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L'Usine Maroc

Aziz Akhannouch : "la bonne récolte de 2013 permet au secteur agricole d’investir dans les intrants et la mécanisation"

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Publié le

Entretien Le ministre de l’Agriculture et de la pêche du Maroc, Aziz Akhannouch estime dans une interview à L’Usine Nouvelle être dans le bon tempo pour le doublement  de la production agricole du royaume  prévue en 2020 par rapport à 2009, dans le cadre du plan Maroc Vert. Il pointe par ailleurs les enjeux en matière de fiscalité et d’investissement dans l’agriculture et l’industrie agro-alimentaire et expose aussi la relance du secteur des dattes.

Aziz Akhannouch : la bonne récolte de 2013 permet au secteur agricole d’investir dans les intrants et la mécanisation
Aziz Akhannouch, ministre de l'Agriculture et de la pêche maritime
© Wikimedia Commons

L'Usine Nouvelle : Le Maroc vient de connaitre une des meilleures récoltes agricoles de son histoire. Cela a eu un effet très important sur le rebond de la croissance cette année. Qu’est-ce que cela change pour le développement économique du pays et de son agriculture ?

Aziz Akhannouch : C’est un levier. Une bonne récolte dans le secteur agricole cela permet d’investir pour construire l’avenir. Les résultats de cette année sont liés au niveau important des pluies bien sûr, mais ils ne seraient pas possibles sans la mécanisation et l’utilisation croissante des intrants : engrais, semences, produits de traitement, irrigation  etc… Cette bonne récolte soutient donc le revenu des agriculteurs mais aussi le développement de nos industries en aval et en amont. Aujourd’hui, le Maroc est parvenu à un des seuils de mécanisation minimum recommandé par la FAO à savoir 7 tracteurs pour 1 000 hectares, mais nous devons encore progresser. Autre exemple, le Maroc fait un effort considérable en matière d’économie d’eau avec par exemple un programme en cours soutenu par l’État d’équipement en irrigation goutte à goutte de 550 000 hectares, dont 350 000 hectares seront réalisés à la fin de cette année.

Qui paye ?

L’État à hauteur de 100% pour les petits agriculteurs et jusqu’à 80% pour les moyens et grands exploitants. C’est un programme clé car l’eau est rare et précieuse dans notre pays.

Comment se déroule, le Plan Maroc vert lancé en 2009 dont l’objectif très ambitieux, trop pour certains, est de doubler la production agricole du pays d’ici à 2020 ?

Bien jusqu’à présent. Les objectifs sont tenus, l’investissement suit. Mais, je l’ai dit récemment à plusieurs reprises, pour la réussite de ce plan, nous aurons encore besoin de 10 milliards de dollars d’investissements dans la phase 2014-2020, dont une moitié en provenance de l’État et l’autre des exploitants et opérateurs privés. Dans nos programmes, j’observe même qu'un dirham d’investissement public génère 3 dirhams d’investissement privé tant dans le domaine agricole que dans celui des industries de transformation. Tant mieux ! En fait, si les conditions climatiques sont bonnes, je pense qu’il est même possible d’atteindre les objectifs du Plan Maroc vert dès 2018.

Vous avez inauguré ce 31 octobre le Salon international des dattes à Erfoud dans le centre-est du pays et annoncé des objectifs ambitieux pour cette culture. En quoi ce marché des dattes est-il important pour le Maroc ?

C’est une opération de reconquête car cette activité a été totalement délaissée par le passé. Il s’agit pourtant d’un secteur qui pèse de 2 à 2,5 milliards de dirhams (environ 200 millions d’euros NDLR). Notre pays a produit essentiellement dans la zone des oasis 112 000 tonnes de dattes en 2012. Or, les Marocains consomment environ 150 000 tonnes tous les ans, surtout pendant la période du Ramadan, et nous devons en importer plus de 30 000 tonnes d’Arabie saoudite ou d’Algérie alors que le Maroc est le berceau historique d’une des meilleures variétés de dattes qui soit la Majhoul ! J’ajoute que la datte est une culture qui peut être très rentable car son prix au détail peut dépasser 15 euros le kg. Cela représente un enjeu économique et social majeur pour les 1,4 million de marocains qui vivent dans les trois grandes zones d’oasis du royaume, soit 40% du territoire. Je salue au passage le renforcement des moyens accordés par l’État à l’Agence nationale pour le développement des zones oasiennes et de l'arganier (Andzoa) créée en 2010 et qui commence à prendre toute sa dimension. L’Andzoa qui sera bientôt basée à Erfoud va jouer un rôle croissant de coordination des actions de l’État sur ces zones défavorisées, notamment en matière agricole mais aussi de tourisme. Les habitants de ces zones, tout comme ceux des autres régions plus prospères du pays, ont le droit au développement, comme l’a signifié très fortement le souverain.

