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[Avis d’expert] La Normandie, laboratoire du débat public sur l'éolien offshore

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Tribune En se servant de l'expérience d’un débat public organisé en amont en Normandie pour choisir avec la population la zone d’implantation d’un parc éolien offshore, des outils mis en place et des connaissances acquises sur le terrain, certaines étapes peuvent être optimisées pour les prochains projets, assure Delphine Robineau, responsable offshore de RES.

[Avis d’expert] La Normandie, laboratoire du débat public sur l'éolien offshore
La Normandie a expérimenté durant 9 mois, jusqu'au 19 août 2020 un nouveau format de débat public plus amont sur l'éolien offshore, afin d'impliquer la population dans le choix de la zone d'implantation.
© MVOW

Le débat public se tient désormais en amont des appels d'offres et la Normandie assure ainsi une large consultation autour de l'implantation de parcs éoliens offshores. Cette nouvelle approche doit se concrétiser rapidement pour garder la dynamique locale, accélérer les futurs débats et respecter nos engagements nationaux et internationaux.

Les projets de parcs éoliens offshores s'inscrivent dans le cadre de la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) et constituent un axe majeur des initiatives publiques pour la transition énergétique. Le processus a connu un renversement des étapes car, pour la première fois, le débat public s'est tenu avant le lancement de l'appel d'offres destiné à choisir le porteur de projet le plus adapté. Il s'agit d'une nouvelle approche culturelle que la Normandie a expérimenté jusqu'au 19 août 2020.

Un débat amont pour choisir la zone

Pensé pour associer l'ensemble du territoire, le débat public en Normandie a été prolongé de trois mois pour des raisons de crise sanitaire – trois longs mois qui se rajoutent aux six mois initiaux, depuis novembre 2019. C'est la loi ESSOC de 2018, pour une meilleure relation de confiance avec la population*, qui organise en amont l'information et la large consultation des acteurs concernés par le projet : élus locaux, usagers de la mer, professionnels du tourisme, bien sûr, mais aussi et surtout les citoyens.

Un important travail de mise à disposition d'informations et de pédagogie scientifique a été réalisé, pour permettre à tous de comprendre les enjeux de la zone d'implantation des parcs. Le but : leur permettre de s'informer par le biais d'outils numériques, de participer à des réunions présentielles et ainsi de débattre du projet avec des avis argumentés. Ce travail permet alors de générer une véritable concertation sur l'ensemble des thématiques, et donc de favoriser l'obtention d'un consensus.

Impliquer la population pour éviter les recours

C'est la une commission particulière de la Commission nationale du débat public (CNDP), organe indépendant de l'État, qui a mené ce travail, par l'organisation de réunions d'information, d'ateliers cartographiques et de visites de terrain (sites industriels et naturels). Une caravane mobile a même été mobilisée pour aller à la rencontre des citoyens sur les plages et les marchés.

Un tel travail d'implication du public dans le débat était indispensable pour mener à bien ce projet d'envergure nationale. À ce titre, la jeunesse s'est montrée particulièrement favorable au projet, présenté dans les écoles et sur les campus. Cet enthousiasme fait écho au souci climatique de la jeune génération, qui aura la charge d'y faire face.

Sécuriser les projets

La durée d'un débat public est encadrée réglementairement à 4 mois minimum. Il n'en reste pas moins qu'avec les étapes qui précèdent et suivent le débat public, la procédure des appels d'offre est longue si la France veut accélérer sa transition énergétique et tenir ses engagements internationaux.

En se servant de l'expérience de la Normandie, des outils mis en place et des connaissances acquises sur le terrain, certaines étapes peuvent être optimisées pour les prochains débats publics au sujet de l'éolien en mer. Un autre débat public a d'ores et déjà commencé en Bretagne, et devrait se terminer en novembre. Souhaitons que cette deuxième étape permette de trouver de nouveaux moyens de fluidifier le processus, pour que les objectifs de la Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) soient respectés et que la France s'affirme comme un acteur de l'énergie éolienne en mer.

Inspirer les autres régions

Ce premier débat public a été à la fois favorisé par les moyens investis pour engager le public et pénalisé par sa durée. N'oublions pas qu'il s'agit uniquement de l'étape initiale, qui précède l'appel d'offres et le développement du projet ! Ce laboratoire aura néanmoins permis de recueillir les retours d'expérience nécessaires pour accélérer les consultations des prochains projets dans les autres régions concernées. Cette nouvelle approche, avec une concertation en amont du choix de la zone, reste une évolution bienvenue qui donne toute leur place aux territoires et permet une meilleure implication des citoyens dans les projets d'avenir dont l'éolien en mer fait indéniablement partie.

Par Delphine Robineau, responsable offshore de RES

Les avis d'expert et tribunes sont publiés sous la responsabilité de leurs auteurs et n'engagent en rien la rédaction de L'Usine Nouvelle.

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