[Avis d'expert] Les filières à bas niveau d’impact sur l’eau, les grandes oubliées des industries agroalimentaires ?

Pour Delphine Berger, référente pratiques agricoles durables au sein de l’Agence de l’eau Rhin-Meuse, les industries agro-alimentaires ont tout intérêt à proposer aux consommateurs des produits issus des filières à bas niveau d'impact d'eau. 

Partager

TESTEZ GRATUITEMENT L'ABONNEMENT À L'USINE NOUVELLE

15 jours gratuits et sans engagement

[Avis d'expert] Les filières à bas niveau d’impact sur l’eau, les grandes oubliées des industries agroalimentaires ?
Delphine Berger - Référente Pratiques agricoles durables au sein de l’Agence de l’eau Rhin-Meuse

Les tendances alimentaires actuelles se dessinent nettement vers une consommation de produits plus sains, souvent bios et locaux. Les consommateurs sont de plus en plus exigeants dans leur choix de produits alimentaires, regardant de près les méthodes de production ainsi que la provenance et la qualité des ingrédients. La volonté de prendre soin de soi mais aussi de l’environnement et du bien-être animal se traduit par une prise de conscience généralisée. Les industries agroalimentaires ont donc tout intérêt à s’intéresser aux filières éco innovantes car, au-delà d’afficher des valeurs écoresponsables, un enjeu économique de taille se pose : proposer des produits qui répondent aux préoccupations sociétales de leurs clients. Néanmoins, les industries agroalimentaires ne peuvent s’engager dans ce changement sans les producteurs et agriculteurs.

Qu’est-ce qu’une filière à bas niveau d’impact sur les ressources en eau et quels en sont les intérêts ?

Les agriculteurs ont la possibilité de remplacer les cultures impactantes sur l’eau par des cultures à faible niveau d’impact. Une culture à bas niveau d’impact sur la ressource en eau est une culture qui limite l’utilisation des intrants et leurs transferts vers les milieux naturels. Les intrants sont des produits chimiques (fertilisants et pesticides) qui ne sont pas naturellement présents dans les sols mais utilisés par les agriculteurs pour améliorer leurs rendements.

VOS INDICES

source

logo indice & contations

Le contenu des indices est réservé aux abonnés à L’Usine Nouvelle

Je me connecte Je m'abonne

Nous savons aujourd’hui qu’il existe des alternatives respectueuses de l'environnement, qui contournent l’utilisation de ces intrants : allongement des rotations des cultures, diversification des espèces cultivées, désherbage mécanique… Et qui, en plus de préserver la faune et la flore, vont à terme faire économiser de l’argent aux producteurs qui n’utiliseront plus d'intrants. Valoriser ces filières permet d’augmenter les surfaces sans intrants, de faire perdurer l’économie locale et donc de pérenniser la qualité de l’eau sur le long terme.

Pour cela, les industriels de l'agroalimentaire ont un rôle à jouer de premier plan, en donnant l’impulsion et le soutien nécessaire aux agriculteurs pour développer ces filières. Le rôle moteur des acteurs de l’industrie agroalimentaire dans le développement des filières à bas niveau d’impact sur la ressource en eau.

L'agriculture biologique fait partie des filières à bas niveau d'impact sur l'eau

L’agriculture biologique (AB) et les systèmes herbagers font partie des filières à bas niveau d’impact sur l’eau. Les systèmes en AB n’utilisent pas de produits chimiques de synthèse et les systèmes herbagers extensifs disposent de surfaces en herbe particulièrement bénéfiques pour le bien-être animal en plus d’être plus respectueux des ressources en eau ; l’intérêt étant d’élever les animaux dans de bonnes conditions et de les nourrir exclusivement à l’herbe dans le respect de la santé de l’homme.

Prenons l’exemple de la coopérative laitière Alsace Lait, dans le Bas-Rhin, qui représente une belle réussite vers cette transition. Pour répondre à la demande du label Weidemelk, Alsace Lait s’est engagé dans une démarche de production de lait de prairie, sans OGM, donc riche en oméga-3, acide gras plébiscité par les consommateurs. Pour ce faire, la coopérative a mis en place un cahier des charges qui impose une proportion minimale d’herbe dans les rations des animaux et un temps minimum au pâturage impliquant davantage de surfaces herbées. C’est autour de 49 agriculteurs et quelque 400 hectares de prairies et de luzerne que la filière à bas niveau d’impact sur l’eau s’est créée et développée. Ici la filière s’inscrit dans l’élevage du bétail mais les filières à bas niveau d’impact sur l’eau concernent également la biomasse, le textile…

Ce changement opéré par Alsace Lait démontre bien que l’impulsion des acteurs de l'industrie agroalimentaire est essentielle. Ils sont les moteurs de ce type de changements, en réponse aux exigences des consommateurs. L’opportunité économique des filières à bas niveau d’impact sur l’eau est évidente pour l’ensemble des différentes parties prenantes : si nous voulons gagner le combat de l’écologie, il n’est pas nécessaire d’opposer économie et environnement. Les filières à bas niveau d’impact sur l’eau représentent l’avenir de la consommation : préserver l’environnement est une priorité, les consommateurs l’ont bien compris et c’est aux industries agroalimentaires d’être moteur auprès des producteurs agricoles pour opérer ce changement. Sans oublier, les collectivités locales qui ont aussi un rôle à jouer et qui s'engagent de plus en plus dans ce type de démarche pour développer leurs territoires.

*Référentiel international sur le lait de pâturage

Delphine Berger, référente pratiques agricoles durables au sein de l’Agence de l’eau Rhin-Meuse

Les avis d'experts sont publiés sous l'entière responsabilité de leurs auteurs et n'engagent en rien la rédaction de l'Usine Nouvelle.

Partager

SUJETS ASSOCIÉS
LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

ARTICLES LES PLUS LUS