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[Avis d'expert] Le vol de propriété intellectuelle: le cyber casse du siècle

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Tribune Avec l’émergence du numérique, il est devenu possible en quelques lignes de codes de créer un produit immatériel, qui ne nécessite pas d’usine, pas de large main-d’oeuvre, pas d’inventaire, pas de boutiques, et qui puisse se vendre dans le monde entier grâce à internet. Reste à trouver l’idée. La propriété intellectuelle à l’ère d’internet, c’est la graine qui peut donner naissance à une multinationale. Et donc forcément, cela va attirer des voyous d’un nouveau genre, raconte Sylvain Courcoux, entrepreneur web créateur du goyaPhone.

[Avis d'expert] Le vol de propriété intellectuelle: le cyber casse du siècle
Pour les start-up, gare au vol de propriété intellectuelle avec internet...
© Critizr

Avant qu’une start-up devienne une réussite internationale, elle doit passer du stade de l’idée au stade de l’entreprise. Le rôle des incubateurs de startups est donc de transformer d’éventuels diamants bruts en produits commercialisables. Un incubateur, c’est bien plus qu’une pépinière ou un espace physique de co-working. C’est un lieu de conseils, de financement, et de réseau.

Pour transformer une idée de start-up tech en une entreprise, il faut concevoir, développer, expérimenter, tester, réfléchir, comprendre les attentes du marché, concevoir une stratégie de commercialisation, apprendre à pitcher son projet, trouver des financeurs. Et puis parfois, on pivote. On part sur une idée et, en creusant, on découvre une autre idée qui devient alors une poule aux oeufs d’or. Et parmi les meilleurs pivots, il y a ceux qui émergent d’une nécessité, parce que la nécessité est mère de l'invention. Entreprendre dans le numérique, c’est bien plus que juste programmer et le but d’un incubateur de startup est de permettre aux entrepreneurs d’en ressortir avec une entreprise qui marche.

Comment entre-t-on dans un incubateur ?

On s’inscrit. Le processus de sélection diffère selon les incubateurs. On cherche des gens qui prennent des risques, qui persévèrent, qui tentent. On cherche des créateurs. Et puis bien sûr, on cherche de bonnes idées, qui ont le potentiel de créer de grandes entreprises. La propriété intellectuelle, c’est le nerf de la guerre, c’est une bataille de l’imagination. Les entrepreneurs envoient leurs dossiers de candidature en espérant être pris. Certains tentent l’aventure à l’étranger, d’autres choisissent des incubateurs spécialisés dans un domaine. Tous les entrepreneurs tentent leur chance avec l’espoir de voir leurs rêves devenir réalité. On envoie donc un dossier de candidature en ligne, et on attend la réponse.

C’est là que tout se joue…

Une plateforme en ligne, YouNoodle, permet aux incubateurs de start-up de gérer les inscriptions d’entrepreneurs. De très nombreux incubateurs, y compris des incubateurs français, utilisent cette plateforme et les entrepreneurs y soumettent leur propriété intellectuelle, en toute bonne foi. Le casse du siècle serait d’avoir accès à toute la propriété intellectuelle du monde, d’en subtiliser une poignée de pépites que l’on recyclerait en pivots dans son incubateur aux mains d’entrepreneurs maison, et de revendre, cinq-sept ans plus tard, celles qui ont marché pour des centaines de millions d’euros. Chacune. Tous les ans.

La plus belle des ruses du Diable est de vous persuader qu’il n'existe pas

Si un incubateur trichait en recyclant quelques pépites par an, à quoi cela ressemblerait-il ? A un incubateur qui réussirait mieux que les autres, et qui, donc, susciterait l’admiration dans le monde des start-up. Le vol de propriété intellectuelle est très difficile à détecter, et encore plus à prouver. Il y a des dogmes dans le numérique. On dit, par exemple, que personne ne vole des idées de start-up et que les bonnes idées apparaissent souvent au même moment.

Donc, si un entrepreneur de Nantes ou de Strasbourg candidate pour un incubateur de Lyon ou de Paris et découvre plus tard une start-up de l’autre bout du monde qui reprend une de ses idées, cela passerait pour une coïncidence. De plus, un contentieux en propriété intellectuelle aux Etats-Unis coûte cher: 200 000 - 300 000 dollars juste pour déposer plainte, et les entrepreneurs qui s’inscrivent à un incubateur n’ont pas les moyens d’engager des poursuites. Subtiliser de la propriété intellectuelle serait donc le crime parfait, un crime propre qui rapporterait gros et qui serait quasiment impossible à élucider.

Avis aux entrepreneurs et incubateurs du monde entier

Si vous êtes entrepreneur et envoyez votre propriété intellectuelle de manière électronique à des incubateurs, demandez-vous par où transite votre propriété intellectuelle. J’avais soumis à Startup Chile, l’incubateur du Gouvernement du Chili, un logiciel CRM conçu autour du téléphone, sous accord de confidentialité. Une dizaine de jours après que des experts de la Silicon Valley aient évalué et refusé mon prototype, une start-up californienne de YCombinator pivotait et commençait à coder un logiciel reposant essentiellement sur la même propriété intellectuelle*.

Entrepreneurs, si vous entendez quelqu’un vous dire que personne ne vole des idées de start-up, demandez-lui donc quelle est alors la raison d’être des avocats en propriété intellectuelle. Voler de la propriété intellectuelle d’entrepreneurs est le crime parfait, le cyber casse du siècle. Pas toutes les idées, peut-être seulement une sur dix mille, peut-être la vôtre.

Sylvain Courcoux, entrepreneur web créateur du goyaPhone.

*Les vidéos sont sur www.sylvaincourcoux.eu/Senate.html

 

Les avis d'experts sont publiés sous la responsabilité de leurs auteurs et n'engagent en rien la rédaction de L'Usine Nouvelle.

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