Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

L'Usine Santé

[Avis d'expert ] "Pourquoi l’Europe doute-elle du Glyphosate ?", accuse Jean-François Proust, animateur du Forum Phyto

Gaëlle Fleitour , , ,

Publié le , mis à jour le 15/03/2017 À 19H12

Tribune A l'échelle européenne, l’autorisation du glyphosate, présent notamment dans le pesticide Round-Up, se trouve en suspens. Et cette molécule a suscité bien des remous politiques cette semaine dans l'Hexagone, où elle semble condamnée à court ou moyen terme. Au grand regret de Jean-François Proust, ingénieur agronome, ex INRA, animateur du Forum Phyto.

[Avis d'expert ] Pourquoi l’Europe doute-elle du Glyphosate ?, accuse Jean-François Proust, animateur du Forum Phyto

Fin janvier, Bruxelles a jugé recevable l’initiative citoyenne ban Glyphosate, soutenue par Greenpeace, qui veut faire interdire le glyphosate au sein de l’UE. L’Europe est de nouveau mise au pied de ses responsabilités. Une personne ingénue débarquant serait totalement affolée si on lui présentait en détail cet imbroglio hors du commun qui implique ONG, industriels, institutions et opinion publique. Comment se fait-il que cet herbicide soit devenu tout d’un coup un tel sujet de polémique, sachant qu’il était présent sur le marché depuis plus de quarante ans, sans qu’on ait constaté le moindre problème, et ce, malgré des milliers d’études?

L’intervention opportune du CIRC, organisme dépendant de l’OMS

Le CIRC (Centre International de Recherche sur le Cancer) est intervenu opportunément en mars 2015. En effet, cet organisme dépendant de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), basé à Lyon, a fait les gros titres de la presse en affirmant que le glyphosate était cancérogène. Toutes les autres agences de sécurité sanitaire - l’EPA, l’EFSA, et même l’OMS - avaient affirmé l’innocuité de cet herbicide utilisé aux doses préconisées (1). Bien qu’il soit totalement isolé et ne soit corroboré par aucune autre agence sanitaire, le rapport du CIRC a fait grand bruit.

Comme l’a souligné l'agronome et expert André Heitz, l’étude est biaisée du fait qu’elle ne fait pas de distinction entre risques et dangers, et qu’elle « a conclu sur la base de doses de Glyphosate absolument invraisemblables ! La dose limite citée, rapportée à l’Homme, c’est quasiment un décilitre de Roundup prêt à l’emploi pour un adulte ! ». Ensuite, on peut s’interroger sur l’intégrité même du CIRC qui, pour l’occasion, a invité Christopher Portier, un activiste qui se bat depuis des années contre le glyphosate, en ne signalant la présence de celui-ci qu’a posteriori.

Le processus de décision patine

Malgré les nombreuses critiques reçues, cette étude a bloqué politiquement le processus de validation par l’UE. Le lobbyiste européen Daniel Guéguen, revenant sur l’affaire des perturbateurs endocriniens a parlé de « L’Everest de la mauvaise gouvernance européenne »: « Peut-on imaginer un tel chaos du début à la fin de la chaîne de commandement ! Gestion par la Commission d’un dossier sensible, application du principe de précaution, neutralité des agences, relations ONG/industries, alignement de la législation secondaire. » Or, pendant que le processus de décision patine, c’est tout le système qui est grippé. On observe une dislocation de celui-ci en temps réel puisque chaque Etat Membre est désormais livré à lui-même. La non-prise de décision par l’UE laisse tout le monde dans le doute et l’indécision.

Les agriculteurs et consommateurs, premières victimes de ce blocage

Or les conséquences sont terribles pour une molécule stratégique comme le glyphosate, première substance désherbante au niveau mondial et qui permet une pratique respectueuse du sol. Malgré ces enjeux pour l’agriculture, la validation est repoussée au deuxième semestre 2017. En attendant, on interdit la substance petit bout par petit bout, comme, par exemple, l’interdiction du Glyphosate pour les particuliers dans certains Etats Membres, ou pour son usage comme accélérateur de maturité, tel qu’il est utilisé dans les pays du nord de l’Europe.

Les premières victimes sont les agriculteurs, qui se retrouvent dans la plus grande expectative. Ensuite, les consommateurs, sans en avoir conscience, vont être également touchés : ils payeront de leurs poches le recours à d’autres désherbants et les coûts augmentés du fait des baisses de productivité. Les autres désherbants sont plus chers, et/ou moins efficaces, et/ou plus dangereux pour la santé comme pour l’environnement. Quant aux produits « alter » tels que le sel de cuisine, le vinaigre ou encore les purins d’angélique et d’ortie, s’ils ne posent pas de problème insurmontable sur de très petites surfaces, relèvent de la mauvaise plaisanterie dès qu’on parle de surfaces de plus d’une dizaine d’ares….

Il serait donc souhaitable que l’UE revienne un peu à la raison et s’appuyer sur la science et consulter une ultime fois, le collège des experts et leurs pléthores d’études factuelles. La DG Santé pourrait, par exemple, s’appuyer sur l’avis récent de l’ECHA, cité au début, pour affirmer enfin son autorité et se conformer aux avis de ses propres agences d’évaluation.

Jean-François Proust, ingénieur agronome, ex INRA, est animateur du Forum Phyto, une association 1901 de la filière Fruits et légumes engagée sur la question de la protection phytosanitaire. L’UIPP (Association des fabricants de produits phytosanitaires) fait partie de ses partenaires. Mais, que ce soit personnellement ou pour son organisation, il ne déclare aucun conflit d’intérêt financier avec les firmes concernées.

 


1- « Le glyphosate ne pose vraisemblablement pas de risque cancérogène [unlikely to pose a carcinogenic risk] pour l’Homme par l’exposition par l’alimentation » Compte-rendu de la réunion conjointe sur les Résidus de Pesticides (JMPR), tenue du 9 au 13 mai 2016, de l’OMS et de la FAO.

 

Réagir à cet article

1 commentaire

Nom profil

30/05/2017 - 02h18 -

Bonjour, Je ne comprends pas cet article. Enfin, plus exactement je très clairement tout et son contraire. Cela m'engage dans le souhait de plus de précaution puisque même la communauté scientifique ne sait porter un message clair et sans équivoque. Il semblerait donc tout à fait pertinent de poursuivre la recherche sur les substances chimiques mais urgent de trouver une trajectoire de développement agricole sans eux en attendant que preuve soit faite de leur bénéfice. Par ailleurs, l'impact que ceux-ci ont progressivement engendré sur le modèle agricole et sur l'environnement plaide également dans le sens d'un changement de trajectoire. Ils mettent la société en situation de risque ce qui n'est pas plus viable que dans d'autres secteurs (ex : énergie, défense...). De nouveaux courants émergeants semble donner par ailleurs des résultats probants ! Bonne journée à tous,
Répondre au commentaire
Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle