Balbutiements dans l'électroménager et l'électronique grand publicDes ateliers de recyclage de lave-linge et de décodeurs Canal Plus ont vu le jour. Techniquement, tout est possible. Reste à résoudre le problème de la rentabilité des filières, comme celle de la télévision.

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Balbutiements dans l'électroménager et l'électronique grand public

Des ateliers de recyclage de lave-linge et de décodeurs Canal Plus ont vu le jour. Techniquement, tout est possible. Reste à résoudre le problème de la rentabilité des filières, comme celle de la télévision.



Chaque année, sont mises sur le marché plus de 120000 tonnes de lave-linge, 100000 tonnes de téléviseurs, et 100000tonnes de réfrigérateurs. Tout cela finit un jour ou l'autre, au mieux dans des déchetteries, au pis sur les trottoirs. Les professionnels des différentes filières se sont émus de cette image désastreuse de l'"encombrant" et ont participé activement aux travaux de la mission Desgeorges, qui a remis, au début de 1993, un rapport sur la valorisation des produits électriques et électroniques. Pour certaines catégories de produits, des ateliers pilotes ont déjà été ouverts. A Chantonnay (Vendée), Practice, une association créée par des chefs d'entreprise de la région, travaille depuis plus d'un an sur le recyclage des gros appareils électroménagers (machines à laver la vaisselle et le linge, réfrigérateurs et cuisinières). Elle dispose maintenant d'un savoir-faire pour les trois niveaux de démontage d'un appareil: dépollution, séparation des composants puis des matériaux constitutifs de l'appareil. Les seules difficultés rencontrées viennent du béton des masses d'équilibrage des lave-linge, qui joue un rôle d'abrasif dans les broyeurs, et du traitement des mousses d'isolation des réfrigérateurs, qui contiennent des CFC. Quant à la valorisation de ces dernières, il n'y a pas de technologie fiable. La séparation thermique dégage de la vapeur de chlore, et la séparation mécanique n'est pas toujours possible, notamment si la mousse est collée à de l'inox. Autre expérience mise en place récemment: celle du recyclage des décodeurs de Canal Plus, conduite par Demovale, une filiale d'Ipodec (groupe CGEA-Onyx) et de General Electronic. Un atelier a été ouvert en octobre dernier à Beauvais (Oise). Le démontage des décodeurs s'effectue de façon semi-automatique, comme la séparation des composants (capots ABS, visserie, clavier, cordons, etc.). Chaque pièce part ensuite dans sa propre filière. Le transformateur est réemployé ou traité par électrolyse. Les fractions métalliques (surtout du cuivre) sont recyclées sous forme de matière première, ainsi que le plastique, qui, une fois broyé, est cédé à l'industrie de la plasturgie.

DES COÛTS DE MAIN-D'OEUVRE IMPORTANTS

Mais, à les regarder de plus près, ces ateliers ne ressemblent guère à des carrefours de haute technologie. On est plus proche de l'artisanat que de l'industrie, et les quantités traitées restent négligeables. L'atelier de Chantonnay n'a recueilli, au cours de ses sept premiers mois d'activité, que 880appareils, soit un flux hebdomadaire de 31produits. Et les process font surtout appel à des opérations manuelles. Pour le démontage des appareils électroménagers, la main-d'oeuvre représente plus de 40% des charges. Pas étonnant, car, pour démonter un lave-linge et un lave-vaisselle, il faut compter près de vingt minutes. Et plus de trois quarts d'heure pour un réfrigérateur. Or l'automatisation de ces procédés laisse sceptiques les professionnels. "Pour démonter les décodeurs, nous avons développé un robot qui nous a coûté 1million de francs, précise Michel Valache, directeur général de Demovale. Mais si, un jour, l'on veut recycler les Minitel, il nous faudra en développer un autre. L'automatisation n'est donc possible que si l'on a affaire à des produits identiques et fabriqués en grande série." Le chemin vers le recyclage automatisé sera long. Pour une raison simple: ce type d'activité n'est pas rentable. Les gains que l'on peut tirer de la vente de certains matériaux récupérés sont loin de compenser les coûts engendrés par le traitement des autres matériaux. Practice pense avoir perdu plus de 160000 francs sur les sept mois qu'a duré son expérience. Et plus le recyclage s'affine, plus les coûts de traitement sont prohibitifs. "Nous avons établi une grille de coûts selon chaque niveau de démontage, explique Louis-Marie Jouhier, chargé de mission. Pour un lave-linge, une simple dépollution génère une perte de 40francs, et un démontage de tous les éléments, 120francs. " Pour les congélateurs, Louis-Marie Jouhier ne s'est même pas livré à une estimation des coûts: "La simple séparation des mousses contenant le CFC mobilise deux salariés pendant deux heures. Prohibitif." Reste alors la question majeure: qui va payer? L'expérience de Chantonnay a tenu grâce aux soutiens financiers des acteurs économiques locaux et de l'Ademe. Demovale a pu voir le jour uniquement parce que Canal Plus a accepté de mettre la main au portefeuille et de verser 5francs par décodeur. La généralisation de ces expériences à d'autres produits, tels les téléviseurs, les magnétoscopes ou les appareils photo n'est donc pas pour demain. "La grande difficulté des produits électroniques grand public tient à leur hétérogénéité et à la dispersion des acteurs, constate Olivier Ducru, chargé de mission au Simavelec, le Syndicat des matériels audiovisuels électroniques. Et 70% des produits achetés par les Français viennent de l'étranger. Les fabricants français veulent bien faire un effort. Mais il faut qu'on sache quel sort sera réservé aux produits importés et qui paiera le prix du recyclage."

