[Avis d'expert] Les légumes bio oui, le plastique recyclé... bof?

Alors que toujours plus de Français se réclament d’une consommation responsable, les produits en matières recyclées ne remportent pas toujours leur adhésion… Même si nous, industriels de la filière régénération, nous engageons, ce sont les choix des consommateurs et donneurs d’ordre qui restent décisifs. Et si nos matières manquent d’amour, c’est qu’elles manquent d’image. Une tribune de Luc Peyrard, directeur général de C2P.

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[Avis d'expert] Les légumes bio oui, le plastique recyclé... bof?
Plus que de matières, les recycleurs de plastiques manquent de débouchés. Photo: Compound de polypropylène recyclé par C2P (groupe Recylex)

Chacun se dit mobilisé en faveur de la très légitime réduction de ses déchets ou de son empreinte carbone. Le produit bio, le circuit court, la saisonnalité, l’écoconçu ou le recyclable ont les faveurs du public mais tous les produits ne sont pas logés à la même enseigne. Quoique les produits réalisés à partir de matières recyclés répondent à ces nouveaux critères de vertu, ils souffrent d’un déficit de notoriété et de confiance. Paradoxe d’une opinion qui trouve plus de charme à la promesse qu’à l’acte, en préférant le recyclable au recyclé... Les niches sont rares où ce dernier a la préférence.

Le pouvoir de l’achat

Personne ne demande jamais la part du recyclé dans le parechoc du dernier SUV, ou celle des matières secondaires dans le câblage électrique du logement neuf. L’un de nos partenaires raconte que ses consommateurs en magasin ne franchissent que très rarement le pas quand on leur propose une fenêtre en matière recyclée : "Bof, je n’ai pas trop confiance sur la qualité et puis je pensais que ce serait moins cher que du neuf". Ces deux idées reçues résument la mollesse de la demande… sans laquelle il ne peut avoir de filière pérenne. Le pouvoir de l’achat – je choisis une filière vertueuse – cède le pas au pouvoir d’achat – à prix égal, je veux celui que je considère comme neuf.

Chasser les idées reçues et gagner la confiance

Il nous faut renverser ces préjugés sur les produits fabriqués avec des matières recyclées. Oui, ce sont aussi des produits neufs. Oui, la qualité est la même. Si vous pensez le contraire, nous vous invitons à comprendre que c’est affaire de perception. Non, ces produits ne sont pas forcément moins chers, car recycler c’est collecter, trier et transformer des déchets hétérogènes pour obtenir des matières standardisées. C’est un process durable, mais complexe et onéreux. En produisant du recyclé, on est au cœur de l’écologie industrielle, au cœur d’une mutation essentielle et nécessaire de nos économies.

Nous sommes les régénérateurs. Nous élaborons nos MPR (matières premières de recyclage ou matières premières régénérées) à partir des déchets des ménages, de l’agriculture, de la construction, de l’industrie et du tertiaire. Leur production demande jusqu’à neuf fois moins d’énergies non-renouvelables qu’une matière vierge, pour une qualité équivalente. Elle émet entre 3 et 17 fois moins de CO2.

C’est invisible. C’est inaudible. Ni le consommateur final, ni la direction des achats, ni les commerciaux, ni le service marketing de nos clients n’en ont conscience. Là aussi, on est en quête d’un cercle vertueux : tant que les professionnels des matières recyclées ne se sentent ni écoutés ni désirés, ils parlent bas, ils parlent technique, ils parlent à d’autres professionnels… de peur d’effrayer le chaland.

L’incitation, ça marche

En 2018, C2P et ses pairs industriels ont produit 436 000 tonnes de MPR, soit 12% de plus que l’année précédente. Nous sommes regroupés au sein du SRP (Syndicat national des Régénérateurs de matières Plastiques). Nous nous y employons à faire préférer nos MPR. C’est affaire d’innovation, d’engagement, de transparence et… de patience.

Au rang des initiatives tangibles, nous avons notamment émis des certificats d’économie carbone, qui ont initié une véritable émulation chez nos clients donneurs d’ordre. Ces certificats, conçus avec l’Ademe et l’ensemble des acteurs de la filière, nous permettent de délivrer à nos acheteurs de MPR les mêmes informations, aux mêmes formats que celles qui émanent des filières de résines vierges. C’est un outil particulièrement incitatif pour les industriels utilisateurs de MPR : ils peuvent ainsi évaluer la réduction de leur propre empreinte carbone et valider ou promouvoir, par la preuve, leurs efforts en matière d’écoconception.

La pression réglementaire est également un atout supplémentaire, par exemple sous la forme des "certifications d’incorporation matière", qui viendront renforcer le rôle croissant des MPR et leur donner plus de visibilité. Ce dispositif est toujours en cours de discussion dans le cadre du projet de loi sur l’économie circulaire. Espérons que nos parlementaires nous suivent et nous soutiennent dans notre engagement. Et gare toutefois à ne pas tomber dans le piège de l’écologie punitive ou forcée, qui ne permet pas de structurer une filière à long terme.

Demain, les MPR devenus un atout commercial

Le “recyclé en France” a de très beaux jours devant lui. La conscience écologique des consommateurs, l’engagement des industriels et celui de l’Etat doivent permettre que le taux de matière recyclée incorporée rejoigne le premier rang des critères de l’achat responsable. C’est sur le terrain de la communication que nous devons porter la bataille, mieux expliquer ce que permettent les MPR, identifier les applications pour lesquelles elles sont une alternative fiable (voire préférable), démocratiser et décomplexer leur utilisation.

Au-delà de ces enjeux, il faut faire entrer dans les esprits que l’économie circulaire ne consiste pas seulement à traiter des déchets mais également à fabriquer de nouveaux produits. Que valoriser ses déchets c’est bien, reconnaître la valeur de ce qu’on en fait, c’est encore mieux !

A nous de faire en sorte que la matière recyclée devienne un véritable argument de vente et de choix du consommateur, pour que demain, entre deux produits, il tranche en faveur de celui qui contient la meilleure proportion de matières recyclées.

Luc Peyrard est directeur général de C2P, société pionnière dans le polypropylène recyclé depuis 1988, adhérent à Allizé-Plasturgie, le syndicat professionnel des acteurs de la filière plasturgie et composites, ainsi qu’au SRP, le Syndicat national des Régénérateurs de matières Plastiques.

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