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Bayer casse sa tirelire pour Monsanto, un pari risqué

Marion Garreau , ,

Publié le

Le groupe de chimie allemand a déboursé 66 milliards de dollars (59 milliards d’euros) pour acquérir le spécialiste américain des pesticides. Dans un contexte de vague de fusions dans la chimie, Bayer joue sur l’effet taille mais s’est entiché d’un poulain à la santé fragile.

Bayer casse sa tirelire pour Monsanto, un pari risqué © Flickr - Conan - c.c

C’est la fin de quatre mois de bataille et de tractations. Le chimiste allemand Bayer réussit finalement à s’emparer du fabricant américain de pesticides et de semences transgéniques Monsanto. "Bayer et Monsanto ont signé mercredi un accord de fusion ferme", au prix de 128 dollars par action (114 euros) en numéraire, a annoncé Bayer dans un communiqué publié ce mercredi 14 septembre. Cela donne une valeur de 66 milliards de dollars (presque 59 milliards d'euros) au groupe Monsanto.

Il s’agit de l'acquisition la plus chère jamais payée par un groupe allemand. Monsanto s’est longtemps fait désirer : il a refusé à maintes reprises les offres de Bayer tout en se disant toujours ouvert aux discussions. La toute première offre formulée par le groupe allemand en mai était de 122 dollars par action, soit un montant total de 55 milliards d'euros. Pas assez pour le fabricant américain, qui espérait 130 à 150 dollars par action d’après Le Monde. Le prix d’acquisition représente finalement une prime de 44 % par rapport à ce que valait le groupe à Wall Street début mai, avant la première offre de Bayer.

Mais pourquoi Bayer a-t-il accepté de débourser autant ? "L’offre de Bayer pour l’acquisition de Monsanto s’inscrit dans un mouvement général de consolidation du secteur de l’agrochimie ces dernières années qui a vu la fusion avortée entre Syngenta et Monsanto, le rapprochement entre DuPont et Dow Chemicals, suivi du rachat de Syngenta par le géant chinois ChemChina", analyse Jérôme Maes, responsable de missions au sein du cabinet de conseil Alcimed. Dans cette vague de fusion, Bayer se distingue en jouant sur l’effet taille : sa fusion avec Monsanto va engendrer la création d’un géant mondial de l’agrochimie qui va peser 23 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel et regroupant pas loin de 140 000 employés.

Rééquilibrage et synergie

Au-delà de la taille, "le choix d’acquérir Monsanto est cohérent avec la stratégie de recentrage sur les sciences de la vie que Bayer a engagé depuis plusieurs mois", souligne de son côté Aurélien Bisquerra, responsable du bureau de Cologne d’Alcimed. Ce spécialiste voit dans cet achat un rééquilibrage des activités de Bayer entre la pharmacie et l’agrochimie. "C’est une question d’équilibre des risques, explique-t-il encore. La santé est un secteur très risqué avec des investissements en millions d'euros. Certains blockbusters (produit phare, NDLR) de Bayer vont bientôt perdre leur brevet. Le groupe anticipe donc des pertes de revenus qu’il n’est pas sûr de pouvoir compenser avec de nouveaux blockbusters. Racheter Monsanto est donc une manière de diminuer les risques et de rassurer les actionnaires."

Bayer a de son côté fait valoir qu’il trouverait des synergies entre ses activités et celles de Monsanto. "La transaction met ensemble deux activités différentes, mais fortement complémentaires" en termes de semences, d'engrais et de pesticides, a ainsi souligné le groupe dans son communiqué. En mai dernier, le responsable du Talent Management pour Bayer France avait lui confié à L'Usine Digitale que "si Bayer veut racheter Monsanto c'est surtout pour le digital", estimant que "sur l'accompagnement numérique des agriculteurs, le digital farming, ils [Monsanto] ont trois ans d'avance sur nous."

Mais financièrement, le fabricant américain de l'herbicide Roundup (glyphosate) n’est pas en très grande forme. Malgré un chiffre d’affaires de 15 milliards de dollars en 2015, Monsanto a vu pour la première fois ses ventes chuter l’an passé de 5 % et son résultat net de 16 %, à 2,3 milliards de dollars. Sans compter que plusieurs pays envisagent d’interdire le glyphosate en raison de son potentiel effet cancérigène. Le choix de Bayer est un pari risqué.

Marion Garreau

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