Bataille sur les emballages entre l’industrie laitière et les entreprises végétaliennes à Bruxelles

La bataille fait rage entre les lobbies des produits laitiers et des boissons végétales sur l'utilisation des termes "lait", "crème", "yaourts"...

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Bataille sur les emballages entre l’industrie laitière et les entreprises végétaliennes à Bruxelles
Peut-on appeler une boisson à base d'avoine "lait d'avoine" ? Le débat fait rage.

La marque leader de lait d’avoine Oatly et le propriétaire de la margarine Flora mènent actuellement une campagne visant à contester de nouvelles règles européennes qui pourraient avoir des conséquences désastreuses pour les entreprises alimentaires végétaliennes.

Un arrêt, de la Cour de justice de l’Union européenne, rendu en 2017, a déjà interdit aux producteurs d’aliments végétaliens commercialisant dans l’UE d’utiliser des termes tels que «lait d’avoine» et «yaourt de soja» sur les emballages. Mais si de nouvelles règles, pour l’instant connues sous le nom d’amendement 171, sont approuvées, les producteurs ne pourront pas utiliser de termes ou d’images sur les emballages qui font référence, ou évoquent, des produits laitiers.

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S’il est interprété au sens large, l’amendement pourrait ainsi les empêcher d’inclure des mentions ou des dénominations telles que «produits laitiers», «crémeux», «dessert de style yaourt» ou «ne contient pas de lait». Les producteurs seraient également incapables d’utiliser des emballages qui rappellent les produits laitiers, tels que des pots de yaourt ou des cartons de lait. Le simple fait de montrer l’impact climatique en comparant l’empreinte carbone de leurs produits avec des équivalents laitiers pourrait même devenir illégal.

Comment en est-on arrivé là ? L’industrie végétalienne a-t-elle une chance d’empêcher ces nouvelles règles de se mettre en place ?

Une histoire de deux lobbies

L’industrie laitière, qui a fait pression en faveur de l’amendement 171, soutient que l’interdiction d’utiliser des termes liés aux produits laitiers est nécessaire afin de protéger les consommateurs et s’assurer qu’ils ne sont pas induits en erreur. Les acteurs de la filière peuvent pour cela s’appuyer sur des lois européennes similaires et déjà existantes, comme celles sur les mentions nutritionnelles et de santé ou la région d’origine d’un produit.

Les entreprises alimentaires végétaliennes craignent de leur côté que, si ces « mesures de protection » sont mises en place en vertu de l’amendement, elles devront changer leur nom de marque, renommer et repenser les stratégies de marketing – avec des coûts supplémentaires importants. En d’autres termes, il s’agit d’un face-à-face entre un secteur établi de longue date mais toujours en croissance et un rival en plein essor.

Le marché du lait végétal a représenté à lui seul 12 milliards de dollars américains (environ 10 millions d’euros) de ventes mondiales en 2019 et devrait croître de 11 % par an entre 2020 et 2026 pour atteindre 21 milliards de dollars US. Mais cela reste minime par rapport à l’industrie laitière qui devrait passer de 718 milliards de dollars en 2019 à un peu plus de 1 000 milliards de dollars en 2024.

L’amendement 171 a obtenu un vote majoritaire au Parlement européen en octobre 2020. Il doit maintenant être approuvé par le Conseil des ministres de l’UE, qui a examiné la proposition lors des réunions en trilogue avec le Parlement et la Commission européenne à la fin du mois de janvier. Si le Conseil et la Commission l’acceptent, cela deviendra une loi. Oatly, le propriétaire de Flora Upfield, et l’ONG ProVeg International ont alors lancé une pétition pour tenter de persuader l’UE d’abandonner les nouvelles restrictions.

Faire du lobbying pour la réalité

Les débats ont aujourd’hui tendance à se porter sur les impacts de la filière. Le plus souvent, on fait valoir que, puisque l’élevage laitier peut être considéré comme mauvais à la fois pour l’environnement et pour le bien-être des animaux, présenter les produits végétaliens comme des alternatives pourrait aider à compenser ces effets. Les problèmes de bien-être liés à l’élevage laitier seraient même sans doute pires que ceux liés à filière la viande, par exemple. On pourrait en outre noter qu’il y aurait davantage de place dans le débat pour les comparaisons de santé entre les alternatives laitières et végétaliennes.

Quant aux arguments du lobby laitier sur la confusion des consommateurs, ils risquent de paraître rapidement dépassés, étant donné les changements considérables dans les habitudes alimentaires qui ont eu lieu ces dernières années. Selon une enquête, la proportion de végétaliens dans l’UE a en effet considérablement augmenté au cours des quatre dernières années. Et bien qu’il ne s’agisse au mieux que de 3 % des consommateurs, comme c’est le cas en Allemagne, pas moins d’un tiers se considèrent comme des « flexitariens » plutôt que comme des mangeurs de viande, et une proportion importante prévoit de devenir végétarienne ou végétalienne à l’avenir.

Cela aborde l’un des autres arguments du lobby laitier, qui concerne l’étymologie : ils mentionnent que les termes « lait » et « produits laitiers » restent essentiellement liés au liquide riche produit à partir de glandes de mammifères – contrairement à la « viande », qui n’aurait pas besoin d’avoir quoi que ce soit à voir avec les animaux. C’est pourquoi, selon eux, le vote du Parlement européen, en octobre dernier, contre une proposition qui aurait interdit des termes tels que « Veggie burger » et « Vegan steak », ne constitute pas un précédent. Inutile de dire que les producteurs laitiers végétaliens pensent le contraire…

Il est difficile de prévoir comment les institutions de l’UE vont maintenant procéder. Vont-elles valoriser les points « pro-santé » du secteur végétalien ? Ou seront-elles persuadées par l’argument au sujet de la « confusion des consommateurs » poussée par l’industrie laitière ? L’amendement 171 a été adopté au parlement européen avec une faible majorité (54 %), ce qui nourrit l’espoir au sein de l’industrie végétalienne qu’un doute suffisant ait été jeté sur la question pour que la nouvelle règle soit bloquée.

Enrico Bonadio, professeur en propriété intellectuelle à l'Université de Londres et Andrea Borghini,professeur associé en philosophie à l'université de Milan

Cet article a précédemment été publié sur le site The Conversation

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