[Avis d'expert] Les chercheur.se.s représentent une force indéniable pour une entreprise

De plus en plus de jeunes chercheur.se.s quittent la recherche académique pour travailler dans le privé, bien que peu choisissent de créer leur société. Les entreprises ont tout à gagner à embaucher des chercheur.se.s, qui montrent pour leur part un engouement croissant pour le monde du privé, estime Renard Ferret lead data scientist au sein de la start-up Onogone.

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[Avis d'expert] Les chercheur.se.s représentent une force indéniable pour une entreprise
Renard Ferret est lead data scientist chez Onogone.

Le rapport gouvernemental sur l’état de l’emploi scientifique en France de 2018 montre une nette baisse de la proportion de jeunes chercheur.se.s désirant poursuivre leur carrière dans la recherche académique, passée de 70 % en 2007 à 49 % en 2013. Dans le même temps, leur part dans les entreprises privées n'a cessé d’augmenter : en 2016, 46 % des docteur.e.s diplômé.e.s en 2013 y travaillaient.

Cette tendance est renforcée par la loi Pacte de 2019 qui permet aux fonctionnaires chercheur.se.s de créer leur propre start-up en parallèle de leur emploi dans un laboratoire public. Cependant, il subsiste encore beaucoup de doutes et de frilosité à l’égard des chercheur.se.s dans le milieu du privé.

Quitter la recherche académique

Beaucoup de jeunes chercheur.se.s quittent l'académie malgré de longues études, souvent à cause de la précarité du milieu : en France en 2016, 33 % des diplômé.e.s en 2013 non-chômeur.se.s étaient en contrat à durée déterminée, contre 10 % des ingénieur.e.s, et une enquête de 2006 de la Commission Européenne montre que le salaire moyen annuel pour zéro à quatre ans d’expérience post-doctorale est de 28 191 euros. Pour un.e data scientist junior, il est de 41 598 euros (Glassdoor).

De plus, la recherche publique contraint la mobilité des chercheur.se.s à un cercle très restreint de sujets et donc de postes. Ses structures hiérarchiques parfois très rigides rendent complexe l'évolution vers plus de responsabilités. Le monde de l'entreprise est souvent vu comme offrant plus de perspectives d'avancement, plus de stabilité.

Enfin, il existe une différence majeure entre le rythme de la recherche académique et celui de la recherche privée. Les exigences de cette dernière reposent sur des clients et de courtes deadlines, quand l’académie tend à travailler au rythme du progrès commun. Si certain.e.s déplorent que cette rapidité d’exécution soit de plus en plus imposée à la recherche académique, la plupart apprécient ce changement de rythme.

Créer sa propre start-up ?

Si le monde de l’entreprise attire tant les chercheur.se.s, pourquoi ne sont-ils pas plus nombreux.ses à créer leur propre start-up ? Tou.te.s n'ont pas l'idée d'un service ou d'un produit à vendre. D’autres n'ont pas de capital financier ou un réseau humain inadapté. Le plus souvent, cependant, la réponse est simplement un manque d’envie.

Peut-être est-ce une question de personnalité. Le processus de recrutement montre souvent un grand manque de confiance en soi chez des chercheur.se.s pourtant brillant.e.s, habitué.e.s au monde ultra-compétitif de l'académie. Si le monde du privé peut lui aussi se révéler intensément compétitif, il offre une plus grande diversité d'opportunités et permet ainsi à plus d'individus de trouver leur place.

Enfin, peu d'informations sur le privé sont disponibles dans la recherche publique. Beaucoup de chercheur.se.s ne connaissent pas l'existence et les implications de la loi Pacte, par exemple. Les doctorats ne préparent pas à la création d'entreprise, à l'exception des thèses Cifre (Conventions industrielles de formation par la recherche) qui ont d’ailleurs le vent en poupe ces dernières années (1 433 allouées en 2017, soit 10 % des thèses bénéficiant d'un financement en France).

Un atout majeur pour une entreprise

Les chercheur.se.s aiment le privé, l’inverse n’est pas forcément vrai. Les habitudes de travail des chercheur.se.s peuvent faire peur aux entrepreneur.se.s qui ont en tête la lenteur de l'académie, la crainte d’ennuyer des profils hautement spécialisés avec des sujets terre-à-terre. Les entreprises tendent à l'heure actuelle à préférer recruter des ingénieur.e.s titulaires d'un diplôme familier plutôt qu'à prendre le risque d'engager un profil plus atypique.

C'est pourtant se priver des forces des chercheurs : une attention particulière pour les détails, beaucoup de créativité, une grande capacité à déconstruire une idée et à l'explorer sous tous les angles pour trouver une solution adéquate, etc. Ce sont là des qualités essentielles pour mener des projets à la pointe de l'innovation et, en attendant une revitalisation de la recherche publique, ceux-ci seront menés principalement par les agences employant des chercheurs dans leurs rangs.

Par Renard Ferret, lead data scientist au sein de la start-up Onogone

Les avis d'experts sont publiés sous l'entière responsabilité de leurs auteurs et n'engagent en rien la rédaction de L'Usine Nouvelle.

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