[Avis d'expert] Neutralité carbone et compétitivité de la France, ou comment faire fausse route avec le "tout électrique"

Pour Claude Cham, la course précipitée vers le "tout électrique" est une erreur pour l’environnement et l'industrie automobile de notre pays. Après la présentation par l’Europe d'une nouvelle trajectoire de réduction des émissions CO2, le président d’honneur de la FIEV (Fédération des industries des équipements pour véhicules) appelle à un investissement plus audacieux dans les mobilités made in France.

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[Avis d'expert] Neutralité carbone et compétitivité de la France, ou comment faire fausse route avec le
Claude Cham, président d'honneur de la FIEV

La Chine, la voiture électrique et la compétitivité du site France… Les lignes bougent! À l’échelon national (loi de transition énergétique pour la croissance verte, loi d’orientation des mobilités) comme au niveau européen (Green Deal, Norme Euro 7) on assiste à une accélération des réglementations, pour favoriser la transition vers une société bas carbone à l’horizon 2050.

Qui pourrait le contester? Le défi environnemental est planétaire et chacun dispose bien entendu d’une parcelle de pouvoir dans l’écriture de notre futur collectif. L’enjeu des mobilités est bien entendu au cœur d’un tel mouvement, dominé, dans le secteur automobile, par la primauté donnée à la filière électrique.

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La Chine en situation d'exploiter son réservoir de croissance

Et là, disons-le clairement: si l’on adhère à la fin, on s’interroge sur les moyens, fidèle aux vertus de "l’étonnement" cher à Aristote. Vingt-quatre siècles plus tard, et même si les "voitures" ont bien changé depuis, on "s’étonne" donc de ce formidable cadeau que nous nous apprêtons à faire à nos (redoutables) amis chinois…

Dès 2016, ceux-ci ont pris appui sur l’innovation de rupture que constitue l’électrique, pour renforcer leur position. En réservant ses aides aux marques nationales, le gouvernement chinois a ainsi contraint les constructeurs étrangers à s’associer avec des acteurs locaux, faisant bénéficier ces derniers de précieux apports technologiques.

Aujourd’hui, la Chine est en situation d’exploiter au mieux son immense réservoir de croissance. Un rappel statistique: l’équipement automobile y atteint 118 véhicules pour 1000 habitants. Dans l’hypothèse d’un simple doublement de ce taux d’équipement et pouvant compter sur une expansion soutenue de son marché intérieur, l’Empire Céleste amortira sans souci ses propres charges de structure. L’art de mettre sur orbite, le plus puissant de ses concurrents…

Si les Etats-Unis, voire l’Allemagne, ont les moyens d’assumer le rapport de forces, la France n’est pas (n’est plus) un leader technologique disposant éventuellement des mêmes arguments. La Chine, premier fabricant mondial de batteries, a donc toutes les raisons de se réjouir de cette évolution en marche…

La France aurait plutôt intérêt à miser sur ses propres atouts, en affirmant un rôle pionnier comme, historiquement, elle a déjà su le faire.

Claude Cham

La France aurait plutôt intérêt à miser sur ses propres atouts, en affirmant un rôle pionnier comme, historiquement, elle a déjà su le faire. L’avenir, dans le champ des déplacements, ce sont les data, l’électronique et l’informatique. Notre pays, sur une superficie relativement restreinte, concentre une somme magnifique de "cas de figure" distincts, où se côtoient grandes agglomérations, zones péri-urbaines et espaces ruraux. Un choix stratégique conquérant pourrait donc consister à faire de l’Hexagone une sorte de "laboratoire" mondial, dédié à la mobilité de demain. En "mettant le paquet" sur l’Intelligence artificielle et sur les ordinateurs quantiques, nous pourrions faire émerger de nouvelles normes au lieu de devoir nous soumettre à celles qu’on nous imposera, si nous n’y prenons garde.

Avec humilité mais avec conviction, nous exprimons donc ici un doute. Un double doute.

Sur le plan écologique, d’abord, privilégier une réponse "monolithique" en faveur de l’électrique ne nous semble pas satisfaisant: le défi de la mobilité appelle autre chose qu’une solution unique. Le débouché devrait donc être multimodal, mobilisant des leviers divers qui s’appellent, par exemple, hydrogène ou bio-carburants, etc.

Sur le plan industriel, non plus, le compte n’y est pas

Car ce qui se dessine, à l’horizon 2030, est la disparition programmée, en France, du moteur à combustion. Avec un impact économique et social dont nul ne doit sous-estimer l’intensité puisque, soyons-en conscients, les plans stratégiques des équipementiers s’écrivent aujourd’hui, de façon irréversible.

L’enjeu de la compétitivité du site France est donc bien au cœur de cette réflexion. Et, on le sait, cela a un prix. L’impératif est donc bien de mobiliser, dès à présent, les moyens indispensables. La remarque n’a rien de trivial : ce qu’elle désigne, ce sont des emplois, des innovations structurantes, des choix industriels forts et, plus largement, l’image de notre pays à travers ce vecteur universel de liberté que représentent les mobilités.

Osons une proposition. A l’heure actuelle, la contribution de "la route" au budget annuel de l’État s’élève à 34 milliards d’euros. Pourquoi ne pas en affecter une part, 10 milliards par exemple, qui permettraient d’accélérer la conversion de notre filière et d’atteindre la neutralité carbone tout en affirmant la singularité de "l’attractivité française".

Audacieux? Aristote, encore lui: "Le courage est la première des qualités humaines, car elle garantit toutes les autres".

Par Claude Cham, président d’honneur de la FIEV (Fédération des Industries des Équipements pour Véhicules)

Les avis d'experts sont publiés sous l'entière responsabilité de leurs auteurs et n'engagent en rien la rédaction de L'Usine Nouvelle.

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