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L'Usine Matières premières

Baisse du pétrole : comment en profiter

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Les entreprises qui prolongeront l’effet pétrole sont celles qui auront su infléchir leur stratégie, à l’instar des compagnies aériennes.

Alors que les analystes annonçaient en 2014 un rebond des cours du brut au-dessus des coûts actuels de production, le pétrole low cost pourrait encore couler pendant quelques années. Les entreprises doivent dès maintenant optimiser les effets de ce répit inespéré. Première urgence, adapter sa stratégie achats. La souplesse des outils de couverture est cruciale. Peu de secteurs l’illustrent aussi bien que le transport aérien, dont le carburant représente jusqu’à 40 % des coûts. Avant 1999, sauf accident, le baril valait moins de 20 dollars. Puis il s’est mis à monter inexorablement. Les compagnies ont alors commencé à couvrir largement leurs achats, en achetant sur les marchés à terme des contrats papier (dérivés). Contrats dont la plus-value ou la moins-value au moment de la revente, concomitante à l’achat sur le marché physique, compense la variation du prix intervenue entre-temps : si le prix est monté, la plus-value compense le surcoût. Dans le cas contraire, la perte papier est compensée par le gain sur le marché physique.

Les leçons du contre-choc pétrolier de 2008

Mais en 2008, quand le baril de brent retombe brutalement de 140 à 40 dollars, les compagnies sont nombreuses à rater le coche : à trop se prémunir contre la hausse (de 60 à 140 dollars le baril sur les six premiers mois de 2008), elles se sont aussi prémunies contre la baisse, contraintes par des contrats à prix fixé sur plusieurs années. Cette année encore, quand le pétrole a perdu 50 % de sa valeur en dollars, Air France en a peu profité. Au deuxième trimestre, la compagnie aurait pu réaliser une économie théorique de plus de 700 millions d’euros sur une facture totale de 1,6 milliard en achetant son carburant sur le marché spot. Mais elle n’a rien gagné à cause de la hausse du dollar par rapport à l’euro, et surtout de sa politique prudente de couverture.

Les compagnies ont cependant tiré les leçons du dernier contre-choc pétrolier. "Depuis 2008, en raison de la volatilité du prix du pétrole, elles ont privilégié des stratégies de couverture plus flexibles et établies sur de moins longues périodes, confirme Yan Derocles, analyste chez Oddo Securities. Aujourd’hui, la plupart adoptent une stratégie de couverture sur vingt-quatre mois glissants, avec une forte couverture sur six à neuf mois comprise entre 75 et 90 %, puis un taux dégressif." Chez Air France, la durée de la couverture est passée de quatre ans à vingt-quatre mois.

Chaque compagnie élabore sa stratégie en matière d’outils, de pourcentage d’achats couverts ou de durée. Les compagnies non couvertes comme Emirates, Air China, China Southern Airlines, China Eastern Airlines et Etihad Airways sont celles qui bénéficient le plus de la baisse aujourd’hui, rappelle le cabinet de conseil PwC. Mais la plupart sont couvertes, à des taux très variables : 100 % (British Airways), 72 % (EasyJet) ou 19 % (American Airlines), selon le cabinet Sia Partners.

Pour ne pas renouveler les ratés de gestion observés en 2008, les stratégies de couverture s’assouplissent. Les contrats à terme sont partiellement remplacés par des options, que l’acheteur peut choisir de ne pas exercer si leur montant s’avère plus élevé que le prix de marché augmenté de la prime assortie. Et les pourcentages de besoins couverts baissent afin de disposer de marges de trésorerie pour acheter comptant si le prix spot le justifie. Les compagnies sont généralement mieux armées pour profiter de la baisse actuelle du pétrole. Enfin… pas toutes. Ainsi, Air Mauritius fait l’objet d’une enquête pour des pertes évaluées à plus 2 milliards de roupies (près de 57 millions d’euros) à cause d’un contrat de hedging qui la condamne à payer son carburant sur la base d’un baril à 102 dollars, plus de deux fois le prix actuel, jusqu’en octobre 2016. Et "Delta Air Lines a perdu 1,2 milliard de dollars du fait de ses contrats de couverture de carburant en 2014", souligne Philippe Berland, chez Sia Partners. La révision de la politique de couverture devrait réduire ses coûts de 2 milliards de dollars en 2015.

Impossible, pourtant, de définir un mix idéal, tant les modèles économiques diffèrent. La stratégie médiane de bon père de famille adoptée par Air France – qui, depuis 2009, n’est jamais couvert à moins de 60 % – permet d’éviter les déconvenues, mais oblitère les gains mirobolants. "Nous devrions dégager une économie de 200 millions d’euros en 2015 par rapport à 2014, ce qui est faible vu la facture de 7,1 milliards d’euros, explique-t-on en interne. En 2016, en revanche, nous pourrions économiser 700 millions d’euros".

"Étant donné la grande volatilité des postes de dépenses au sein des compagnies, il est sage de figer sur un temps court le prix du carburant, sur six à douze mois, d’autant que les mécanismes à mettre en jeu sont peu coûteux", conseille Yan Derocles. La performance financière des compagnies qui se couvrent est 5 % à 10 % plus élevée que celle des compagnies qui ne se couvrent pas, confirme Sia Partners.

Un baril à 50 dollars

Pour monter une stratégie efficace, les entreprises ont besoin de visibilité. À court terme, la hausse des taux attendue de la Réserve fédérale (Fed) est un facteur baissier. Si la banque centrale américaine confirme cette hausse, cela soutiendra le dollar au détriment des matières premières. Sinon, ce sera un signe négatif pour l’économie mondiale. La bonne tenue de la production des huiles de schiste américaines et les hausses observées en Arabie saoudite et en Irak restent les principaux arguments en faveur du maintien d’un pétrole à bas prix. Les craintes d’un tassement de la demande chinoise sont pour l’instant infondées. À plus long terme, le retour du pétrole iranien devrait prolonger les effets de la baisse des prix.

À long terme, la Banque mondiale affiche des projections à 57 dollars en moyenne en 2015, avant une remontée à 70 dollars en 2020. Les analystes des banques d’investissement sont moins optimistes. Jeffrey Currie, chez Goldman Sachs, qui avait annoncé dès juillet que le baril retomberait à 45 dollars, prévoit un cours stabilisé à 50 dollars en moyenne d’ici à 2020. Les membres de l’Opep parient sur 40 à 60 dollars pour le baril à échéance décembre 2015. Une projection proche de celle de Vitol, le plus gros négociant indépendant de produits pétroliers.

Devant ces incertitudes, difficile pour les entreprises de compter sur la conjoncture. Celles qui veulent ou ne peuvent pas jouer sur la couverture disposent d’autres leviers : optimisation du sourcing, accélération des concentrations, réinvestissement des fruits de ces baisses de coûts dans la transition énergétique… Comme on investit à contre-cycle, il faut parfois savoir restructurer en pleine embellie.

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