[Avis d'expert] Les plans batteries vont-ils permettre à l’Europe de rattraper son retard ?

L’Europe, et la France en particulier, ont accumulé un retard considérable dans la maîtrise des technologies liées aux batteries. Conscients de ce retard, les pouvoirs publics ont débloqué des budgets importants pour stimuler l’émergence d’une industrie performante dans ce secteur…. Pour quels résultats ? Se demande Renaud Poulard, directeur associé en venture chez Omnes.

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[Avis d'expert] Les plans batteries vont-ils permettre à l’Europe de rattraper son retard ?
L’innovation n’est pas dernière nous et il est encore possible de rattraper le retard, estime Renaud Poulard, directeur associé en venture chez Omnes.

Depuis quelques mois, plusieurs usines d’assemblage de batteries ont ouvert leurs portes en Europe et de nombreux projets de gigafactories sont dans les cartons sous l’impulsion des politiques publiques. Est-ce le signe d’un réveil de l’Europe sur ce secteur stratégique ? Avec une part de marché de seulement 1% dans la production de cellules lithium-ion, peut-on espérer que l’Europe, et la France en particulier, rattrapent le retard considérable accumulé ces dernières années ?

On ne peut que se féliciter de l’ouverture d’usines d’assemblage de batteries en Europe. C’est évidemment directement créateur d’emplois et surtout c’est un élément critique pour tout constructeur automobile. La batterie représente jusqu’à 40% du coût d’un véhicule électrique. Ne pas avoir de fabricants de batteries proches des lieux de production des véhicules conduit indéniablement à un désavantage compétitif pour les constructeurs automobiles.

Les plans batteries leurs permettent donc de sécuriser leurs approvisionnements et de faire perdurer le modèle de constructeurs-équipementiers qui a montré son efficacité. Les plans de soutien à la filière batterie sont en fait et avant tout des plans de soutien à la filière automobile permettant aux constructeurs européens de gérer leur transition vers le véhicule électrique en préservant leur part de marché.

Leadership de l'Europe ?

Mais ces plans vont-ils permettre d’assurer à l’Europe un leadership sur la filière batterie ? Rien n’est moins sûr. L’exemple de l’évolution de l’industrie de semi-conducteurs en Europe sur les 30 dernières années devrait nous éclairer. En effet, la production de semiconducteurs - comme celle des batteries - est "capex" intensive, cyclique, avec une pression sur les prix extrême. L’Europe, et en particulier la France, a toujours eu de nombreux atouts à faire valoir (des infrastructures performantes, du personnel qualifié, etc.) tout comme dans l’industrie des batteries.

Mais aussi des désavantages assumés qui font partie de notre modèle (le coût et la flexibilité de la main d’œuvre, les réglementations environnementales, etc.). Force est de constater qu’aujourd’hui, Il n’existe plus de fabricants de semi-conducteurs généralistes en Europe. Quid alors de la compétitivité dans le temps des usines d’assemblage de batteries en Europe, ou en tout cas en France ? La prochaine génération d’usines restera elle en France ?

Exemple des semi-conducteurs

Il existe encore quelques entreprises de semi-conducteurs européennes performantes. Elles sont focalisées sur des secteurs particuliers et elles tirent leurs avantages d’investissements massifs en R&D qui se traduisent notamment par des procédés de fabrication très compétitifs, voire quasi-exclusifs. C‘est probablement sur cet aspect que les plans batteries posent le plus de questions. D’après l’étude récente de l’OEB sur les dépôts de brevets dans le secteur des batteries, entre 2000 et 2018, la France a déposé 1 354 brevets. l’Allemagne, 5 080 brevets, soit presque quatre fois plus.

N’osons même pas une comparaison entre l’Europe et l’Asie. Ce constat traduit la faiblesse de la R&D en Europe. Se focaliser exclusivement sur les aspects production ne suffit pas. Il faut aussi des investissements significatifs en R&D - avec ses risques associés -, des initiatives entrepreneuriales - avec ses risques associés -, de la recherche fondamentale avec un mix de financement privé/public - avec ses risques associés. Bref… Beaucoup de risques. Et face au retard européen accumulé, il faut maintenant assumer les prises de risques pour développer une position de leader technologique durable.

C’est a priori la direction donnée par le dernier plan batteries annoncé début 2021 par la Commission européenne. Il a pour ambition de couvrir cette fois-ci l’ensemble la chaîne de valeur et, autre point important, d’y associer des entreprises de toute taille ce qui est très bénéfique pour faire émerger un écosystème (on notera qu’une seule entreprise participante est française). Cette chaîne de valeur est très large et offre encore beaucoup d’opportunités d’amélioration. L’innovation n’est pas dernière nous et il est encore possible de rattraper le retard !

Par Renaud Poulard, directeur associé en venture chez Omnes

Les avis d'experts sont publiés sous l'entière responsabilité de leurs auteurs et n'engagent en rien la rédaction de L'Usine Nouvelle.

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