Quotidien des Usines

AZF, deux ans après...

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Les entreprises citées

En partenariat avec Industrie Explorer

Deux ans après l'explosion sur le site AZF-Grande Paroisse, alors que le chantier de démolition de la célèbre tour rouge et blanche vient tout juste d'être engagé, la chimie toulousaine cherche encore sa voie et les pistes pour une ré-industrialisation du site se dessinent à peine.

Sur le terrain, les bulldozers sont à pied d'œuvre. Il faudra attendre la fin du mois de septembre pour que la tour de granulation, symbole de Total et de sa filiale AZF-Grande Paroisse à Toulouse (Haute-Garonne), qui domine de ses 98 mètres le site dévasté par l'explosion du 21 septembre 2001, disparaisse enfin du paysage. Un chantier spectaculaire qui devrait marquer une accélération dans le processus de déconstruction.

Dès le 11 avril 2002, sept mois après l'explosion qui avait fait 30 morts, plus de 8 000 blessés, touchant à des degrés divers 53 000 logements et 5 000 entreprises, dont de nombreux commerces, Total annonçait la fermeture définitive du site toulousain et mettait sur pied les grandes lignes d'un plan social pour les 470 salariés de l'entreprise.

Dans la foulée, la SNPE, privée d'une partie de ses activités par décision ministérielle, décidait à son tour de supprimer 402 emplois. Le site toulousain, où 200 salariés ont été maintenus, a été rebaptisé Isochem au 1er juillet dernier.

Les chantiers de déconstruction

Total a engagé très vite 35 millions d'euros pour faire table rase du passé : le prix de la déconstruction de son site industriel. D'ici à la mi-2004, les 70 hectares du site seront mis à nu pour laisser la place aux entreprises de dépollution.

Une douzaine d'entreprises, dont 5 anciens sous-traitants se sont partagées le marché. Au total, ce démantèlement doit faire travailler une centaine de personnes sur le site, sans compter la trentaine d'emplois d'AZF rattachée au projet. Plus de 70 000 tonnes de gravats ont déjà été évacuées du site.

Après cette phase de déconstruction, qui devrait être achevée pour mi-2004, la dépollution des sols pourrait être engagée. La durée de cette nouvelle étape dépendra en revanche du niveau de dépollution requis, subordonné étroitement à la destination prochaine des terrain. Or, pour l'heure, aucune décision n'est encore prise.

La poursuite d'activités industrielles dépend à la fois de la vocation que donnera le futur Plan local d'urbanisme (PLU) à ce site classé en partie en zone inondable et aux éléments des analyses sur les niveaux de pollution des sols.

Une réflexion a été engagée avec les collectivités locales pour envisager l'avenir de ces terrains. « On met tout en œuvre pour retrouver au plus vite une utilisation, mais la moitié des terrains sont en zone inondable et seront probablement aménagés en espace vert » précise Patrick Timbart, délégué régional de Total à Toulouse.

Quoi qu'il en soit, au 31 décembre 2004, les derniers salariés de Total devraient quitter le site.

Quant à l'environnement proche du site, il aura également fallu près de deux ans pour engager les chantiers de nettoyage, du fait de la longueur des procédures. De chaque côté de la rocade, c'est encore un paysage de désolation.

Ainsi, pour l'Afpa, une expertise d'un an et demi a été nécessaire pour juger des dommages subis, permettant une consultation d'entreprises en février 2003 et un lancement du chantier de démolition seulement en juin dernier. Mais, pour une réinstallation du site, cela dépendra du plan d'occupation des sols. En attendant, la formation des stagiaires se poursuit dans d'autres locaux de l'association, mais aussi chez quelques partenaires, dont la Ville de Toulouse.

Les travaux de déconstruction de l'Ensiacet (Ecole Nationale Supérieure d'Ingénieurs en Art Chimique et Technologique) ont également été engagés en juillet. Le transfert de l'école d'ingénieurs est en revanche programmé sur Labège, dans le Sud-Est de l'agglomération, pour 2006.

De son côté, le garage de la Semvat est logé provisoirement sur des terrains de Giat Industries, loués au syndicat mixte des transports en commun. La Semvat devrait réintégrer son site début 2005. Une étude pour la reconstruction est en cours.

Si de nombreux chantiers ont été engagés et terminés dans la remise en état de nombreux établissements scolaires, la reconstruction du lycée Galliéni et du collège Stendhal sont encore au stade de la programmation.