Jean-Paul Meyronneinc





BON A SAVOIR

La Compagnie française des ferrailles étendra, du secteur automobile aux appareils électriques et électroniques usagés, le concept de dépollution-récupération-recyclage.

Le groupe de travail de la CEE sur les véhicules hors d'usage (piloté par la France) devrait aboutir à un projet de directive en 1994.

Le Centre for exploitation of science and technology a réalisé une étude sur le recyclage des équipements électroniques en fin de vie (5, Berners Road. London N1 OPW. Tél.: 071.354.9942).



Les promesses du futur



Avant la fin de la décennie, des briquettes en plastique serviront de combustible de substitution.

Des pare-chocs en polypropylène à 100% recyclés devraient bientôt voir le jour. Les paramètres de qualité et de sécurité sont respectés. Reste à régler des problèmes de mise en peinture.

Un important chantier de recherche mobilise Renault pour trouver des substituts aux mastics en PVC, qui représentent 10kilos par véhicule.

D'ici peu, les PC auront un capot 100% recyclé.

Dès la conception d'un produit, l'informatique envisage de mettre sur banque de données le poids et les quantités de matières utilisées afin de faciliter le recyclage.



Piles au mercure: le jeu en vaut-il la chandelle?



Aujourd'hui, seules les piles boutons destinées à des applications particulières (appareils auditifs, appareils photo) contiennent encore une part importante de mercure: environ 30%. Mais elles ne représentent que 1% du marché. Il n'en reste pas moins que, depuis le décret du ministère de l'Environnement imposant le recyclage de ces piles, on se bat sur les procédés de recyclage. Sarp Industries, la filiale de la Compagnie générale des eaux spécialisée dans le traitement des déchets industriels, pourrait ouvrir prochainement deux centres de traitement des piles, à Limay (Yvelines) et à Tulle (Corrèze). Fondés sur le procédé pyrométallurgique de la société suisse Recymet, ces centres auront une capacité globale de 5000tonnes. De son côté, MBM, une PME du Maine-et-Loire, exploite depuis plusieurs mois un procédé par distillation (capacité: une dizaine de tonnes par an). Mais tout cela laisse perplexe le syndicat des fabricants de piles, effrayé par les coûts de traitement : entre 12000 et 20000francs par tonne à la Sarp, et de 28000 à 35000 francs chez MBM. "Les fabricants ont déjà fait beaucoup d'efforts pour supprimer le mercure dans leurs produits et pour organiser la collecte, explique René Boise, du syndicat, et nous aimerions que l'on trouve une solution techniquement et économiquement acceptable pour le traitement." En attendant, le syndicat stocke.





TCE veut recycler ses tubes

Le recyclage des tubes cathodiques constitue l'un des enjeux technologiques les plus importants de ces prochaines années. Ces tubes sont lourds (350000 tonnes à traiter chaque année) et d'une complexité insoupçonnée. Un tube comprend certes du verre (les deux tiers du poids d'un poste), mais aussi du plomb, des sels de zinc et d'argent, des terres rares, de l'aluminium, des plastiques, etc. Un véritable défi au recyclage. "D'autant que chaque constructeur a ses propres formulations, précise Pierre Reymond, ingénieur en chef à la division tubes de Thomson Consumer Electronic (TCE). Ainsi, aux Etats-Unis, on met 3% de plomb dans l'écran, alors qu'en Europe on y met du baryum, du strontium et du zirconium. Ce qui ne réclame pas les mêmes procédés de recyclage." TCE a cependant décidé de s'associer avec Dunkirk, un fabricant et recycleur américain de verres spéciaux et de céramiques. Objectif: tester un nouveau procédé. La face avant du tube est séparée du cône, puis ce dernier, composé de verre au plomb, est expédié à des verriers qui réintroduisent le matériau dans des tubes neufs. La face avant, plus complexe à traiter, est mélangée avec d'autres déchets qui entrent dans la composition de céramiques, d'abrasifs et de verres spéciaux pour l'éclairage. TCE et Dunkirk envisageraient d'ouvrir bientôt une unité pilote d'une capacité de 10 000 à 12 000 tonnes.

USINE NOUVELLE N°2443

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