Bactérie E-Coli : les maraîchers craignent une guerre des prix

Le couac sanitaire pourrait déclencher une guerre commerciale, estiment les producteurs de fruits et légumes andalous. Alors que l’origine de la bactérie mortelle reste inconnue, la psychose générée fait dégringoler leurs ventes. Au profit de concurrents parfois extra-européens, qui s’engouffrent dans la brèche. La filière agro-alimentaire se dit pour l’instant peu touchée.

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Bactérie E-Coli : les maraîchers craignent une guerre des prix

"Malgré la démonstration que le concombre espagnol n’est pas en cause, on continue à avoir des blocages et des annulations de commandes, indique Luis Marin, directeur de l’Association d’entreprises productrices de fruits et légumes d’Andalousie et d’Extremadura. Il y a des supermarchés qui n’ont toujours pas normalisé la situation et on ne sait pas pourquoi". En pleine récolte de nectarines, brugnons, pêches d’une part, et pommes de terre d’autre part, ses producteurs font chauffer sa ligne téléphonique. En ce moment, ils "laissent les fruits pourrir sur l’arbre", afin de ne pas perdre plus d’argent en transportant les produits, les garder au froid pour in fine les détruire. Résultat : "les prix ont chuté en moyenne de 30%", estime-t-il. Un phénomène que constatent également les maraîchers français : ils perdent tous les jours quelques centimes d'euro par pièce.

Plus grave pour le sévillan Luis Marin : le champ a été laissé libre à des fournisseurs concurrents, face auxquels il sera bien difficile ensuite de regagner des parts de marché. Les pommes de terre espagnoles sont en effet "remplacées par celles d’Israël", et les fruits à noyaux "par ceux de Grèce ou de France". "Il ne faudrait pas que l’alerte sanitaire soit utilisée pour ouvrir une guerre commerciale", prévient-il. L’Allemagne draine 50% des exportations ibériques dans le secteur, tandis que la France en absorbe 25% à 30%, jauge-t-il. Dommage de se faire raffler, même marginalement, une telle mise.

L’homme ne décolère pas contre la chancelière allemande Angela Merkel et le couac communicationnel ibéro-germanique. "C’est complètement absurde. Pas un seul malade n’a été comptabilisé en Espagne. Pendant ce temps, les producteurs andalous sont en gestion de crise avec des retraits de marchandise à orchestrer, et les légumes restent aux champs". L’immense zone de cultures sous serre d’Almeria, qui alimente le continent en tomates à toute saison, fait partie de ses attributions. Certes, l’Espagne et l’Allemagne viennent de mettre sur pied un dispositif d’indemnisation : "un retrait de marchandise à prix de marché", souffle Luis Marin, citant une note ministérielle lancée hier par le gouvernement Zapatero. "Mais cela va poser un problème budgétaire, sans parler des conséquences physiques que suppose la destruction d’un tel volume de nectarines, carottes, concombres, ou tomates", déplore-t-il. Le porte-parole de la profession ne peut toutefois aujourd’hui chiffrer ce volume.

Selon la Fédération espagnole des producteurs-exportateurs de fruits et légumes (Fepex), les pertes pour le pays seraient de 200 millions d’euros par semaine pour l’ensemble du secteur. Et l’impact sur le marché du travail n’est pas en reste. "Il s’agit d’un secteur intensif en main d’œuvre", indique Luis Marin. "Un hectare donne du travail à plus de 200 personnes. Une crise telle que celle-ci a des conséquences immédiates." Selon Madrid, 70.000 emplois sont menacés.

En France aussi, les ventes de concombres se sont effondrées, depuis une semaine. Celles de tomates et de salades ont également été affectées. Mercredi 1er juin, le syndicat Légumes de France estimait que les producteurs français avaient perdu 1,5 million d'euros.

Un non sujet selon Bonduelle

A l’aval, les industriels français observent leurs fournisseurs avec attention. Pour l’instant, Bonduelle affiche une sérénité sans faille, indiquant que la psychose du concombre n’a pas eu d’effet sur son approvisionnement. Toutes les salades de ses deux usines de conditionnement sont produites en France, ou en Italie, et non pas en Allemagne. En outre,"la charte d’approvisionnement interdit l’utilisation de fumier pour engrais". "Toutes les salades sont lavées à l’eau chlorée, avant d’être rincées puis séchées", tient à justifier l’entreprise. "C’est un non sujet", veut croire le groupe. Quant au poivron importé du Portugal, il est "surgelé, blanchi", assure une porte-parole, sans préciser en quoi cela rendrait l’aliment moins à risque. "Ne connaissant pas la source de contamination, on a dit que c’était les légumes mais ça pourrait être d’autres matières", commente-t-elle. L'entreprise Florette est également livrée en salades depuis des sites français, en Normandie et dans le sud de l'Hexagone.

"Il faut faire une campagne de communication massive pour rassurer les consommateurs", plaide Luis Marin. Une requête qui fait mouche chez les industriels de l’agroalimentaire. S'ils peuvent avoir une carte à jouer dans la guerre des prix qui s’annonce chez leurs fournisseurs, ils rejoignent certainement ce vœu formulé par le syndicaliste andalou. Sans confiance des consommateurs, pas de vente de produits frais, conditionnés dans leurs usines.

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