[Avis d'expert] Pourquoi l'industrie va-t-elle continuer à faire rêver les jeunes?

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Tribune

Pourquoi l'industrie va-t-elle continuer à faire rêver les jeunes?
Avec l'arrivée de la jeune génération l'industrie change.
© Pascal Guittet - L'Usine Nouvelle

Associer l’industrie au rêve relève d’un oxymore. En France, son image a été longtemps dépréciée, associée aux temps modernes, au travail pénible et à des métiers peu valorisants. À l’opposé du tertiaire et de l’univers d’internet, il se dégage de l’industrie une image ni noble, ni attractive. Pourtant, à l’image du monde, l’industrie change. Dopée par de jeunes générations porteuses d’aspirations et d’exigences nouvelles, elle se transforme et repense progressivement son environnement de travail pour entrer de plein fouet dans l’ère du digital.

Le nouveau visage de l’industrie

C’est un biais culturel français : l’industrie continue de souffrir d’une image d’Epinal longtemps cultivée - et pourtant complètement dépassée. Comme si la France n’était vouée qu’aux métiers nobles de la conception, et non ceux, davantage manuels, de la transformation, nous avons cru pouvoir conserver une industrie sans usine. Une industrie faite de têtes pensantes, mais exempte d’ouvriers que nous sommes allés chercher plus loin, à plus bas prix.

Cette sacralisation de l’intellect et ce frein culturel qui a tendance à dévaloriser l’apprentissage proviennent d’une approche de l’éducation qui, encore aujourd’hui, révèle à quel point le pays a du mal à considérer que l’on puisse s’épanouir dans des métiers autres que ceux du service.

Or, comme d’autres secteurs l’ont fait avant elle, l’industrie se transforme en se digitalisant. D’une part, elle se robotise, automatise ainsi les tâches à faible valeur ajoutée, privilégie l’intelligence humaine et la mixité en rassemblant différents postes et profils autour d’un projet commun. D’autre part, elle continue de s’appuyer sur un socle de valeurs historiques qui font la part belle à la responsabilisation, la création collective, la solidarité et l’esprit de groupe, et replace le rapport humain au cœur de l’identité du secteur.

Dans cette lignée, les entreprises ne peuvent échapper à un projet managérial participatif : le management doit être en phase avec cette évolution et, pour cela, laisser le champ libre aux opérateurs. La transformation doit venir du terrain, et correspondre aux nouveaux enjeux d’un monde digital, friand d’agilité et de réactivité, à même d’enthousiasmer les jeunes générations.

De Germinal à la "great place to work"

À la croisée d’une industrie en pleine transformation, se trouve une jeune génération de travailleurs extrêmement différente de celles qui l’ont précédée. Engagée, parfois même militante, elle montre des connaissances et une maturité sur le monde que ses parents, plongés dans des schémas idéologiques, n’avaient pas.

Naturellement, c’est une génération qui porte davantage d’attentes sur son environnement de travail que ses aînés. Cela se manifeste par un intérêt fort pour les valeurs, la stratégie de croissance ou le positionnement de l’entreprise sur son marché, et ce, dès l’entretien d’embauche. C’est une génération qui souhaite aller au-delà des poncifs, qui cherche à donner du sens à son activité, à s’ancrer dans un véritable projet. Une génération qui n’est pas seulement à la recherche d’un job, mais d’un job compatible avec ses valeurs et sa vision. Ces nouvelles aspirations, qui vont au-delà du salaire, correspondent à la recherche du "great place to work", un idéal professionnel offrant à ses salariés l’autonomie, les responsabilités, la créativité, un équilibre entre exigence et bienveillance et, in fine, une forme d’accomplissement.

Comment la jeunesse donne un second souffle à l’industrie

En cela, l’industrie offre un terrain d’engagement extrêmement fertile pour cette génération en quête de sens. En pleine mutation, elle ouvre le champ des possibles et place de nombreux espoirs en ces nouvelles voix qui lui permettent d’être en phase avec les exigences de demain. À commencer par le premier défi qu’elle doit affronter : sa responsabilité dans le dérèglement climatique.

Exit l’industrie à la Germinal : en investissant le secteur, cette jeunesse à la fois exigeante et réaliste pousse ses aînés à donner du sens, à dépasser le seul critère économique et à basculer dans un rôle social. Ses aspirations, son besoin d’être fier de son entreprise, de défendre des valeurs communes, concrètes et utiles, pousse ses employeurs à se remettre en question, à se défaire des enseignements que leur formation ou leur éducation leur a inculqués, quitte à sortir du cadre et à se saisir de sujets sociétaux, à reconnecter avec un idéal oublié dans le fil de la vie active… et, peut-être même, à rêver de nouveau.

La désindustrialisation a été délétère du point de vue de la cohésion sociale. Les gilets jaunes en sont la poussée de fièvre, symptomatique de la destruction du tissu économique local. Or, aujourd’hui, l’industrie est face à de nombreux défis. Qu’ils soient économiques, humains, climatiques ou sociaux, ils s’inscrivent dans une fierté montante du patrimoine industriel, dans une volonté croissante de consommer local, de voir renaître une industrie française plus forte, plus précautionneuse de nos ressources et plus en phase avec l’évolution du monde. Une transformation de l’industrie qui ne pourra se faire sans compter dans son cortège les acteurs stratégiques de la jeune génération.

 

Boris Lombard, Président de KSB SAS - Grand mécène de l’Usine Extraordinaire à Marseille

Les avis d'experts et points de vue sont publiés sous la responsabilité de leurs auteurs et n’engagent en rien la rédaction de L'Usine Nouvelle.

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