Environnement

AZF : retour sur trois temps forts à mi-chemin du procès

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A mi-parcours du procès en appel de l'explosion de l'usine AZF de Toulouse le 21 septembre 2001, la bataille d'experts a atteint son point culminant ces derniers jours. Retour sur trois temps forts de ce procès de quatre mois, démarré le 3 novembre dernier.

AZF : retour sur trois temps forts à mi-chemin du procès © D.R.

1 - L'accident chimique réaffirmé par les experts judiciaires
Les experts judiciaires ont à nouveau validé, le 5 janvier dernier, l'hypothèse chimique sur laquelle s'appuie l'accusation (2350 parties civiles). Ils avaient conclu dans leur rapport final, remis en mai 2006, à une explosion unique d'origine chimique provoquée par le mélange dans une benne à déchets d'un produit chloré (DCCNa) avec 500kg de nitrate d'ammonium dans le hangar 221.

Selon l'AFP, Dominique Deharo, responsable du département incendie-explosion au Laboratoire de police scientifique de Toulouse, a réaffirmé qu' "une réaction violente à caractère explosif peut être produite par la mise en contact de DCCNa et de nitrate d'ammonium en présence d'humidité, cela a été vérifié (…). Les conditions étaient réunies dans le box du 221, y compris hygrométrie du milieu, facteur déterminant pour amorcer ces réactions". Selon les experts judiciaires, ce mélange aurait été favorisé par des négligences de l'exploitant.

Une hypothèse contestée par les témoins-experts de la défense. Daniel Soulez Larivière, avocat des prévenus (Grande Paroisse, propriétaire des lieux et filiale de Total, et Serge Biechlin, le directeur de l'usine au moment de l'explosion) a en effet fait citer onze témoins-experts (détoniciens, acousticiens, sismologues…) pour contester les conclusions de l'expertise judiciaire. 

Le 5 et le 8 décembre 2011, Michel Lefebvre, professeur de chimie appliquée à l'Ecole royale militaire de Bruxelles et expert-témoins clé de la défense, avait souligné qu'aucun prélèvement n'avait permis de trouver le produit incriminé. Selon lui, la piste chimique de l'explosion ne repose sur "aucun indice direct".

Une prise de position qui fait grincer des dents les parties civiles s'offusquant que la défense remette en cause la thèse des experts judiciaires sans avoir de thèse alternative sur les raisons de l'explosion. Des juristes proches du dossier estiment à plusieurs millions d'euros le coût des expertises commandées par la défense, qui a fait procéder à des reconstitutions de l'explosion dans des pays étrangers.

2 - Total et Thierry Desmarest sur le banc des prévenus

AZF en chiffres
- 31morts, 2 500 blessés, 27 000 logements sinistrés
- 2350 parties civiles pour le procès en appel, 180 témoins
- coût du procès en appel: 1,5 million d’euros (1,6 million pour le premier procès)
- Total a déjà versé 2 milliards d'euros aux victimes
Le 9 novembre, Total et son ex patron Thierry Desmarest ont été cités à comparaître au titre de prévenus, une décision de la Cour très attendue par les parties civiles. Plusieurs d'entre elles avaient saisi celle-ci demandant que l'entreprise et l'ancien patron soient jugés aux côtés de Serge Biechlin et de Grande Paroisse, poursuivis pour homicides involontaires et relaxés au bénéfice du doute. En première instance en 2009, cette citation directe de Total avait été jugée irrecevable. Le groupe pétrolier et son ancien patron avaient comparu au titre de "prévenus virtuels", selon les termes de leur avocat Jean Veil, avant d'être mis officiellement hors de cause. La cour d'appel ne décidera cependant qu'à la fin du procès si cette qualité de prévenus est, ou non, retenue.

Interrogé le 15 novembre sur les responsabilités de Total avant et après l'accident, Thierry Desmarest a assuré n'avoir jamais refusé les investissements dans la sécurité de l'usine. L'avocate de l'association "Victimes endeuillées", Stella Bisseuil, avait évoqué des "économies faites sur la sécurité" et émis l'idée que Total ait voulu "se débarrasser de sa branche engrais chimiques récupérée lors de la fusion avec Elf Aquitaine en 1999". L'ex-patron de Total sera à nouveau convoqué le 7 février prochain lors de l'audience consacrée à la commission d'enquête interne créé par Total puis le 21 février, dernier jour des débats avant les plaidoiries.

3 - La piste criminelle négligée selon l'ancien juge anti-terroriste Jean-Louis Bruguière
Appelé le 20 décembre à la barre par d'anciens salariés comme témoin afin d'évoquer un rapport de début 2011 dans lequel il estimait que la piste criminelle avait été sous-estimée, Jean-Louis Bruguière a dénoncé "les lacunes et les négligences" qui ont entouré l'enquête et l'instruction. Selon l'ancien juge antiterroriste, ces dernières n'auraient pas permis d'étudier sérieusement la piste d'une origine criminelle. Cette dernière avait été écartée en première instance en 2009. Une thèse pourtant soutenue par l'association des anciens salariés "Mémoire et Solidarité" (accusée du coup par les autres associations d'être utilisée par Total) qui a recensé de nombreux témoignages s'écartant de la piste officielle. Cette dernière avait été nourrie par une note des renseignements généraux faisant état de relations entre une des victimes, Hassan Jandoubi, un manutentionnaire d'AZF, avec des islamistes.

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