient à subventionner une partie des investissements d’efficacité énergétique, et stimule donc le développement d'une filière d'avenir fortement intensive en main-d’œuvre et faiblement délocalisable» conclut-il.


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