Banque: La volte-face américaine mal vue en Europe et en Asie

par Huw Jones et Michelle Price

LONDRES/HONG KONG (Reuters) - La volonté des Etats-Unis de repousser des réformes bancaires élaborées à la suite de la crise financière est un mauvais coup porté à la coopération internationale, estime-t-on, de sources réglementaires en Asie et en Europe.

Au contraire, les banques s'en réjouiront car elles pourront beaucoup économiser sur les fonds propres qu'elles doivent constituer en appui de leurs opérations, ajoutent-elles.

Les autorités de régulation de la planète ont développé une collaboration étroite, par l'entremise du Groupe des Vingt (G20), depuis la crise financière déclenchée par la faillite de Lehman Brothers en 2008.

Mais le Trésor des Etats-Unis a dévoilé lundi au sein d'un rapport de 150 pages un projet de modification du cadre réglementaire financier qui prévoit pas moins d'une centaine de modifications.

"Les propositions de Trump se trompent de sens", dit Jakob von Weizsäcker, social-démocrate allemand qui siège à la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen. "Il faut à tout prix qu'en Europe nous n'oublions pas les leçons de la crise financière. Nous ferions une grosse erreur si nous nous alignions sur les Etats-Unis en la matière".

Le Trésor américain veut repousser la mise en oeuvre des dispositions gouvernant la liquidité bancaire, qui obligent les banques à couvrir leurs besoins de financement à long terme à compter de janvier 2018.

Il veut également surseoir à l'examen en profondeur des portefeuilles de trading bancaires, tel qu'il avait été convenu par l'intermédiaire du Comité de Bâle.

Cet examen est dans les faits une refonte complète de la manière dont les banques couvrent le risque lié à leurs transactions pour compte propre. Selon le Trésor, les nouvelles dispositions dans ce domaine auraient imposé aux banques de nouvelles obligations en matière de capital et de liquidité, en sus des règles en vigueur.

L'Union européenne (UE) a déjà soumis un projet de loi pour ce corpus de nouvelles règles et Vladis Dombrovskis, le commissaire européen aux services financiers, a dit que les propositions du Trésor américain seraient examinées dans le détail.

"Notez bien qu'il faut suivre la façon dont les choses évolueront, en l'espèce si ces recommandations seront effectivement suivies d'effet", a-t-il déclaré.

Le Comité de Bâle n'était pas joignable dans l'immédiat.

"RÈGLE VOLKER"

Selon des experts asiatiques, la position américaine fait que certains organes de régulation de la région reverront leur calendrier d'applications. Ils n'apprécient déjà guère de se voir imposer le calendrier du réformisme post-crise des pays occidentaux.

"Cela va créer des problèmes de cohérence et des soucis pour les banques lorsqu'elles devront s'adapter à des régimes réglementaires disparates dans la région", observe Kevin Dixon (Deloitte à Sydney).

Malgré tout, l'abandon éventuel de la procédure d'examen des portefeuilles de trading par les autorités asiatiques serait globalement un atout pour les banques opérant dans la région, affirme Keith Pogson (EY, Hong Kong).

Le Trésor américain veut aussi revoir le mécanisme de liquidation des banques faillies.

"Suivant la façon dont on pratiquera la nouvelle donne, la coopération entre superviseurs peut en prendre un coup", a noté la source de l'UE. "Ca nous inquiète beaucoup car ça pourrait remettre en cause l'ensemble de la coopération internationale dans la liquidation des banques".

Bon nombre des autres réformes prônées par le Trésor américain ne concernent que les Etats-Unis seuls; il suggère ainsi de modifier la "Règle Volker" pour, dit-il, éviter de porter préjudice à la liquidité du marché. Cette règle encadre strictement la possibilité qu'ont les banques d'engager leurs propres ressources dans des opérations de marché.

La version européenne de cette règle est actuellement examinée par le Parlement européen.

Le Trésor américain propose aussi d'assouplir les règles de fonds propres pour les filiales américaines de grandes banques étrangères. La Réserve fédérale les oblige à cantonner le capital dans une "société holding intermédiaire" mais le Trésor veut les encourager à investir aux Etats-Unis, tant dans le marché financier que dans l'économie réelle.

L'UE veut appliquer un régime similaire pour les filiales de banques étrangères sur son sol et tout changement de cap des Etats-Unis se traduirait peut-être par une nouvelle réflexion dans ce domaine.

(Avec John O'Donnell à Francfort et Alastair Macdonald à Strasbourg, Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Marc Joanny)

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