Dans les faits, comment développez-vous ce secteur dattier ?

Depuis deux à trois ans, nous avons relancé totalement la filière avec par exemple des subventions de notre ministère pouvant s’élever jusqu’à 100% pour l’achat de plants améliorés issus notamment de culture in-vitro, pour les frais de travail du sol ou pour l’équipement en irrigation goutte à goutte.  Il s’agit aussi de regrouper l’offre ou de construire des petites usines de stockage et de  conditionnement.

L’objectif ?

Notre pays compte 5 millions de palmiers, nous voulons en planter 4 millions d’ici à 2020. Dans ce cadre, nous soutenons aussi bien les petits paysans possédant quelques pieds de palmiers dattiers dans les oasis et produisent de manière extensive que les grandes exploitations modernes qui commencent à voir le jour et comptent des milliers de palmiers. Cet exemple résume d’ailleurs bien toute la logique du Plan Maroc Vert avec son Pilier 1, celui d’une agriculture moderne à haute productivité et valeur ajoutée et son Pilier 2 tourné vers le social, l’agriculture solidaire et le développement humain avec l’aide des bailleurs de fonds.

Dans le cadre du Pilier 1, il reste encore à muscler vos industries agro-alimentaires qui pour la plupart des filières restent encore peu développées...

Oui, c’est un enjeu majeur. Beaucoup de produits agricoles pourraient être davantage transformés et donc valorisés sur le marché intérieur ou à l’export. L’État fait un effort en ce sens. Nous avons ainsi créé six zones agro-industrielles ou "Agropoles" dont deux sont déjà opérationnelles (Berkane et Meknès NDLR) et une troisième le sera bientôt. Ces zones sont conçues pour accueillir des usines de transformation à proximité des bassins de production par exemple dans l’industrie laitière. 

Dans le cadre du Projet de loi de finance 2014 dont la discussion est en cours, il est prévu une réforme de la fiscalité agricole. Cela concerne notamment l’assujettissement à la TVA et à l’impôt sur les sociétés pour les grands exploitants, ce qui ne va pas sans grincements de dents…

La réforme de la TVA est une belle réforme. L’idée est de faire passer le nombre de taux de quatre à deux. À terme, des secteurs agricoles aujourd’hui exclus de la TVA ou de l’impôt vont être touchés mais pour ce budget 2014, j’espère avoir convaincu le ministère des Finances de continuer à exclure notamment les petits exploitants et aussi certains intrants et produits du machinisme agricole. Le Plan Maroc vert est en plein essor, il ne faut pas casser l’élan. J’estime qu’on peut décaler un peu dans le temps certains aspects de cette réforme fiscale.

Autre sujet sensible : la réforme de la Caisse de compensation (subventions aux prix des produits de base au stade du consommateur). Où en êtes-vous dans votre domaine agricole et alimentaire ?

Dans le secteur alimentaire, il reste deux filières principales bénéficiant du régime de la compensation : le sucre, les céréales et leurs dérivés comme la farine sur lesquelles un travail de réforme sera fait. Les études technico-économiques sur les enjeux d’une réforme de la compensation pour les céréales sont terminées.

Cette année ?

Écoutez… sans doute non. C’est au chef du gouvernement de décider de l’agenda de cette réforme.

Êtes-vous satisfait du projet d’accord de pêche conclu avec l’Union européenne en juillet et sur lequel le Parlement européen est en train de se prononcer ?

C’est un accord gagnant-gagnant. Il a été durement négocié par les deux parties ! Mais, nous sommes parvenus à un projet équilibré [le Maroc doit recevoir environ 40 millions d’euros par an en échange de droit de pêche dans ses eaux NDLR]. Je vous rappelle qu’une part des fonds versés par l’Union européenne dans le cadre de l’accord servira comme dans les versions précédentes à la modernisation de notre secteur de la pêche : flotte, infrastructures, halles de débarquement, mise en œuvre de la loi sur le mareyage... . Dans le passé, nous avons par exemple supprimé les filets maillants dérivants avec indemnisation des pêcheurs concernés. Cela permet de faire progresser ce domaine important pour notre pays car l’Europe est notre premier client pour la pêche.

Et quid de l’Accord de libre-échange avec l’Union européenne dont les négociations ont été lancées en avril ?

Le volet agricole a déjà en fait été conclu l’an dernier. Il sera mis en œuvre en 2015.

Deux mots de politique pour finir… après des mois de négociations difficiles le gouvernement Benkirane II vient d’être constitué, qu’en pensez-vous ?

C’est une très belle équipe avec des personnalités venues d’horizons divers. Il y a de la compétence. Les priorités de ce gouvernement sont claires : l’emploi, la stabilité économique, le développement de nos entreprises et bien sûr la croissance. Avec, vous le savez, de gros défis en matière d’équilibre budgétaire.

Propos recueillis à Erfoud par Pierre-Olivier Rouaud

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