Le magasin Darty, entièrement détruit par l'explosion vient enfin d'obtenir les autorisation pour sa reconstruction à Portet-sur-Garonne. Malgré cette fermeture prolongée, aucun licenciement n'a été prononcé. Les 75 salariés ont intégré plusieurs magasins dans tout le Grand Ouest.

Du côté des PMI, plusieurs anciens voisins du site chimique ont préféré se relocaliser à bonne distance du site, tel Prosim, réinstallé à Labège (Haute-Garonne), l'usine textile Boyé, qui a quitté l'agglomération toulousaine pour la commune de Vernet, le sous-traitant de mécanique Sermi, qui a choisi Colomiers ou encore la société de biotechnologies Lallemand, dont les bureaux et laboratoires de recherche sont maintenant à Blagnac.

Chimie fine et biotechnologies : des pistes pour l'avenir

Du côté de la direction du groupe Total, Patrick Timbardt insiste sur le chemin déjà parcouru : « Sur les 90 000 dossiers d'assurance ouverts, 92 % sont clos, et sur les 1,8 milliard d'euros de dégâts reconnus, hors site d'AZF, 1,4 milliard ont été réglés ». Grâce à une mobilisation exceptionnelle des collectivités locales, de l'Etat et des organisations professionnelles, au final, très peu de fermetures d'entreprises ont été enregistrées.

Parallèlement au plan social mis en œuvre pour les salariés du site, la direction du groupe s'est engagé sur des mesures d'accompagnement pour l'ensemble du bassin d'emplois, sur la base de 1 000 emplois à créer d'ici fin 2005. Fin août, 28 dossiers de création ou de développement ont d'ores et déjà pu bénéficier de ce dispositif, avec à la clef la création attendue de 534 emplois. A ce premier bilan, doit s'ajouter les 40 emplois liés à l'implantation d'une unité de panneaux solaires de Total Energie sur la commune de Cugnaux et les 120 emplois prévus dans le cadre de la signature d'un contrat, en juillet dernier, avec Cap Gemini Ernst & Young pour l'exploitation, à partir de Toulouse, de systèmes d'information de la direction générale du raffinage et du marketing du groupe Total.

Le groupe Total a par ailleurs soutenu la création à Toulouse d'un Institut pour la Culture de Sécurité Industrielle (ICSI). Présidé par Philippe Essig, coordinateur et rapporteur de la synthèse du débat national instauré sur les risques industrielles pendant l'hiver 2001, l'ICSI a été mis en place en juillet dernier. La structure associe à la fois les milieux industriels et universitaires, des organismes institutionnels et privés et des représentants de la société civile. Unique en Europe, cet institut a une triple vocation, d'actions de recherche dans les domaines techniques et sociaux, de formation des acteurs de la sécurité industrielle, et de sensibilisation de la société sur cette problématique.

De son côté, le groupe SNPE vient d'investir 70 millions d'euros dans sa filiale toulousaine Isochem. La direction de la SNPE a décidé de favoriser la création sur son site toulousain d'une plate-forme chimie fine autour de ce site. Les productions sans phosgène de chimie pharmaceutique, de durcisseurs de verres de lunettes et une partie de l'agrochimie ont ainsi pu redémarrer.

L'heure est au changement, adieu la chimie lourde, bonjour la chimie fine. Cette réorganisation de la production chez la SNPE ouvre une nouvelle ère pour la plate-forme chimique de Toulouse et correspond bien à la volonté des élus de changer de cap et d'engager une diversification industrielle en direction à la fois de la chiie fine, de la santé et des biotechnologies.

A l'occasion du Ciadt (Comité interministériel d'aménagement et de développement du territoire) du 13 décembre dernier, ce souhait à été entendu par le gouvernement qui s'est engagé à soutenir cette diversification, notamment en renforçant le potentiel scientifique de la Ville en matière de biotechnologies avec l'implantation du Centre national de ressources génomiques Végétales sur le site toulousain de l'Inra et en accompagnant le pôle de neurosciences coordonné par l'Inserm. La reconnaissance dernièrement d'une Cancéropôle du Grand Sud-Ouest, avec un siège à Toulouse, va également dans la même direction.

D'autres initiatives locales pourraient encore être soutenues à l'avenir à condition d'en préciser les contours, notamment la création à Toulouse d'un Institut des Technologies Avancées des Sciences du Vivant, en cours de définition, et la mise en œuvre d'une Cité des Biotechnologies, dans laquelle se regrouperaient tous les acteurs locaux de cette filière en émergence.

Marina ANGEL

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