L'Usine Santé

Bataille de chiffres entre les pôles de compétitivité santé

Gaëlle Fleitour

Publié le

Audités dans quelques semaines par l'Etat, les trois principaux pôles de compétitivité santé doivent convaincre pour tenter d'obtenir des financements après 2012. De l'emploi aux start-up, en passant par les projets collaboratifs… Medicen, LyonBiopôle et Alsace Biovalley exposent leur bilan.

Bataille de chiffres entre les pôles de compétitivité santé © -Kj - Flickr - C.C.

Audités très prochainement par l'Etat, les pôles de compétitivité en santé se livrent chacun à des exercices d'autopromotion. Car pour ces réseaux régionaux d'entreprises et de centres de recherche, créés en 2005 à l'initiative du gouvernement, difficile de savoir quel sera leur sort en 2012"Dans un contexte économique tous les jours plus difficiles, quelle sera la capacité de l'Etat à poursuivre le financement de l'innovation des pôles", se demande ouvertement Philippe Archinard, le président de Lyonbiopôle.

Résultat, c'est une bataille de chiffres et de bilans que se livrent les présidents de pôle. "Cette période de crise nous apprend que, plus que jamais, les pôles sont des atouts de compétitivité économique, plaide David Sourdive, nouveau président du pôle parisien Medicen Paris Région. Il faut qu'on ait les moyens de notre succès." Selon lui, avec ses 163 projets labellisés depuis 2005, dans lesquels 473 millions d'euros ont été investis, "nous éclairons les choix des puissances publiques", y compris dans les Investissements d'avenir.

Prochains objectifs du pôle: gagner en visibilité à l'international et renforcer l'accès aux fonds propres des PME, notamment via le lancement d'un Club des Investisseurs Medicen, qui réunira le 15 novembre des business angels, fonds d'investissement et des établissements bancaires.

Medicen toujours en panne de gouvernance

Mais alors que l'instabilité de sa gouvernance avait été pointée du doigt lors de la dernière évaluation de l'Etat, qui couvrait la période de 2005 à 2008, le pôle Medicen parviendra-t-il à convaincre ce coup-ci ? Coup dur : son président, Emmanuel Canet, également président de la R&D chez Servier, vient de se mettre en congé de ses responsabilités… probablement en raison des mises en cause croissantes de son entreprise.

"C'est la personne physique qui était présidente, pas le groupe, même si ce dernier est membre du pôle, tente d'expliquer David Sourdive, vice-président des PME-JEI au sein du pôle, qui prend sa succession. Emmanuel Canet a souhaité se mettre en retrait pour des raisons personnelles. Aujourd'hui notre gouvernance est stable, mais nous faisons quand même évoluer notre structure."

Lyonbiopôle mise sur son IRT LyonBioTech

A quelques centaines de kilomètres, à Lyon, on tente également de se montrer sous son meilleur jour. "Depuis 2005, 94 projets ont été financés avec 477 millions d'euros par les acteurs du pôle et 196 millions d'euros d'aides publiques, explique Philippe Archinard. Nous avons aussi financé et créé un institut de biologie systémique et médicale, devenue une tête de réseau international."

Lyonbiopôle entend désormais renforcer la compétitivité de ses membres, et ne pas se limiter à être "une usine à projets". "Notre budget d'animation, hors financement de projet, est financé à plus de 50% par le privé, contrairement à des pôles comme Alsace Biovalley, très majoritairement financé par la région Alsace, mais aussi l'association des PME en Sciences de la vie", glisse Philippe Archinard.

Le président de Lyonbiopôle préfère toutefois ne pas s'aventurer sur le nombre d'emplois créés par son pôle. "Nous n'avions pas fixé d'objectifs précis. Mais il s'agissait notamment de faire en sorte que les effectifs des grands groupes restent constants. Si Merial (l'activité de santé animale de Sanofi, ndlr) a son siège à Lyon aujourd'hui, je suis persuadé que ce que nous avons fait depuis cinq ans y a contribué." Selon lui, la valorisation et la création d'emplois correspondent plus aux missions de l'Institut de recherche technologique (IRT) LyonBioTech, sélectionné en mai dans le cadre des Investissements d'Avenir.

Rassemblant des acteurs du monde académique et privé dans le domaine de l'infectiologie, l'IRT LyonBioTech sera un "opérateur de recherche, avec une approche multidisciplinaire" sur un marché estimé à 109 milliards de dollars. Avec un budget cumulé de 800 millions d'euros sur dix ans, il devrait permettre de créer pas moins de 10 000 emplois. Un IRT basé à Lyon et Paris, cofondé par Lyonbiopôle et l'Institut Pasteur, et co-labellisé avec le pôle Medicen… Signe que les pôles sont capables de collaborer entre eux !

Alsace Biovalley avance un bon bilan économique

A Strasbourg, Nicolas Carboni, directeur général d'Alsace Biovalley, dresse quant à lui, un bilan riche en création d'emplois. "Lors de sa fondation en 2005, le pôle s'était fixé trois grands objectifs à atteindre sur dix ans. Créer 5000 emplois : à mi-chemin, on en est à plus de 2 300. Monter 90 entreprises : on en est déjà à 46, qui sont soit issues de laboratoires de recherche résultant de projets de coopération labellisés par le pôle, soit des entreprises étrangères que nous avons attirées en Alsace pour implanter leur filiale européenne. Enfin, doubler le nombre de projets collaboratifs: les partenariats publics-privés ont déjà augmenté de 60 %."

Mais avec 56 projets labellisés depuis 2005, pour un montant de R&D de 122 millions d'euros, difficile de rivaliser avec les concurrents lyonnais et parisiens. Emplois, projets, territoires… la tâche de l'Etat sera donc difficile pour évaluer, et éventuellement, départager ces pôles…

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